IMPRESSIONNISME

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Situation de l'impressionnisme dans l'histoire de l'art moderne

Que l'impressionnisme ait été suivi d'autres révolutions de sens contraire ne fait que témoigner de l'énergie de la création artistique dans cette période qui va du milieu du xixe siècle au milieu du xxe et, par conséquent, souligne, dans cette suite de géniales contradictions, l'importance de l'impressionnisme. Celui-ci occupe donc une place des plus considérables dans l'histoire de l'esprit et doit être étudié dans ce qu'on appelle aujourd'hui une diachronie.

Une première observation à faire en ce sens, c'est qu'il a été un phénomène exclusivement français. Il est une expression et une invention du génie français. Son rayonnement s'étend sur la France. Ses petits-maîtres, Lépine, Lebourg, Maufra, sont français, et c'est en France qu'on trouve à lui adjoindre des artistes tels que Monticelli (1824-1886) dont la mystérieuse fantaisie peut être classée dans les parages du lyrisme impressionniste. Mais à l'étranger il n'a pas eu d'influence directe. Son action a été autre. Ce n'est qu'avec les Anglo-Saxons qu'on lui trouve des affinités véritables et profondes. On a dit que le climat de l'impressionnisme était celui de la vallée de la Seine et des côtes de la Manche, donc proche du climat anglais. Sisley avait des origines britanniques. Un des fidèles impressionnistes et qui, avec Berthe Morisot, a apporté au groupe le concours de la grâce et de l'affectivité féminines, est une américaine, Mary Cassatt (1845-1927), peintre d'enfants et de maternités. Et l'un des proches compagnons de l'impressionnisme fut James Whistler (1834-1903), américain en même temps que grande figure parisienne, l'un des plus intimes familiers de Mallarmé. Les titres de ses tableaux suffisent à démontrer à quel point la sensibilité picturale tendait alors à se faire sensibilité musicale : Harmonie en rose ; Harmonie en vert ; Nocturne en bleu et argent ; Nocturne en noir et or, etc.

Femmes admirant un enfant, M. Cassatt

Photographie : Femmes admirant un enfant, M. Cassatt

Mary Cassatt, Femmes admirant un enfant, 1897. Pastel sur papier, 66 cm × 81,3 cm. The Detroit Institute of Arts, États-Unis. 

Crédits : Don de Edward Chandler Walker, Bridgeman Images

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Nocturne en bleu et or : Valparaiso, J. A. Whistler

Photographie : Nocturne en bleu et or : Valparaiso, J. A. Whistler

James Abbott Whistler (1834-1902), Nocturne en bleu et or : Valparaiso, 1866. Smithsonian Institution, Washington. 

Crédits : Bridgeman Images

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Mais si l'impressionnisme n'a pas produit d'écoles impressionnistes étrangères, c'est néanmoins un phénomène de portée universelle. Il n'a pas agi en tant que doctrine, en tant que contenu esthétique, mais en tant que puissance de choc. Il a servi d'exemple et montré comment une nouvelle conception de l'art risquait de ruiner les anciennes conceptions devenues « manière » et routine. C'est parce qu'il avait acquis des tableaux impressionnistes que von Tschudi, directeur du musée de Berlin, a été chassé de son poste par Guillaume II. L'impressionnisme a ouvert les fenêtres. Il a incité les artistes du monde entier à prendre conscience de leur propre faculté d'invention et de la faculté de renouvellement de leur art. Il les a incités à accomplir des révolutions. Après quoi, la voie était libre, dans le monde entier, pour d'autres esthétiques, qui, cette fois, s'avéreraient communes, universelles et se formeraient dans un concours d'initiatives géniales, surgies, au même moment, dans les régions les plus diverses du monde. Ou bien, dans l'hypothèse où elles auraient eu leur seule source en un lieu déterminé, ces esthétiques nouvelles se répandraient aussitôt à travers le monde en se corroborant ou en se transformant à la flamme de divers autres foyers.

La révolution impressionniste inaugure donc un affranchissement général de l'art de peindre. Mais si l'on en revient à la considérer dans sa teneur particulière, ce qui frappe, c'est qu'elle rompt avec la conception vulgaire de la peinture comme représentation du monde extérieur et qu'elle a rendu celle-ci problématique.

Sans doute l'impressionnisme est-il une forme de réalisme ou de naturisme. Mais réalisme, naturisme, qui ont ahuri une société bourgeoise persuadée que sa peinture officielle lui rendait exactement compte d'une réalité, d'une nature de la connaissance desquelles elle se croyait aussi assurée que de toutes ses autres connaissances, c'est-à-dire de toutes ses autres possessions. De celles-ci, ses artistes patentés lui fournissaient une intelligence immédiate. Ils en faisaient des objets représentables, lui en dessinaient les contours, les définissaient. Or, dès leur première manifestation, en 1874, les jeunes artistes subversifs lui présentent des « impressions ». Elle n'avait qu'en faire. Et elle ne pouvait que se sentir horrifiée par ces artistes qui absorbaient les objets dans une chatoyante magie en se réclamant pour cela des lois spécifiques de la lumière. On pre [...]

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Émile Zola, É. Manet

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Le Poème de l'oreiller, K. Utamaro

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Pour citer l’article

Jean CASSOU, « IMPRESSIONNISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/impressionnisme/