NATIONL'idée de nation

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L'Académie française, en 1694, définit la nation comme l'ensemble des habitants d'un même État, d'un même pays, vivant sous les mêmes lois et utilisant le même langage.

Au xixe siècle, on ne se contente plus d'une définition et on cherche à expliquer la formation des nations. En Angleterre, Disraeli écrit que les nations ont été « créées graduellement sous des influences diverses, celles de leur organisation originelle, du climat, du sol, de la religion, des lois, des coutumes, des manières, des événements, accidents et incidents extraordinaires de leur histoire et du caractère particulier de leurs citoyens illustres » (The Spirit of Wigghism, 1836). En France, Renan met en lumière les divers éléments de cohésion de la nation : la race, la langue, l'affinité religieuse, la géographie, les intérêts économiques, les nécessités militaires ; mais il ajoute aussitôt qu'ils ne suffisent pas à créer une nation, dont le fondement est essentiellement d'ordre intellectuel et affectif : « Une nation est une âme, un principe spirituel [...], c'est l'aboutissement d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements ; avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple » (Qu'est-ce qu'une nation ?, 1882).

Peut-on s'étonner que Disraeli et Renan, chacun de son côté, aient donné les premières définitions rationnelles de la nation lorsqu'on sait que la France et l'Angleterre sont les plus anciennes nations d'Europe, qui se sont formées en s'opposant l'une à l'autre ? Sans nul doute, et Renan l'affirme avec juste raison, une nation peut exister « sans principe dynamique » ; mais comment ne pas reconnaître l'influence décisive qu'a eue, en France comme en Angleterre, un pouvoir monarchique dont les intérêts propres coïncidaient avec les besoins des sujets ? L'unité nationale n'était sans doute pas le premier objectif de ces monarques, mais ils ont vite compris qu'elle contribuerait à asseoir leur autorité, et c'est ce qui explique qu'ailleurs, que ce soit en Allemagne, en Espagne ou en Italie, le morcellement politique ait longtemps empêché un peuple de former une nation.

Si on s'interroge naturellement sur la date d'apparition de la nation, la réponse est malaisée. On est frappé, dès l'abord, par les opinions contradictoires des historiens : alors que certains, comme Marc Bloch, pensent pouvoir discerner le sentiment national en France dès le Moyen Âge, le plus grand nombre – et notamment Renan, Hazard ou Lestocquoy – ne croient pas à l'existence d'une véritable nation avant le xviiie siècle ou même la révolution de 1789.

Ces divergences surprenantes peuvent s'expliquer par un désaccord dans l'analyse des « manifestations » de la nation, et il semble, en réalité, que l'on puisse distinguer, au cours des siècles, trois étapes : l'apparition de l'idée de nation, la diffusion du sentiment national et l'organisation de la nation. Un tel processus, dont l'histoire de la France permet de préciser le développement, peut, sans nul doute, être transposé aux autres peuples d'Europe, et notamment à la nation anglaise, avec seulement les écarts chronologiques qu'explique l'histoire politique de chaque peuple.

Apparition de l'idée de nation

La nation, communauté ethnique

Pendant tout le Moyen Âge, le mot « nation » a un sens très précis, conforme à l'étymologie (nascere) qu'a rappelée Isidore de Séville au viie siècle : c'est un groupe d'hommes qui ont ou à qui on attribue une origine commune.

Cette communauté ethnique a une importance considérable au moment des grandes migrations du haut Moyen Âge, poussant vers l'Europe occidentale des populations « barbares » qui ne se fixent au sol qu'après une longue période d'errance. Le souvenir – ou l'illusion – de l'origine commune se maintient quelque temps, mais les races se mêlent et la terre qui est l'habitat du groupe crée entre ses membres, quelle que soit l'origine lointaine, des solidarités de voisinage qui déterminent le lien social essentiel.

Le mot « nation » ne se maintient guère que pour désigner des hommes venus d'ailleurs, que leur langue insolite distingue des autochtones, au milieu desquels ils passent sans se fixer de façon durable. C'est ainsi que les écoliers des universités sont groupés en « nations » : à Paris, les nations sont traditionnellement au nombre de quatre, la française, la normande, la picarde et l'anglaise (remplacée ensuite par l'allemande). Dans les mines, on appellera pendant longtemps, de façon générale, « allemands » tous les ouvriers qui parlent une langue germanique.

Ce qui compte le plus désormais, en dehors du sentiment d'appartenance à la chrétienté, ce sont les liens que détermine le domicile ; le sol l'emporte sur la race. Comme l'écrit J. Strayer, « l'échelle des allégeances de la plupart des hommes au Moyen Âge était à peu près la suivante : d'abord et avant tout, je suis un chrétien, ensuite un Bourguignon et enfin un Français ».

La « patria », communauté territoriale

La patria de l'homme de l'Antiquité, c'était le pays de ses pères, c'est-à-dire sa ville natale, et cette notion s'est maintenue au Moyen Âge (G. Post) : la patria demeure une collectivité territoriale, c'est le « pays » (du latin pagus) ou même, à l'intérieur de celui-ci, la seigneurie ou la ville où l'on est domicilié. Les habitants de la patria, soumis à la coutume territoriale (consuetudo patriae, ou coutume du pays), se définissent négativement par rapport aux hommes « estranges » (du latin extranei).

Cette patria propria, concrète et limitée par définition, ne perd rien de sa cohésion du fait de l'appartenance, générale au Moyen Âge, à la patria communis que constitue le monde chrétien.

C'est entre ces groupes territoriaux, les uns trop restreints pour avoir une puissance politique, l'autre trop vaste pour exercer une influence qui déborde la vie spirituelle et morale, que va se glisser l'État national, fondé sur l'idée moderne de nation.

L'idée moderne de nation

L'idée d'une nation dont les membres ont le royaume de France pour patrie commune est formulée de bonne heure dans les milieux intellectuels.

Au début du xiie siècle, Francus est de plus en plus délaissé pour Francigena et pour « franceis » que l'on trouve dans la Chanson de Roland et qui deviendra « françois » ; à la même époque, le chroniqueur Guilbert de Nogent qualifie la Normandie récemment conquise pars Franciae et bientôt le monarque capétien est appelé aussi bien rex Franciae que rex Francorum. À la fin du xiiie siècle, le moine Primat, traduisant en français les Grandes Chroniques de Saint-Denis auxquelles reste attaché le nom de Suger, dit que Thibaud, comte de Champagne, est venu guerroyer avec le roi Louis VI « por le besoing dou roiaume contre les estranges nations » ; l'archevêque de Reims écrit au pape, en 1297, que tous les habitants du royaume doivent concourir à la defensio regni et patriae. Au début du xive siècle, le langage se fait plus précis : Guillaume de Nogaret justifie son attitude envers le pape par son devoir de défendre le roi et patriam suam regni Franciae ; désormais, le royaume est présenté comme la patria communis de tous les régnicoles et Paris comme la civitas communis.

Ne nous y trompons pas cependant : de telles affirmations ne sont encore que le fait des milieux lettrés.

Le sentiment national

Les Français savent depuis longtemps qu'ils vivent dans le royaume de France ; mais il n'y a pas encore de conscience nationale, pas de patrie commune. L'unité se forgera lentement.

Marc Bloch, relatant les difficultés rencontrées par Godefroy de Bouillon, lors de la première croisade, pour fondre en une seule troupe les chevaliers lorrains de lignées française et germanique, concluait que la simple dualité de langue est ressentie comme une différence suffisante pour être assimilée à un double sentiment national. Cette dualité se retrouve dans le royaume de France et elle constitue un obstacle d'autant plus sérieux pour la formation de l'unité nationale qu'elle correspond à une dualité de civilisation. La patria juris scripti, soumise au « droit écrit », fortement marqué par le droit romain, englobe les « pays » où l'on parle la lingua occitana ; elle est constamment opposée à la patria consuetudinaria, pays de coutumes où l'on s'exprime en langue d'oil.

Influence du pouvoir royal

Le sentiment d'appartenance à une nation unique ne devait apparaître dans l'ensemble de la population du royaume que sous l'influence du pouvoir royal. Encore fallait-il que la monarchie eût elle-même acquis un caractère national. Sans doute, la « religion royale » existait-elle depuis les premiers temps de la dynastie capétienne ; mais, aussi longtemps que la monarchie demeura féodale – et elle l'est encore sous Saint Louis, au milieu du xiiie siècle –, la cohésion ne résultait que des liens de fidélité personnelle. La restauration de la souveraineté était la condition nécessaire pour parvenir au loyalisme envers l'État, incarné dans la personne du roi.

Importance de la guerre de Cent Ans

Cette condition n'était cependant pas suffisante pour créer le sentiment national, et la guerre de Cent Ans a eu une importance décisive pour la formation de celui-ci : c'est, en effet, en s'opposant à des éléments extérieurs qu'on se définit le mieux soi-même.

Dès la mort de Charles IV le Bel, le « droit national » l'emporte, au niveau de la Couronne, sur le « droit dynastique », une assemblée de notables ayant fortement appuyé les efforts de Philippe VI de Valois pour écarter un roi anglais. Cependant, le danger n'est pas définitivement supprimé, et cette expectative se présentera de nouveau, au début du xve siècle, sous Charles VI.

La nation française n'est pas, en effet, encore vraiment constituée au xive siècle. Quelle meilleure preuve peut-on en trouver que le récit, donné par Froissart dans sa Chronique, de la capture de Jean le Bon à la bataille de Poitiers (1356) ? Au roi, qui demande : « À qui me renderai-je ? », « un chevalier de la nation de Saint-Omer », Denis de Morbecque, qui servait le roi anglais après avoir quitté le royaume de France à la suite de la confiscation de ses biens, répond « en franchois » : « À moi, sire, qui suis chevalier et de la nation de vostre royaume ! »

La nation française existe au XVe siècle

Au xve siècle, le résultat est acquis : les défaites, puis les succès de cette longue guerre et l'épopée de Jeanne d'Arc ont exercé une influence décisive sur la formation du sentiment national.

Alain Chartier écrit en 1422 : « Après le lien de foy catholique, Nature vous a, devant toute autre chose, obligiez au commun salut du pays de votre nativité » (Le Quadrilogue invectif). Si des textes du xive siècle parlaient de natione gallicus ou de natio gallicana et flétrissaient les « ennemis du roy de France », ce sont maintenant « les ennemis du roy et du royaume de France » que l'on stigmatise et les « Bourguignons » se voient reprocher par les « Armagnacs » de pactiser avec les Anglais. De leur côté, des affidés du roi d'Angleterre, accusés de trahison devant les juges français, arguent de leur « naturalité » anglaise pour se justifier.

