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AGERON CHARLES-ROBERT (1923-2008)

Historien de l'Algérie contemporaine, Charles-Robert Ageron est né le 6 novembre 1923 à Lyon. Il était issu d'une famille de petits patrons d'atelier. Son père dirigeait une modeste entreprise de mécanique. Bachelier en 1941, il s'inscrit à la faculté des lettres de Lyon où l'un de ses professeurs est Henri-Irénée Marrou. Il admire en lui l'enseignant et le résistant. En khâgne, il reprend ses études d'histoire-géographie et devient l'un des proches d'André Mandouze, célèbre latiniste et chrétien de gauche. Reçu à l'agrégation d'histoire en 1947, il est nommé au lycée Gautier d'Alger. Dans la capitale algérienne, il s'engage dans le groupe des « libéraux », dont il est l'un des cofondateurs, qui croyait possible une réconciliation des communautés en Algérie et qui, sans se prononcer de manière explicite pour l'indépendance de l'Algérie, militait pour la paix. Il publie de nombreux articles dans leur journal, L'Espoir, qui sera interdit pendant la « bataille d'Alger » en 1957. Charles-Robert Ageron commence alors ses recherches historiques sur l'Algérie.

La même année, il revient en France et enseigne à Sceaux, au lycée Lakanal. Par la suite, il est détaché au C.N.R.S. comme chargé de recherches. Il obtient un poste d'assistant d'histoire contemporaine à la Sorbonne en 1961. Il travaille, sous la direction de Charles-André Julien, à la préparation de sa thèse d'État. Maître-assistant en 1964, il soutient quatre ans plus tard son doctorat ès lettres qui a pour titre Les Algériens musulmans et la France, 1871-1919. Ce travail érudit, qui va devenir l'un des livres de référence sur l'histoire de l'Algérie, est publié la même année aux Presses universitaires de France. Les questions qu'Ageron soulève alors, celles des « occasions perdues » et des « bifurcations échouées » dans l'Algérie française, restent encore d'une grande pertinence. Il affirme que l'inachèvement des réformes, en particulier celle de 1919 sur le vote d'une petite partie des « indigènes musulmans » ou le projet Blum-Violette en 1936 pour accorder la citoyenneté française à des Algériens, signifie l'échec de la politique d'assimilation, et condamne à terme l'Algérie française : « L'historien n'a ni à le regretter, ni à s'en réjouir. Il doit seulement marquer que le péché d'omission de la politique française tellement évident à la date du centenaire, en 1930, était prévisible, dès lors qu'en 1919 la France avait, pour ménager les préjugés d'une partie de ses nationaux, renoncé à ses principes et à la logique de ses traditions. »

À la suite de sa thèse, il est élu professeur à l'université de Tours (où il fonde le Centre d'étude de la presse et de l'opinion), puis, en 1981, à celle de Paris-XII. Il dirige des thèses en rapport avec l'histoire de la colonisation à l'École des hautes études en sciences sociales (E.H.E.S.S.). Il contribue au développement de l'histoire coloniale en animant le Groupe d'études et de recherches maghrébines (G.E.R.M.) dans les années 1970-1980.

Charles-Robert Ageron publiera de nombreux ouvrages avec, au centre de ses préoccupations, l'Algérie, surtout, mais aussi plus généralement, la colonisation et les décolonisations. Ses livres L'Algérie algérienne (1980), La Décolonisation française (1991), et le « Que sais-je ? », maintes fois réédité, sur l'Histoire de l'Algérie contemporaine font toujours autorité. Il a également rédigé des dizaines d'articles qui sont des études solides et fouillées, par exemple sur les sondages à propos de l'opinion des Français pendant la guerre de 1954-1962, le drame des harkis, ou la tragédie de mai 1945[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )