ARI THORGILSSON INN FRÓDHI (1067/68-1148)

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Il ne suffit pas de dire que Ari est le père de l'histoire islandaise, il faut préciser que, sans lui, probablement, toute la littérature de sagas n'aurait pu voir le jour et qu'il possède, avec plusieurs siècles d'avance, contre tous ses contemporains, les qualités que nous exigeons d'un véritable historien.

Il est né dans l'ouest de l'Islande, d'une famille noble qui descendait peut-être des rois de Norvège. Selon la coutume, il est élevé, non par les siens, mais, au sein de la grande famille de Haukadalr, par Teitr, fils du premier évêque de l'île, Ísleifr : détail d'une importance capitale, car Ari a bénéficié de la sorte d'une ouverture sur l'Occident et sur la littérature contemporaine, latine et religieuse surtout, dont la marque se retrouve sans peine dans son œuvre. Puis sa vie, qui est mal connue, se confondra avec celle de la république islandaise, à laquelle il se trouve intimement mêlé en tant que gódhi, chef mi-laïque, mi-religieux.

Un seul livre, d'une minceur extrême, écrit vers 1120, suffit à assurer sa gloire, encore qu'il ait dû en composer d'autres, des généalogies et des vies des rois, norvégiens en particulier, dont ses compatriotes se sont amplement servis à l'époque mais qui sont irrémédiablement perdus. Ce livre, c'est l'Íslendingabók ou Libellus Islandorum (Livre des Islandais). L'Église d'Islande venait de se donner un nouveau Code ecclésiastique et il est probable qu'on a demandé à Ari d'écrire une sorte d'introduction historique à ce texte. En tout état de cause, la version que nous possédons n'est pas la première, qui est perdue, mais une refonte, postérieure de quelques années.

Dans un style d'une concision lapidaire, très proche du latin de la grande époque, Ari rapporte d'abord les principaux événements de l'histoire islandaise : l'établissement des premiers colonisateurs, puis l'institution de la première législation, la fondation de l'Althing, ou Parlement, la mise en place de l'administration, la découverte du Groenland et de l'Amérique (Vinland). La seconde partie de l'opuscule est consacrée exclusivement à l'histoire de l'Église en Islande.

L'intérêt majeur de cette œuvre est triple. En premier lieu, Ari apporte à la chronologie une attention scrupuleuse, scientifique, si minutieuse qu'elle nous satisfait aujourd'hui encore et que toute l'école historique islandaise la respectera avec admiration. Il emploie des techniques que nous ne pouvons désavouer aujourd'hui : fixation critique de points de repère sûrs, confrontation des sources, datation des événements par des références multiples à des points irrécusables. Ensuite, sa façon d'utiliser ses sources est toute moderne : il ne disposait que de sources orales, mais il sait les confronter, faire une critique de valeur des témoins qu'il consulte, ne rien dire qu'il ne tienne d'une autorité par lui éprouvée. Il ne fait droit ni aux légendes ni aux on-dit. Il se défend de proposer théories ou interprétations subjectives. Le plus grand honneur qu'on puisse lui faire sur ce point est de dire que, jusqu'à présent, l'essentiel de son œuvre — qui recouvre donc quelque cent cinquante ans — reste tenu pour véridique. Enfin, il s'exprime en un style qui, jusqu'au xive siècle, restera celui de toute la littérature islandaise : rapide sans sécheresse, précis mais vivant parce que volontiers étoffé d'une anecdote alerte, préférant toujours le mouvement à l'étalage d'érudition, amant de la formule claire et sans passion. En d'autres termes, il met au point, en quelques pages, l'esprit, la technique et le style d'une littérature où abonderont les chefs-d'œuvre de tous genres. Il possède, lui le premier, les trois grandes qualités que nous apprécions dans ces œuvres : objectivité, précision, dynamisme.

Une phrase le dépeint parfaitement. C'est celle qui conclut son livre écrit, rappelons-le, plus de quatre-vingts ans avant l'Histoire de la Conquête de Constantinople de Villehardouin, notre premier chroniqueur : « Mais à tout ce qui aura été dit de façon inexacte dans ce livre, il faudra préférer ce qui se révélera plus vrai. »

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  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Régis BOYER, « ARI THORGILSSON INN FRÓDHI (1067/68-1148) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ari/