Les « relations » franco-anglaises, qui dominent toute cette période, ont permis à la nation française de s'affirmer contre la nation ennemie et, par voie de conséquence, de se définir à l'égard de toutes les autres. Désormais, la patria désigne le royaume, dont tous les habitants sont convaincus de former une nation ; ce sont les « naturels français », ceux qui sont nés ou sont « habitués » dans le royaume.

Il ne paraît pas contestable que les rois capétiens ont eu le sentiment national avant leurs sujets et qu'ils les ont entraînés ; l'attitude de Charles VI, souvent considérée comme une manifestation éclatante de son aliénation mentale, n'est sans doute qu'une exception apparente : le traité de Troyes (1420), qui semblait faire tomber le royaume sous l'autorité du roi d'Angleterre, devait, dans sa pensée, avoir pour résultat une union franco-anglaise tout à l'avantage de la France.

Une illustration de ce décalage entre le sentiment national de l'entourage royal et celui des sujets peut être trouvée dans des affaires matrimoniales : Marguerite de France, fille de Philippe V, comtesse douairière de Flandre, s'oppose, en 1362, au mariage de sa petite-fille Marguerite avec un fils d'Édouard III, roi d'Angleterre, et, quelques années plus tard, obtient que Marguerite épouse Philippe le Hardi, fils de Jean le Bon ; au xve siècle, c'est le parlement de Paris qui entrave systématiquement les projets de mariage de jeunes filles françaises avec des Anglais (R. Bossuat).

L'influence décisive de la monarchie capétienne éclate si l'on compare son attitude à celle d'autres dynasties européennes : les Habsbourg, qui ont dominé d'immenses territoires sans avoir le souci de les unifier sur la base d'autres liens que la sujétion personnelle, n'ont pas créé de nation.

La nation organisée

Depuis la fin du Moyen Âge, la nation française est définitivement constituée, comme l'anglaise, et le xvie siècle marque sans nul doute, en France, l'organisation de l'État national. L'Angleterre est, à cet égard, en avance sur la France et, de plus, la constitution d'une Église nationale y a ajouté, au xvie siècle, un nouvel élément de cohésion. Il est remarquable qu'à partir de ce siècle on voit, en France comme en Angleterre, se multiplier les histoires nationales.

La nation associée à la vie du royaume

Le roi de France a, dès le Moyen Âge, imposé son autorité à l'extérieur en rejetant toute intrusion du pape ou de l'empereur dans la vie politique du royaume ; sans rompre avec Rome, il parachève son indépendance dans le domaine spirituel en faisant respecter les « libertés gallicanes ». À l'intérieur, il a maintenant réduit au silence les grands féodaux et il n'accepte aucun partage de son autorité souveraine. Les Français, ses sujets, n'en prennent pas moins part à la vie de la nation organisée, dans le cadre de nombreux « corps intermédiaires » sociaux, administratifs ou professionnels. Si les états généraux de la nation ne se voient reconnaître aucun pouvoir politique, leurs « doléances » font utilement connaître au roi les aspirations de la population.

Unité nationale et particularisme provincial

L'Ancien Régime n'avait pas le souci d'uniformité qui caractérise les États modernes : de même que l'unité de la nation s'accommodait parfaitement de la pluralité de statuts individuels dans l'organisation sociale (clergé, noblesse, tiers état), de même le loyalisme national ne prenait pas ombrage du particularisme provincial. Chaque province a son statut propre et souvent ses états particuliers ; la diversité ne nuit pas à l'unité et, comme l'écrit B. Guenée, « loyalisme et particularisme, loin de se détruire, se renforcent l'un l'autre ».

L'histoire de la langue marque, de son côté, l'achèvement de l'évolution. Alors qu'au Moyen Âge le mot « pays » servait à traduire indifféremment pagus et patria, les écrivains de la Renaissance, notamment Joachim Du Bellay, ne se contentent plus d'un seul mot français pour traduire deux mots latins différents ; ils font entrer dans la langue le mot « patrie » avec son sens actuel, donnant ainsi un support verbal à une notion qui cherchait à s'expliciter.

Le sentiment national contre l'Ancien Régime

Au xviiie siècle, la nation prend conscience d'elle-même à l'égard de la monarchie, aussi bien en France qu'en Angleterre, et la floraison du sentiment national est, ici comme là, liée à la montée de la bourgeoisie, représentant la classe moyenne, qui veut prendre une part plus active à la vie politique de la nation. La France cependant va, cette fois, se séparer de l'Angleterre, parce que l'exaltation de la nation s'y fait contre l'Ancien Régime avant de s'attaquer à la monarchie elle-même.

À la veille de la révolution de 1789, une nouvelle définition de la nation est lancée, qui rejette les « corps intermédiaires » traditionnels. C'est pour Sieyès « un corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par le même législateur » (Qu'est-ce que le tiers état ?, 1789) ; la nation est l'ensemble des régnicoles – on dira bientôt des citoyens – et la volonté nationale est la somme des volontés individuelles.

