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HISTOIRE (Domaines et champs) Histoire politique

L'ouverture de voies nouvelles

Parmi les diverses approches permettant d'illustrer les voies ouvertes par cette conception du politique profondément enracinée dans la réalité vécue des sociétés, on se contentera d'évoquer deux axes qui apparaissent remarquablement féconds.

L'histoire de l'État

Le premier axe est constitué par les recherches sur l'histoire de l'État et des régimes politiques qui l'organisent. Longtemps soustrait aux travaux des historiens et réservé aux juristes et aux politologues, intéressés par la description et le fonctionnement des institutions ou les mécanismes du pouvoir, cet objet d'étude suscite des recherches croisant les apports de l'histoire et du droit constitutionnel. Les premiers historiens à se pencher sur ce problème ont été les médiévistes et les modernistes, comme le montrent les deux premiers volumes de l'Histoire de la France politique : Philippe Contamine, Le Moyen Âge, le roi, l'Église, les grands, le peuple (2002) et Joël Cornette, La Monarchie, entre Renaissance et Révolution (2000), parce qu'ils voient, en quelque sorte, l'État naître sous leurs yeux, alors que les historiens du contemporain l'ont longtemps considéré comme ayant existé de tout temps et constituant une réalité sur laquelle il n'était pas nécessaire de s'interroger. Or médiévistes et modernistes ont montré que l'État n'est pas une simple construction répondant à des fonctions précises, mais nécessite une théorisation, des représentations qui lui donnent sens et justification aux yeux de la société. Une telle réflexion est née, dans les années 1990, en histoire politique contemporaine, considérant l'État et le régime qu'il met en place non comme un simple ensemble de mécanismes régissant les pouvoirs publics, mais comme la traduction, au niveau des institutions, du système de normes et de valeurs des groupes dominants de la société considérée. À cet égard, il faut noter le rôle déterminant des travaux de Pierre Rosanvallon sur le questionnement du rapport du système politique aux valeurs démocratiques (Le Sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, 1992 ; Le Peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France, 1998). On passe ainsi du descriptif au représentatif, ce qu'illustrent, par exemple, les travaux novateurs sur le parlementarisme français (Nicolas Roussellier, Le Parlement de l'éloquence. La souveraineté de la délibération au lendemain de la Grande Guerre, 1997 ; Jean Garrigues dir., Histoire du Parlement de 1789 à nos jours, 2007).

Les régimes politiques ont également fait l'objet de recherches destinées à rendre compte de leur émergence en fonction des sociétés dans lesquelles ils s'installent, des problèmes que celles-ci connaissent et des formes de représentation qui sont les leurs. La parution, à la fin des années 1990, de la collection Histoire générale des systèmes politiques, sous la direction de Maurice Duverger et Jean-François Sirinelli, est symbolique de cet intérêt des historiens. De même, le jury de l'agrégation d'histoire décida d'inscrire au programme du concours pour les années 1999-2001 une question sur « La Démocratie aux États-Unis et en Europe occidentale de 1918 à 1989 ». Enfin, cette manière globale d'aborder la question des régimes politiques sous l'angle des normes, des besoins et des aspirations sociales a donné lieu à l'émergence de la notion de modèle politique, qui permet de comprendre en quoi les institutions et les pratiques sont en corrélation avec la culture politique d'une société et les valeurs sur lesquelles elle repose.

L'attention des chercheurs s'est également portée sur la manière dont l'État intervient concrètement dans la vie du citoyen, notamment à travers l'action[...]

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Écrit par

  • : professeur émérite des Universités à l'Institut d'études politiques de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Hérodote - Halicarnasse (Asie Mineure)

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Thucydide - Athènes

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Autres références

  • HISTOIRE (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 3 161 mots

    Tandis que la physique étudie le monde sensible ou la chimie la transformation de la matière, l’histoire (mot issu d’un vocable grec signifiant « enquête ») étudie... l’histoire. La plupart des langues européennes désignent également par un même mot l’étude et l’objet de l’étude. Est-ce là une imperfection...

  • LE RÔLE SOCIAL DE L'HISTORIEN (O. Dumoulin)

    • Écrit par Bertrand MÜLLER
    • 995 mots

    Au cours de ces dernières décennies, les scènes d'intervention de l'historien se sont multipliées. Sans changer apparemment de costume, l'historien joue de nouveaux rôles : désormais requis comme témoin ou expert sur des scènes sociales – tribunaux, médias, commissions, etc. –, qui ne sont pas a priori...

  • À DISTANCE. NEUF ESSAIS SUR LE POINT DE VUE EN HISTOIRE (C. Ginzburg) - Fiche de lecture

    • Écrit par François-René MARTIN
    • 1 032 mots

    À distance. C'est sous ce titre que l'édition française de l'ouvrage de Carlo Ginzburg rassemble les neuf essais qui le composent (Gallimard, Paris, 2001). Le livre est traduit trois ans après sa publication en italien chez Giangiacomo Feltrinelli Edition sous le titre d'Occhiacci...

  • L'ÂGE DES EXTRÊMES. HISTOIRE DU COURT XXe SIÈCLE (E. Hobsbawm)

    • Écrit par Marc FERRO
    • 805 mots

    L'Âge des extrêmes (Complexe-Le Monde diplomatique, 1999) constitue le quatrième et dernier tome d'un ensemble d'ouvrages qui ont analysé le destin des sociétés depuis la fin du xviiie siècle. Le premier tome, L'Ère des révolutions, traite de la transformation du monde...

  • AGERON CHARLES-ROBERT (1923-2008)

    • Écrit par Benjamin STORA
    • 776 mots

    Historien de l'Algérie contemporaine, Charles-Robert Ageron est né le 6 novembre 1923 à Lyon. Il était issu d'une famille de petits patrons d'atelier. Son père dirigeait une modeste entreprise de mécanique. Bachelier en 1941, il s'inscrit à la faculté des lettres de Lyon où l'un de ses professeurs...

  • AGNOTOLOGIE

    • Écrit par Mathias GIREL
    • 4 992 mots
    • 2 médias

    Le terme « agnotologie » a été introduit par l’historien des sciences Robert N. Proctor (université de Stanford) pour désigner l’étude de l’ignorance et, au-delà de ce sens général, la « production culturelle de l’ignorance ». Si son usage académique semble assez circonscrit à la ...

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Voir aussi