MOTOWN

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Fondée en 1959 à Detroit par Berry Gordy, Jr., la firme discographique Motown deviendra l'une des plus fructueuses entreprises afro-américaines et l'une des plus influentes maisons de disque indépendantes de l'histoire des États-Unis.

Comme nombre de familles noires du Sud attirées par les emplois que promettent les usines du Nord, les parents de Berry Gordy quittent la Georgie pour Detroit après la Première Guerre mondiale. C'est dans cette ville qu'il naît, le 28 novembre 1929. Ses parents le soutiendront financièrement lors de ses premiers pas dans l'industrie du disque. Incapable de lire une partition, Gordy sait néanmoins prédire à coup sûr si un morceau plaira ou non au public. Il ouvre pour une courte période un magasin de disques de jazz mais désire avant tout s'adonner à l'écriture et à la composition. Il coécrit entre 1957 et 1959 plusieurs titres avec Jackie Wilson (Reete Petite, To be Loved, I'll be satisfied...), puis repère le jeune Smokey Robinson, futur leader du groupe The Miracles.

En janvier 1959, Gordy fonde la maison de disque Tamla Records, rebaptisée en 1960 Motown, d'après le surnom de Detroit (« Motor Town »). Le succès de la Motown s'inscrit dans une période marquée par l'essor du rhythm and blues. Délaissé par les majors – à l'exception de Decca –, ce nouveau style musical, popularisé par des artistes comme Louis Jordan et Lionel Hampton, va faire de la fin des années 1950 à la fin des années 1960 la fortune de deux autres labels noirs : Peacock Records, fondé à Houston, et Vee Jay Records, né à Chicago. Gordy ne se lance donc pas en territoire inconnu quand il crée sa société en 1959. Cette même année, Harry Belafonte est le premier Noir à produire un film à Hollywood, Odds Against Tomorrow. Le mouvement pour les droits civiques fait également évoluer les mentalités. Grâce aux radios noires nées après la Seconde Guerre mondiale, les maisons de disque peuvent en outre diffuser leurs titres auprès d'un large public.

Le « son Motown » va profondément marquer la musique populaire américaine des années 1960. Gordy s'installe au 2648 West Grand Boulevard et réunit autour de lui un large éventail de talents locaux. Motown produit ainsi avec succès plusieurs solistes, tels que Marvin Gaye, Stevie Wonder et Mary Wells. Outre The Miracles, qui lui donne son premier titre vendu à plus d'un million d'exemplaires (Shop Around, 1960), Motown travaille avec plusieurs groupes de jeunes chanteurs, comme The Temptations, Martha and the Vandellas, ou encore The Marvelettes. Elle produit également avec succès des formations comme The Four Tops, Junior Walker and the All-Stars, The Isley Brothers ou encore Gladys Knight and the Pips. Mais c'est avec l'extraordinaire réussite des Supremes, groupe féminin mené par Diana Ross, que la Motown décroche ses plus gros succès commerciaux avec des tubes comme Where Did Our Love Go (1964), Baby Love (1964), Stop ! In the Name of Love (1965) et You Can't Hurry Love (1966).

Les équipes d'auteurs-compositeurs choisies par Gordy façonnent l'identité de la Motown et contribuent largement au succès des interprètes. Le trio Brian Holland, Lamont Dozier et Eddie Holland intervient notamment sur les albums des Supremes au milieu des années 1960. D'autres auteurs-compositeurs, également producteurs, comme Robinson, Sylvia Moy, Norman Whitfield, Mickey Stevenson, Ivy Joe Hunter et Gordy lui-même, font eux aussi les beaux jours de Motown. Le label possède en outre ses propres musiciens : Earl Van Dyke aux claviers, Benny Benjamin à la batterie et James Jamerson à la basse, réunis autour du groupe The Funk Brothers. Cette formation joue un rôle majeur dans l'émergence du son Motown, style de soul caractérisé par une orchestration et des arrangements plus propres et policés que ceux de Stax Records, son concurrent de Memphis. Motown mélange les genres (rhythm and blues, gospel, pop) afin de toucher une large audience, en particulier chez les adolescents. La firme mixe ses enregistrements au format radio et privilégie les rythmes dansants.

Motown affiche au sommet de sa popularité le meilleur taux de titres transformés en tubes de toute l'histoire de l'industrie du disque. Malgré ce succès, elle demeure une petite société gérée avec rigueur, Gordy n'ayant d'autre choix pour survivre face aux majors. Le label atteint son apogée entre 1965 et 1968. S'il ne connaît pas dans les années 1970 l'éclat de la décennie précédente (à la suite du départ de plusieurs artistes majeurs), il poursuit néanmoins sa collaboration avec les Jackson Five (The Jacksons), The Commodores, Stevie Wonder et Diana Ross. En 1971, Motown sort What's Going On de Marvin Gaye, parfois considéré comme le plus grand titre soul de tous les temps. Face aux violences raciales qui frappent Detroit depuis la fin des années 1960, Gordy décide, au début des années 1970, de transférer sa société à Los Angeles. Il s'essaie alors au cinéma, produisant notamment Lady Sings the Blues de Sidney J. Furie (1972), dans lequel Diana Ross incarne Billie Holiday.

Dans les années 1980, Gordy fait péniblement face aux multinationales qui dominent de plus en plus l'industrie du disque. De guerre lasse, il vend en 1988 Motown à M.C.A., laquelle cédera le label à PolyGram.

Pilier de la musique populaire à la longévité remarquable dont aucun autre label ne parviendra à reproduire le son, Motown aura exercé une influence primordiale sur l'industrie du disque et révélé d'illustres musiciens tels que Stevie Wonder, Marvin Gaye ou encore Michael Jackson.

—  Gerald EARLY, Universalis

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  • : professeur de lettres modernes à l'université Washington de Saint Louis, Missouri (États-Unis), auteur

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Pour citer l’article

Gerald EARLY, « MOTOWN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 janvier 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/motown/