Les droits de la nation sont bientôt proclamés à l'encontre du pouvoir royal. On crie « Vive la nation ! » ; le roi ne saurait être que son représentant. Comme l'écrit Renan, désormais « la nation existe par elle-même », mais il ajoute aussitôt : « La royauté française avait été si hautement nationale que, le lendemain de sa chute, la nation a pu tenir sans elle. »

—  Pierre-Clément TIMBAL

L'éclatement du concept de nation

Au phénomène à la fois historique et sociologique que fut la formation de la réalité nationale, la pensée révolutionnaire en France est venue apporter une consécration juridique en faisant de la nation un sujet de droit. Propriétaire de la souveraineté, la nation est la source de tous les pouvoirs qui ne peuvent être exercés qu'en son nom. À ce titre, l'idée de nation pénétrait dans l'univers politique non comme une force parmi d'autres, mais comme la seule puissance légitime puisque c'est en elle que se situait le fondement de l'autorité.

Sans qu'il y ait lieu d'examiner ici toutes les conséquences de cette promotion de la nation au rang des concepts juridiques, il suffira de souligner que cette consécration, où l'on peut voir l'apogée de l'idée nationale, fut également une cause de son déclin, un déclin qui l'atteint à la fois en tant qu'elle est un principe de rassemblement des individus à l'intérieur d'un groupe unifié et une justification de son originalité par rapport à des groupements plus larges.

La rupture interne de l'unité nationale

Ayant dissocié les cadres sociaux traditionnels, la pensée révolutionnaire leur avait substitué un cadre unique, la nation, pour rassembler en un corps unifié les individus que la disparition des ordres, des corporations et des divers états condamnait à la solitude. S'ils demeuraient socialement isolés, du moins trouvaient-ils, politiquement, une chance de regroupement. La pensée politique libérale fut ainsi dominée par la conviction qu'il était possible de regrouper dans l'allégorie nationale les différentes catégories de la population que, dans la réalité de la vie quotidienne, séparent les intérêts, les aspirations, les ressources, les chances. C'est cette communion qu'est venu rompre le durcissement de la conscience de classe.

Quelles que soient les difficultés que présentent la définition des classes et leur délimitation, le fait dont la réalité est indéniable est que celles-ci opèrent une redistribution des membres de la collectivité nationale en quelques grandes formations entre lesquelles la communication est rompue. Il ne s'agit pas, en effet, d'un cloisonnement à l'intérieur d'un cadre plus vaste qui serait la société globale ou la nation ; il s'agit d'un groupement qui, tout à la fois, se suffit et annule les autres. C'est utiliser une formule trop hâtive que de dire que les classes divisent la nation : le vrai, c'est que, aux yeux de ses membres, la classe la remplace. Elle est, pour eux, une famille naturelle qui dispense une chaleur et une protection que la famille légale, la nation, ne procure pas. Il s'ensuit qu'attendre d'une réconciliation des classes la reconstitution de l'unité rompue est un espoir assez vain. On ne peut procéder avec elles comme avec un vase brisé dont on rapprocherait les morceaux. La réalité, c'est qu'il n'y a pas de morceaux ; il y a dans chaque éclat un vase en puissance.

Ce serait cependant faire la part trop belle au dogmatisme idéologique que d'en conclure que la classe a définitivement remplacé la nation comme mode de rassemblement des individus. Certes, depuis qu'elle a cessé d'être un concept révolutionnaire, la nation n'exerce plus qu'à de rares occasions l'attirance émotive qui lui permit autrefois de sceller l'unité du peuple par-delà les différences de conditions et l'antagonisme des intérêts. Mais le fait national n'en subsiste pas moins. Résistant à l'érosion des mythes qui visent à ériger la classe en catégorie suprême, il trouve un écho au plus profond de la conscience politique des individus, là où s'estompent les clivages partisans et où s'affirme l'attachement à l'être collectif que l'histoire a forgé.

L'échec des tentatives (qu'elles soient doctrinales ou vécues) faites pour abolir l'idée de nation est d'autant plus significatif qu'on l'a même enregistré en U.R.S.S. et dans les démocraties populaires, c'est-à-dire là où l'avènement officiel de la classe aurait dû permettre de dépasser les clivages établis sur la base des appartenances nationales. Or il n'en a rien été. À partir du moment où le socialisme s'incarnait dans des États, la pratique a montré que l'idée nationale restait une donnée qui échappait aux manipulations auxquelles on voulait la soumettre pour la plier aux exigences d'une doctrine. Aussi, plutôt que de s'acharner sur elle, comme ce fut le cas, par exemple, pour l'idée religieuse, les dirigeants des pays communistes ne se firent pas faute de l'exploiter aux fins de leur politique. Il en va de même dans les jeunes États africains où les gouvernements s'efforcent de susciter la naissance d'un sentiment national, d'une part pour donner une assise idéologique à l'indépendance de l'État, d'autre part pour faire échec à l'effet désintégrateur du tribalisme.

