RUISDAEL JACOB VAN (1628 env.-1682)

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Le nouveau style

L'œuvre de Van Ruisdael ne permet pas de penser qu'il se soit jamais très éloigné des frontières hollandaises (le voyage de Caen aurait eu lieu après son apogée artistique). Il ne semble pas qu'il soit allé en Italie ; Van Ruisdael a connu les cascades des pays scandinaves par l'œuvre de son confrère Allaert van Everdingen (1621-1673), qui s'établit à Amsterdam en 1657 et qui avait été quinze ans auparavant en Suède. Il ne faudrait pas croire que l'art hollandais était revenu, après une période de réalisme sobre, à des pratiques antérieures à Jan van Goyen et à Salomon van Ruysdael. L'impression d'unité et de vraisemblance qui avait caractérisé les paysages réalistes peints vers 1640 se retrouvait dans les paysages imaginaires de la seconde moitié du siècle. Surtout, le nouveau goût pour les espaces étendus, la lumière et l'atmosphère n'avait pas abandonné les peintres du troisième quart du xviie siècle, bien que ces peintres eussent renoncé aux motifs réalistes par lesquels il aurait pu se manifester pour la première fois.

Ce qu'il y avait de nouveau, c'était la possibilité de représenter sous des cieux orageux ou dans la lumière du soleil d'été des contrastes de lumière plus accusés. Les peintres abandonnent la monochromie pour des couleurs plus vives, non seulement dans les personnages, mais aussi dans le vert foncé des arbres, le bleu du ciel, le blanc des nuages et le sol sablonneux. Les maîtres du troisième quart du siècle, et en particulier Ruisdael, aimaient les effets de contraste entre les objets volumineux (groupes d'arbres ou bâtiments) et les espaces étendus : Le Moulin de Wijk près de Duurstede en est un exemple remarquable. Parfois le peintre inverse la composition et entoure un espace vide de bois touffus. Souvent Ruisdael choisit comme thème une lisière de forêt, où le bois et la plaine forment encore une autre sorte de contraste.

La distance qui sépare cette génération de la précédente semble inexplicablement grande. Cependant, il ne faut pas oublier qu'il y avait à côté de Jan van Goyen et de Salomon van Ruysdael des peintres qui s'adonnaient aux paysages imaginaires. Un seul les égalait : Hercules Seghers (1589 ou 1590-env. 1638). En outre, vers 1650 des changements d'importance comparable intervinrent dans les différents domaines de la peinture hollandaise. Les peintres d'architecture et de genre étaient les mieux préparés à cette rénovation ; venaient ensuite les portraitistes et les peintres de nature morte. Quant aux paysagistes, il existait déjà dans la première moitié du xviie siècle un groupe de peintres qui avaient une prédilection pour les violents effets de lumière, les ciels bleus et clairs et les personnages aux vêtements bariolés dans une nature aux couleurs gaies. C'étaient les italianisants, paysagistes qui avaient reçu leur formation en Italie et qui, après leur retour en Hollande, continuaient à employer des motifs italiens dans leurs tableaux. Il est souvent difficile de savoir si ces peintres ont voulu représenter dans leurs œuvres la campagne romaine ou l'Arcadie mythologique : dans les deux cas ce sont les mêmes bergers, les mêmes paysans insouciants. Les italianisants formaient d'abord un groupe un peu isolé ; après le retour de Jan Both (1615 env.-1652), en 1641, il y eut de plus en plus de contacts entre les peintres de motifs hollandais et ceux qui peignaient des motifs italiens.

L'énumération des divers genres de paysages qu'on rencontre chez Ruisdael ne suit pas le déroulement chronologique de l'œuvre. De toute façon, on ne peut reconstruire cet ordre qu'avec beaucoup de peine, car, après avoir trouvé son style personnel, le peintre n'a plus beaucoup évolué. En outre, il n'y a que quelques tableaux qui sont datés. On place en général les grandes cascades après le déménagement de Van Everdingen de Haarlem à Amsterdam. On a coutume de placer les tableaux moins bien venus à la fin de la carrière du peintre. Quant à l'influence de Salomon van Ruysdael et de Cornelis Vroom, on la décèle dans les tableaux de jeunesse de Jacob.

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La Tempête, J. van Ruisdael

La Tempête, J. van Ruisdael
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Vue d'Amsterdam, J. van Ruisdael

Vue d'Amsterdam, J. van Ruisdael
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Écrit par :

  • : professeur à l'Institut d'histoire de l'art de l'université de Groningue, Pays-Bas

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Pour citer l’article

Lyckle DE VRIES, « RUISDAEL JACOB VAN (1628 env.-1682) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacob-van-ruisdael/