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WHISTLER JAMES ABBOTT McNEILL (1834-1903)

Américain par la naissance, français par la formation, britannique surtout par la carrière, Whistler est un des grands artistes cosmopolites du xixe siècle. Il compte également parmi ses plus fortes personnalités, et ses plus originales : sa vie ne manque ni de femmes, ni d'aventures (on a la preuve, aujourd'hui, qu'il fut trafiquant d'armes lors du conflit de 1866 entre l'Espagne et le Chili), ni de rencontres avec les écrivains et les artistes les plus renommés de son temps, de Swinburne et Rossetti à Mallarmé, de Courbet et Manet à Millais et à Sickert, sans oublier le monde de l'aristocratie parisienne ou celui de la grande industrie britannique. Il est surtout un artiste particulièrement séduisant : ses peintures, ses dessins, ses estampes témoignent d'une ambition esthétique poursuivie sans relâche, au service de laquelle il multiplia les recherches et les expérimentations techniques. Incomprise de la plupart pendant la majeure partie de la vie de l'artiste, son œuvre est désormais unanimement admirée, tant en Angleterre, où elle est pleinement intégrée à l'histoire de l'art victorien, que, plus paradoxalement, aux États-Unis : ceux-ci le revendiquent en effet alors même que sa peinture, par ses sujets ou sa matérialité, se sépare complètement du naturalisme et de la réflexion sur le paysage qui fondent alors, en grande partie, l'école américaine. Il n'est pas jusqu'à la France qui puisse réclamer une part de Whistler, très proche à ses débuts des réalistes. Il y habita pendant longtemps, y termina pratiquement sa vie, et y trouva admirateurs, critiques et parfois acheteurs. Lui-même laissait planer sur tous ces points une certaine ambiguïté : son internationalisme n'est peut-être qu'une forme différente de son individualisme.

Les années françaises (1855-1859)

Whistler est né en 1834 à Lowell, Massachusetts. Fils de militaire, il fut d'abord tenté par une carrière dans les armes. Aussi étudia-t-il, sans aucun succès sauf dans les cours de dessin, à l'United States Military Academy at West Point. Il avait déjà, dans son enfance et sa jeunesse, reçu un début de formation artistique, d'abord à Saint-Pétersbourg (où son père fut ingénieur des chemins de fer), puis à Londres. Employé au bureau des cartes marines à Washington, mais décidé à tenter une carrière artistique, il s'embarqua pour l'Europe en 1855, et ne devait jamais revenir aux États-Unis. Il y découvrit, dès son arrivée, la peinture contemporaine dans toute sa richesse et sa diversité, grâce à l'Exposition universelle de Paris, puis, deux ans plus tard, les ressources des écoles anciennes avec l'Exposition des Trésors d'art de Manchester, où avaient été réunis, entre autres, plus d'un millier de tableaux provenant de collections privées britanniques. Il eut parallèlement le souci de perfectionner les techniques qu'il avait déjà expérimentées en Amérique (le dessin, l'aquarelle, l'eau-forte), en même temps qu'il apprenait la peinture dans l'atelier très traditionnel de Charles Gleyre, où il s'était inscrit. Il s'y lia avec des artistes britanniques eux aussi en séjour à Paris, Edward Poynter et l'illustrateur George du Maurier, ainsi qu'avec des Français, notamment Henri Fantin-Latour et Alphonse Legros. Ces deux derniers formèrent avec Whistler, en 1858, la « Société des trois », visant moins à fonder et à promouvoir de nouvelles tendances esthétiques (tous étant cependant très marqués par la peinture hollandaise) qu'à s'entraider mutuellement dans la commercialisation de leurs œuvres, aussi bien en France qu'en Grande-Bretagne.

<it>Au piano</it>, J. A. Whistler - crédits : AKG-images

Au piano, J. A. Whistler

Whistler s'impose relativement vite à Paris dans les cercles réalistes. Au Piano (1858-1859, The Taft Museum, Cincinnati), refusé au Salon[...]

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

<it>Au piano</it>, J. A. Whistler - crédits : AKG-images

Au piano, J. A. Whistler

<it>Symphonie en blanc, III</it>, J. A. Whistler - crédits :  Bridgeman Images

Symphonie en blanc, III, J. A. Whistler

<it>Vue de Battersea depuis les maisons de Lindsey</it>, J. A. Whistler - crédits :  Bridgeman Images

Vue de Battersea depuis les maisons de Lindsey, J. A. Whistler

Autres références

  • ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Peinture

    • Écrit par Jacques CARRÉ, Barthélémy JOBERT
    • 8 176 mots
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    Vers 1860, c'est un Américain, James McNeill Whistler (1834-1903), qui fit souffler un vent nouveau dans le milieu artistique londonien. Fasciné par Velázquez mais aussi par la peinture japonaise, il cultive la sobriété de la couleur et l'élégance du graphisme. Non sans provocation, il se plaît à intituler...
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Voir aussi