L'érosion externe du concept de nation

L'affermissement du sentiment national dans les différents pays au cours du xixe siècle ne s'est pas répercuté seulement sur les institutions politiques internes. Sur le plan international, il a été un facteur de mouvement qui, au nom du principe des nationalités, a donné une dimension nouvelle aux relations entre les États. Des alliances se formèrent entre eux, soit pour soutenir les groupes nationaux qui combattaient pour leur indépendance, soit, au contraire, pour les maintenir sous la tutelle du pouvoir établi. La conjonction entre les implications démocratiques de l'idée de nation et ses exigences quant aux structures de la société internationale a ainsi été un puissant moteur de la vie politique au siècle passé. Cependant, la consécration de l'idée nationale n'a pas été sans provoquer son exacerbation sous les traits du nationalisme. Et comme c'est à lui que l'on peut imputer la responsabilité, au moins partielle, des conflits meurtriers qui ébranlèrent le monde à partir de 1914, les efforts entrepris pour en éviter le retour visèrent à éliminer de la communauté internationale l'effet désintégrateur de politiques exclusivement nationales. Paradoxalement, les organismes où s'inscrivirent les résultats de ces efforts : Société des Nations, Organisation des Nations unies, portent dans leur titre le terme de nation alors que leur objectif est de restreindre, sinon d'éliminer, les prérogatives des nations dans leurs relations réciproques. Le paradoxe s'explique dès lors que par nations on entendait désigner les peuples dont on opposait les dispositions pacifiques à l'agressivité naturelle des États. Il n'en reste pas moins qu'était condamnée la prétention de l'idée nationale à être le seul critère de l'opportunité ou de la valeur des politiques étrangères. La nation devait renoncer à se concevoir comme un univers clos ; mais il est clair qu'en s'intégrant à l'ensemble plus vaste que constitue la communauté internationale, elle renonçait aux caractères auxquels s'attache sa spécificité.

Cependant, sur le plan international aussi, l'idée de nation se montre rebelle aux efforts entrepris pour la reléguer dans le musée des concepts périmés. Et ce n'est pas seulement dans les États nouveaux que les gouvernements l'utilisent pour fonder leur politique étrangère sur une sourcilleuse susceptibilité nationale. Dans les vieux pays, il n'est pas rare qu'elle serve d'alibi à des ambitions très précises : la formule d'une Europe des patries, par exemple, n'a-t-elle pas été imaginée pour faire obstacle à une organisation européenne dans la mesure où celle-ci serait supranationale ?

—  Georges BURDEAU

Bibliographie

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  • Ariane BONZON
  •  • 1 515 mots

Qu'est-il advenu de la société nouvelle que les pères fondateurs d'Israël voulaient instaurer sur la Terre promise ? Tel est l'objet de la recherche que propose Zeev Sternhell dans son livre Aux origines d'Israël. Entre nationalisme et socialisme (Fayard). Présentée dès l'introduction de l'ouvrage, la réponse est abrupte : l'âge d'or n'a jamais existé, ce n'est qu'un mythe mobilisateur ou un alib […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/aux-origines-d-israel/#i_5832

CITOYENNETÉ

  • Écrit par 
  • Dominique SCHNAPPER
  •  • 4 676 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La légitimité politique »  : […] En proclamant la souveraineté du citoyen, les révolutionnaires posaient un principe de transcendance des particularismes. Constitués en « nation », pour reprendre la formule de l'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, les citoyens cessaient d'être des individus concrets pour agir dans l'espace public en tant que citoyens. C'est pourquoi ils devenaient en principe citoyen […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/citoyennete/#i_5832

CITOYENNETÉ ET NATIONALITÉ EN FRANCE ET EN ALLEMAGNE (R. Brubaker)

  • Écrit par 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 1 297 mots

Professeur de sociologie à l'université de Californie à Los Angeles (U.C.L.A.), Rogers Brubaker considère que la définition juridique de la nationalité joue un rôle central dans le développement et le fonctionnement de l'État. Pour ne pas en rester au niveau des généralités, il étudie deux cas très différents, celui de la France et celui de l'Allemagne ( Citoyenneté et nationalité en France et en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/citoyennete-et-nationalite-en-france-et-en-allemagne/#i_5832

CIVISME

  • Écrit par 
  • Bernard GUILLEMAIN
  •  • 4 694 mots

Dans le chapitre « Civisme et patriotisme »  : […] Il est devenu évident qu'un groupe fortement intégré, puisqu'il ignore le quant-à-soi et refuse l'indépendance à ses éléments, ne saurait faire appel au civisme. Le civisme est absent par nature de la cité-État. Ni la Grèce ni Rome ne l'auraient imaginé, et les références héroïques des conventionnels trahissent surtout la médiocrité de leur culture historique. Lorsque Platon écrivait « ... entre […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/civisme/#i_5832

COMMUNISME - Mouvement communiste et question nationale

  • Écrit par 
  • Roland LOMME
  •  • 21 016 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « L'ère des débats théoriques »  : […] Au tournant du siècle, comme le constate Otto Bauer en 1907, « dans tous les États du centre-Europe, la position du parti ouvrier social-démocrate envers les questions nationales se situe au centre des débats » et c'est alors seulement que le marxisme élabore une théorie de la nation et de son rôle dans le processus révolutionnaire. Mais ces débats sont alors indissociablement théoriques et prati […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/communisme-mouvement-communiste-et-question-nationale/#i_5832

ETHNIE

  • Écrit par 
  • Jean-Loup AMSELLE
  •  • 3 853 mots

Dans le chapitre « Préhistoire de la notion »  : […] L'idée selon laquelle il existe une hiérarchie entre des sociétés occupant des positions voisines dans l'espace n'est pas nouvelle. Les Grecs opposaient ainsi les ethnè (sing. ethnos ) et la polis (cité). Les sociétés qui relevaient de leur culture mais auxquelles « manquait » l'organisation en cités-États étaient des ethnè . Le terme est souvent traduit par « tribu » (en allemand, Stamm ), ou p […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ethnie/#i_5832

