RUISDAEL JACOB VAN (1628 env.-1682)

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Salomon van Ruysdael et surtout son neveu Jacob van Ruisdael, l'un des plus célèbres paysagistes du xviie siècle, comptent parmi les plus illustres représentants d'un genre qui occupe une place toute particulière dans la peinture hollandaise.

La Tempête, J. van Ruisdael

Photographie : La Tempête, J. van Ruisdael

Jacob van Ruisdael (1628 env.-1682), La Tempête, huile sur toile. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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En 1604 parut à Haarlem le Schilderboeck de Karel van Mander, manuel que tout peintre hollandais du xviie siècle se devait de posséder. Chacun y empruntait largement vues théoriques et connaissances pratiques sur la peinture. Van Mander s'était inspiré de traités des théoriciens italiens du xvie siècle, mais, étant avant tout hollandais, il a consacré un chapitre au paysage ; comme il était non seulement théoricien, mais aussi peintre, il savait qu'on ne pouvait plus faire abstraction du paysage comme genre particulier dans l'art hollandais. Dans son traité, Van Mander organise les activités du paysagiste. Quand il fait beau, celui-ci doit quitter la ville dès que les portes en sont ouvertes, pour observer l'éveil de la nature. La description de la nature qu'il donne alors est une des plus belles de la littérature hollandaise de la Renaissance ; elle nous apprend que l'auteur a dû suivre plusieurs fois ses propres instructions. Cependant, plus Van Mander stimule ses lecteurs à représenter des sujets empruntés à la nature, plus sa description ressemble aux compositions que ses contemporains peignaient dans leurs ateliers, et dans lesquelles les détails observés à l'extérieur sont intégrés à un ensemble complètement inventé.

Les fondateurs

Ce ne fut que la génération d'artistes postérieure à Van Mander qui réussit à rendre avec un certain degré de vraisemblance le réel dans la peinture. C'est précisément cette apparence de réalité qui a attiré toujours tant de spectateurs devant leurs tableaux. Les maîtres de cette génération furent Esaias van de Velde (1590 env.-1630), Jan van Goyen (1596-1656) et Salomon van Ruysdael. (Salomon Jacobsz. van Ruysdael est né à Naarden vers 1600 ; en 1626, il devient membre de la Guilde des peintres à Haarlem, où il demeura jusqu'à sa mort en 1670. On connaît mal sa biographie ; il semble qu'il ait mené l'existence d'un homme aisé, mais ce n'est vraisemblablement pas son art qui lui a procuré cette vie facile.) Mais quelles trouvailles relève-t-on dans l'œuvre de ces trois maîtres ? Leurs précurseurs avaient eux aussi dessiné beaucoup de sujets d'après nature ; comme leurs précurseurs, ils transformaient dans leurs ateliers leurs études d'après nature en compositions dénuées d'exactitude topographique. Cependant, si l'on compare un tableau datant de 1600 environ à un tableau de Van Goyen, la différence, immédiatement perceptible, réside dans l'intention avec laquelle la composition d'atelier est constituée. Si les artistes du premier quart du xviie siècle veulent animer leurs compositions de fantaisie en y ajoutant de nombreux détails naturalistes, la génération de 1630 cherche à retrouver dans chacune de ses esquisses un peu de la quintessence de la nature hollandaise et elle essaie de réaliser dans chaque œuvre une synthèse de ces impressions. Tel paysage de Salomon van Ruysdael (Vue de l'église de Herwen, Mauritshuis, La Haye) semble presque un instantané, une photo prise d'un bateau semblable à celui qui navigue à quelque distance du spectateur. En réalité, le peintre a très soigneusement construit son image avec un jeu subtil de diagonales : la rivière, l'arbre, les nuages.

Dans des ouvrages antérieurs, Salomon van Ruysdael et Jan van Goyen ont employé ces diagonales avec plus d'insistance, pour donner de l'appui à la composition et en même temps pour accroître l'effet de profondeur. Dans le tableau mentionné ci-dessus, œuvre plus récente, les diagonales apparaissent moins nettement ; l'effet de profondeur est souligné par la succession de lignes horizontales très rapprochées, constituées tour à tour de formes claires et foncées. Le bac qui traverse calmement la rivière renforce l'impression de paix. Le lent voilier essaye de capter le moindre souffle de vent ; il évite ainsi la perspective trop appuyée d'une vue libre sur la rivière. Dans la composition, la grande voile forme un équilibre parfait avec le groupe d'arbres du premier plan. La lumière est voilée par les nuages ; les couleurs sont éteintes, bien que la monochromie soit encore plus forte dans les tableaux antérieurs de l'artiste.

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La Tempête, J. van Ruisdael

La Tempête, J. van Ruisdael
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Vue d'Amsterdam, J. van Ruisdael

Vue d'Amsterdam, J. van Ruisdael
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Écrit par :

  • : professeur à l'Institut d'histoire de l'art de l'université de Groningue, Pays-Bas

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Pour citer l’article

Lyckle DE VRIES, « RUISDAEL JACOB VAN (1628 env.-1682) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacob-van-ruisdael/