EUROPE - Histoire de l'idée européenne

  • Écrit par 
  • Jean-Baptiste DUROSELLE, 
  • Alfred GROSSER
  •  • 10 490 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'ère des nationalités (1789-1919) »  : […] Au moment où les États ne se souciaient que de balance of power et où les intellectuels pratiquaient le cosmopolitisme, on vit apparaître, d'abord en Europe occidentale, puis en Europe centrale et enfin dans les Balkans, une tendance nouvelle qui devait, aux xix e et xx e siècles, gagner le monde entier : le sentiment national. Certes, le patriotisme est de toutes les époques ; on aime le pays d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/europe-histoire-de-l-idee-europeenne/#i_5832

FÉDÉRALISME

  • Écrit par 
  • Carl Joachim FRIEDRICH
  • , Universalis
  •  • 5 358 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Fédéralisme et démocratie »  : […] Les rapports du fédéralisme et du processus de fédéralisation avec le fonctionnement de la démocratie sont d'une grande importance. Dans une démocratie strictement majoritaire, de type rousseauiste, il n'y a pas de place pour le fédéralisme, et ses partisans ont toujours été hostiles à ce dernier, quelle que soit sa forme. Le fédéralisme étant une sorte de division du pouvoir est incompatible ave […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/federalisme/#i_5832

FRANCE (Histoire et institutions) - Formation territoriale

  • Écrit par 
  • Yves DURAND
  •  • 12 872 mots
  •  • 7 médias

À l'encontre de ce qui fut jadis soutenu par nombre d'historiens, il semble établi aujourd'hui que la monarchie d' Ancien Régime ne connut presque jamais de politique des frontières naturelles. Aux xvi e et xvii e  siècles, les préoccupations et les méthodes des gouvernants en matière diplomatique et pour tout ce qui touche à l'expansion territoriale conservent bien des traits archaïques. Le droi […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/france-histoire-et-institutions-formation-territoriale/#i_5832

FRANCE (Arts et culture) - Les Français en question

  • Écrit par 
  • Theodore ZELDIN
  •  • 12 309 mots

« Une nation, a dit Renan, est une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. » Mais des enquêtes nous apprennent qu'un pourcentage considérable des citoyens français, loin d'avoir la moindre idée un peu claire de ce qu'ont été les sacrifices de leurs ancêtres, est incapable de retrouver dans sa mémoire ne fût-ce que la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/france-arts-et-culture-les-francais-en-question/#i_5832

FRONTIÈRE

  • Écrit par 
  • Guillaume LACQUEMENT
  •  • 6 352 mots

Dans le chapitre « La « frontière westphalienne » »  : […] Ainsi, à partir du bas Moyen Âge en Europe occidentale, l’ordre politique se modifie avec l’émergence de royaumes qui concentrent progressivement les moyens de contrôle militaire, fiscal et administratif. L’organisation du pouvoir prend une forme territoriale qui s’appuie sur l’exercice d’une souveraineté, comprise comme le transfert des droits naturels des individus à un souverain qui exerce le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/frontiere/#i_5832

HISTOIRE (Histoire et historiens) - Les usages sociaux de l'histoire

  • Écrit par 
  • Olivier LÉVY-DUMOULIN
  •  • 3 820 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Une histoire nationale »  : […] Au-delà de la commande reconnue et acceptée par l'historien s'organise une zone grise où la quête de la vérité s'inscrit dans le contexte de production d'une légitimité pour une collectivité. Ainsi, le xix e  siècle devient le « siècle de l'histoire » parce que l'histoire s'y fait science tout en fournissant l'arsenal de justifications et d'identifications qui fonde les États-nations. Dans cette […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-histoire-et-historiens-les-usages-sociaux-de-l-histoire/#i_5832

HISTOIRE MONDIALE DE LA FRANCE (dir. P. Boucheron) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Dominique KALIFA
  •  • 1 128 mots

La publication en janvier 2017 de l’ Histoire mondiale de la France constitue un surprenant événement, à la fois éditorial, scientifique et politique. Avec cent mille exemplaires vendus en quelques mois, c’est d’abord un extraordinaire succès public, rare pour un livre d’universitaires, récompensé dès le printemps par le prix Aujourd’hui. L’entreprise, il est vrai, fut rondement menée. Son maître […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-mondiale-de-la-france/#i_5832

IDENTITÉ

  • Écrit par 
  • Annie COLLOVALD, 
  • Fernando GIL, 
  • Nicole SINDZINGRE, 
  • Pierre TAP
  •  • 13 233 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Des investigations nouvelles »  : […] Constituée ainsi en objet d'étude, l'identité sociale voit tout un ensemble d'évidences qui lui étaient attachées être dénaturalisées et réfutées. Elle devient moins une donnée qui explique les lignes d'action adoptées qu'un phénomène social à expliquer et à élucider. L'identité objective cernée à partir des attributs sociaux individuels (sexe, position sociale, niveau d'études) est distinguée de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/identite/#i_5832

INTERNATIONALES RELATIONS

  • Écrit par 
  • Marcel MERLE
  • , Universalis
  •  • 6 036 mots

L'expression « relations internationales » présente un double inconvénient. Le premier est de désigner à la fois un ensemble de phénomènes et la discipline qui s'efforce de les appréhender (cf.  histoire -Histoire des relations internationales). Cette anomalie traduit le malaise des spécialistes qui, au moins en France, ont préféré pendant des générations se cantonner dans des approches sectoriell […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/relations-internationales/#i_5832

ISLAM (Histoire) - Le monde musulman contemporain

  • Écrit par 
  • Françoise AUBIN, 
  • Olivier CARRÉ, 
  • Nathalie CLAYER, 
  • Andrée FEILLARD, 
  • Marc GABORIEAU, 
  • Altan GOKALP, 
  • Denys LOMBARD, 
  • Robert MANTRAN, 
  • Alexandre POPOVIC, 
  • Catherine POUJOL, 
  • Jean-Louis TRIAUD
  • , Universalis
  •  • 31 428 mots
  •  • 14 médias

Dans le chapitre « Découpage administratif »  : […] Le classement administratif ne faisait qu'accentuer la complexité des peuples musulmans. Car, sur la base d'une typologie dessinée par Staline en 1913, une hiérarchie des ethnies était aménagée, qui qualifiait de «  nation » ( natsija ) tout groupement de plus de 300 000 sujets ayant communauté de langue, de territoire, de vie économique et de culture. Si l'un des éléments constitutifs de la « nat […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/islam-histoire-le-monde-musulman-contemporain/#i_5832

JAPON (Le territoire et les hommes) - Droit et institutions

  • Écrit par 
  • Jacques ROBERT
  • , Universalis
  •  • 9 634 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « L'empereur »  : […] On retrouve certes toujours l'empereur, immuable et sacré, chargé d'assurer la continuité de l'État et la permanence du Japon éternel ; mais il n'est plus qu'un pâle reflet de la splendeur passée des dynasties divines. Détenant jadis tous les droits de souveraineté, il ne doit plus aujourd'hui ses fonctions qu'à la volonté du peuple « en qui réside le pouvoir souverain » (art. 1 er de la Constit […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/japon-le-territoire-et-les-hommes-droit-et-institutions/#i_5832

MINORITÉS DROIT DES

  • Écrit par 
  • Yves PLASSERAUD
  •  • 11 209 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Prolégomènes à un droit international des minorités »  : […] Le premier traité international prévoyant explicitement une protection pour les minorités est semble-t-il la paix d'Oliva conclue entre Polonais et Suédois en 1660. Quant au traité de Paris (1763) qui mettait fin à la guerre franco-britannique de sept ans et transférait le Canada au Royaume-Uni, il prévoyait une protection spécifique pour les catholiques francophones. Au xviii e  siècle, avec les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/droit-des-minorites/#i_5832

MONARCHIE

  • Écrit par 
  • Jacques ELLUL
  •  • 9 646 mots

Dans le chapitre « La nation souveraine »  : […] Comment se posait le problème ? Le monarque ne peut se concevoir que comme souverain. Il y avait d'ailleurs normalement confusion entre les termes, et le mot de souverain avait servi au roi pour combattre les grands féodaux qui ne pouvaient se prétendre souverains et pour affirmer la spécificité du monarque en face de tous les autres pouvoirs. Souverain qualifiait la situation de celui qui ne dépe […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/monarchie/#i_5832

NATALISME

  • Écrit par 
  • Hervé LE BRAS
  •  • 2 731 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Origine du natalisme »  : […] Beaucoup de populations traditionnelles et de régimes politiques anciens ont été favorables à une natalité élevée, mais le natalisme en tant que doctrine politique et d'État n'apparaît qu'à la fin du xix e  siècle en France. On a souvent mis cette naissance du natalisme en rapport avec la baisse précoce de la natalité en France (en 1896 et 1897, les décès dépassèrent les naissances) et avec la dé […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/natalisme/#i_5832

NATIONALISME

  • Écrit par 
  • Raoul GIRARDET
  •  • 3 759 mots

Dans le chapitre «  Difficultés d'approche et essai de définition »  : […] À la complexité et à la fluidité du vocabulaire à travers le temps et à travers l'espace viennent s'ajouter d'autres difficultés d'approche. La première difficulté reste liée à l'ambiguïté même du vocable. Il existe, dans certains pays et à certaines époques, un nationalisme hautement proclamé, organisé et structuré, et dont certaines doctrines et certains partis se font l'interprète : c'est le na […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nationalisme/#i_5832

NATIONALITÉS PRINCIPE DES

  • Écrit par 
  • André THÉPOT
  •  • 2 480 mots
  •  • 1 média

On peut définir ainsi le principe des nationalités : le dogme suivant lequel État et nation doivent coïncider dans les groupements politiques. La notion de nationalité s'est peu à peu formée au cours des siècles. On peut noter dès le Moyen Âge des manifestations de sentiment national, mais celui-ci apparaissait plus comme une réaction contre une menace extérieure que comme une conviction raisonn […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/principe-des-nationalites/#i_5832

PEUPLE NOTION DE

  • Écrit par 
  • Yves SUREL
  •  • 1 501 mots

Dans le chapitre « Des univers de sens »  : […] La première acception, celle de peuple-souverain, semble évidente aujourd'hui par l'effet de naturalisation progressive qu'a provoqué l'expansion de la démocratie. Pourtant, la conception du peuple comme fondateur et acteur principal de l'ordre politique vient pour l'essentiel du Moyen Âge, avant de connaître une première formalisation moderne avec Thomas Hobbes et Jean-Jacques Rousseau. C'est ai […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/notion-de-peuple/#i_5832

POLITIQUE - Les régimes politiques

  • Écrit par 
  • Georges BURDEAU
  •  • 8 477 mots

Dans le chapitre « La représentation politique »  : […] Quelle que soit la sincérité avec laquelle les institutions et la pratique politiques consacrent l'origine populaire du pouvoir, le peuple ne peut exercer directement sa souveraineté. Là même où les mécanismes de la démocratie directe (initiative populaire, veto, référendum) sont en vigueur, comme dans la Confédération helvétique, ils n'interviennent que sporadiquement. La gestion des affaires es […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/politique-les-regimes-politiques/#i_5832

QU'EST-CE QU'UNE NATION ? Ernest Renan - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Bernard VALADE
  •  • 1 084 mots
  •  • 1 média

Conférence prononcée le 11 mars 1882 à la Sorbonne et publiée le 26 mars suivant dans le bulletin de l' Association scientifique de France , Qu'est-ce qu'une nation  ? apparaît comme le testament politique de Renan (1823-1892). Partagée entre la religion et la science, l'existence de ce dernier aura été marquée par deux événements majeurs : une crise de conscience qui l'amena en octobre 1845 à ren […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/qu-est-ce-qu-une-nation/#i_5832

RECONNAISSANCE, droit international

  • Écrit par 
  • Patricia BUIRETTE
  •  • 1 061 mots

Acte juridique par lequel un État prend acte de l'existence de certains faits (État ou gouvernement nouveaux, situation, traité) et déclare ou admet implicitement qu'ils lui sont opposables. L'objet de la reconnaissance est variable et dépend des situations reconnues. La reconnaissance d'État est l'acte par lequel un État constate un faisceau de faits qui sont les conditions d'existence d'un autre […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/reconnaissance-droit-international/#i_5832

RÉGIME PARLEMENTAIRE

  • Écrit par 
  • André DEMICHEL, 
  • Pierre LALUMIÈRE
  • , Universalis
  •  • 7 476 mots

Dans le chapitre « Une démocratie gouvernée »  : […] La théorie parlementaire a été construite à partir de deux grandes méfiances, l'une à l'égard des détenteurs du pouvoir, l'autre à l'égard du peuple. Elle a formulé trois principes juridiques qui continuent à inspirer le droit constitutionnel de ces régimes : la séparation des pouvoirs, la soumission du pouvoir au droit et la théorie de la représentation. La séparation des pouvoirs est un princip […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/regime-parlementaire/#i_5832

SIONISME

  • Écrit par 
  • Alain DIECKHOFF
  •  • 9 987 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Le triomphe du « sionisme étatique » »  : […] Bien que le mouvement sioniste, tel que conçu par Herzl, ait été centré sur la construction d'un État, il a toujours été caractérisé par un fort pluralisme idéologique, et donc par l'existence de courants qui entendaient donner un contenu national au judaïsme tout en étant enclins à un certain minimalisme politique. Trois types de réticences ont ainsi accompagné l'expansion du sionisme. La premièr […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sionisme/#i_5832

SUFFRAGE UNIVERSEL

  • Écrit par 
  • Dominique CHAGNOLLAUD
  •  • 4 487 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Deux conceptions de la souveraineté »  : […] Il n'en demeure pas moins que les élus, malgré l'avènement du suffrage universel, ont un mandat qui reste encore de nos jours étrangement « représentatif ». En vertu de la théorie élaborée par Sieyès, la souveraineté n'appartient pas au peuple mais à la nation, personne morale distincte des individus qui la composent. C'est le sens de l'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du cito […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/suffrage-universel/#i_5832

SUPRANATIONALITÉ

  • Écrit par 
  • Jacques TÉNIER
  •  • 2 177 mots

Les constructions nationales ont hérité d'une conception théologique et monarchique de la souveraineté. Celle-ci est « une, indivisible, inaliénable et imprescriptible », selon l'article 1 er du titre III de la Constitution française du 3 septembre 1791. Le xix e  siècle est celui des nationalités. La vie démocratique s'organise à l'intérieur des frontières nationales. Le concert diplomatique s […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/supranationalite/#i_5832

TURQUIE

  • Écrit par 
  • Michel BOZDÉMIR, 
  • Ali KAZANCIGIL, 
  • Robert MANTRAN, 
  • Jean-François PÉROUSE
  •  • 40 595 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « La question kurde : l'État jacobin face à une revendication identitaire »  : […] Dans la réticence de l'État turc à reconnaître la pluralité de la société, la revendication identitaire de ses citoyens d'origine kurde tient une place particulière. Comme tous les empires, l'Empire ottoman fut une mosaïque de peuples. Tirant la leçon des interventions des puissances européennes dans les affaires intérieures ottomanes, au nom de la protection des minorités chrétiennes, tout au lo […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/turquie/#i_5832

VATTEL EMMERICH DE (1714-1767)

  • Écrit par 
  • Patricia BUIRETTE
  •  • 926 mots

Publiciste et diplomate suisse. Né à Couvet dans la principauté de Neuchâtel, Vattel est le fils d'un pasteur de l'Église réformée. Poussé par son père à embrasser la même carrière, il fait ses humanités à l'Université de Bâle, puis étudie à Genève (1733) la théologie et la métaphysique. La lecture des œuvres de Leibniz et de Christian Wolff va décider de son orientation. Il dédie à Frédéric II sa […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/emmerich-de-vattel/#i_5832

Voir aussi

Pour citer l’article

Georges BURDEAU, Pierre-Clément TIMBAL, « NATION - L'idée de nation », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 décembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/nation-l-idee-de-nation/