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BERLIOZ HECTOR

Hector Berlioz, que Théophile Gautier plaçait dans une « trinité de l’art romantique » aux côtés de Victor Hugo et Eugène Delacroix, a marqué le monde artistique de son temps par des choix musicaux et esthétiques encore « inouïs » pour ses contemporains. Homme de lettres en même temps que compositeur, il nourrit son imaginaire des lectures qu’il fait depuis son enfance : Virgile, Shakespeare, mais aussi ses contemporains, Chateaubriand, Hugo, Vigny ou Lamartine. Son œuvre est associée, plus que toute autre, à la « musique à programme » – développée plus tard par son ami Liszt – dont la poésie s’exprimera à travers des moyens musicaux révolutionnaires. Auteur du Grand Traité d’instrumentation et d’orchestration modernes, Berlioz connaît les ressources des instruments anciens et modernes, explore les limites de la voix et les alliances hardies de la poésie et de la musique. Son œuvre parcourt un univers fait de nuances, du monumental à l’intimisme le plus discret, du romantisme visionnaire au classicisme dont il se réclamait également.

L’enfance en Dauphiné

Hector Berlioz naît dans une famille de la bourgeoisie iséroise, à La Côte-Saint-André, le 11 décembre 1803, alors que l’épopée napoléonienne bat son plein. Son père, Louis Berlioz (1776-1848), médecin à l’esprit voltairien, propriétaire terrien, est aussi le maire de la ville natale du jeune Hector, où celui-ci grandit. Le livre de raison qu’il tenait, conservé au musée Hector-Berlioz (à La Côte-Saint-André), offre de précieuses pistes pour retracer l’histoire de cette famille. La mère du compositeur, Joséphine Marmion (1784-1838), fervente catholique, est restée célèbre, notamment grâce aux Mémoires du compositeur, pour s’être farouchement opposée à la vocation de musicien de son fils. Les quelques lettres que l’on garde d’elle, adressées à ses filles – Nanci (1806-1850) et Adèle (1814-1860), les deux sœurs de Berlioz –, montrent cependant une mère soucieuse du bonheur de son fils – qu’elle n’imagine pas épanoui dans la vie qu’il a choisie –, une mère certainement fière, parfois, de ses succès. Le colonel Félix Marmion, frère de la mère du compositeur, très bon chanteur, violoniste et connaisseur d’opéra, jouera un rôle important en préservant un lien entre Berlioz et sa famille, dans les moments de tension liés à ses choix professionnels. Enfin, un jeune frère, Prosper (1820-1839), mourra de maladie alors qu’il est en pension à Paris. Le deuil partagé par Berlioz et les siens laisse deviner une famille unie.

Le cadre de La Côte-Saint-André eut sans doute une influence sur l’entrée en musique d’Hector Berlioz. David Cairns a montré comment l’environnement de cette bourgade a pu former le jeune garçon, à travers musique militaire de la garde nationale et musique de chambre en compagnie d’amis de la famille. On sait qu’il apprit la flûte, en famille d’abord puis avec les maîtres de musique de La Côte, qui lui enseignèrent aussi le chant et la guitare. L’année 1819 donne le premier témoignage de son activité en tant que compositeur : une de ses lettres propose à l’éditeur Janet et Cotelle l’envoi de plusieurs de ses compositions, pour publication.

Le père de Berlioz fut son professeur principal : les Mémoires du compositeur livrent des témoignages de cette éducation – latin (principalement fondé sur la lecture d’Horace et Virgile, qui restera central dans l’imaginaire de Berlioz comme le montre son opéra Les Troyens), français, géographie, anatomie. On ne peut enfin évoquer les premières années à La Côte-Saint-André sans rappeler la rencontre du jeune Hector avec sa « Stella montis », Estelle Fornéier, née Duboeuf : cette amie de la famille incarne pour Berlioz, dans sa beauté et son inaccessibilité, l’illumination du sentiment amoureux. Elle est l’un des piliers autour duquel le musicien[...]

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Écrit par

  • : directrice d'études, École pratique des hautes études

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

<em>Un concert à mitraille et Berlioz</em>, d’après J. J. Grandville

Un concert à mitraille et Berlioz, d’après J. J. Grandville

<em>Faust cherchant à séduire Marguerite</em>, E. Delacroix

Faust cherchant à séduire Marguerite, E. Delacroix

<em>Les Troyens</em> de Berlioz, mise en scène de D. Tcherniakov

Les Troyens de Berlioz, mise en scène de D. Tcherniakov

Autres références

  • CORRESPONDANCE GÉNÉRALE, HECTOR BERLIOZ

    • Écrit par Jean PAVANS
    • 1 016 mots

    Entreprise à l'occasion du centenaire de sa mort (survenue le 8 mars 1869), l'édition monumentale de la correspondance générale d'Hector Berlioz, établie sous la direction de Pierre Citron et publiée à partir de 1972 par Flammarion, à Paris, s'est achevée avec un huitième volume...

  • GRAND TRAITÉ D'INSTRUMENTATION ET D'ORCHESTRATION MODERNES, Hector Berlioz

    • Écrit par Juliette GARRIGUES
    • 1 758 mots

    L'influence de Berlioz sur l'évolution de l'orchestre est considérable : en traitant celui-ci comme un instrument à part entière, en opérant une véritable révolution dans l'art d'assembler les timbres, le compositeur français apparaît comme le véritable inventeur des grandes formations...

  • LES TROYENS (mise en scène Y. Kokkos)

    • Écrit par Jean PAVANS
    • 1 162 mots
    • 1 média

    Fasciné dès l'enfance par L'Énéide, Berlioz entreprit la composition des cinq actes des Troyens en 1856, livret et musique, à l'instigation amicale de la princesse Carolyne von Sayn-Wittgenstein, alors qu'il doutait amèrement du présent comme de l'avenir de sa carrière. Il acheva son...

  • SYMPHONIE FANTASTIQUE (H. Berlioz)

    • Écrit par Alain PÂRIS
    • 264 mots
    • 1 média

    La création à Paris de la Symphonie fantastique d'Hector Berlioz, le 5 décembre 1830, sous la direction de François Antoine Habeneck, est considérée comme la première date importante du romantisme musical en France. Dans cette œuvre, Berlioz fait éclater le moule classique de la symphonie...

  • ALTO, instrument

    • Écrit par Pierre-Paul LACAS
    • 619 mots

    Instrument à cordes de la famille des violons. L'alto est légèrement plus grand que le violon ; il mesure en moyenne 67 centimètres, dont 40 pour la caisse ; les éclisses ont 4 centimètres de hauteur vers le manche et 4,2 cm au bouton de cordier. L'alto est accordé une quinte au-dessous du ...

  • CLARINETTE

    • Écrit par Juliette GARRIGUES
    • 1 360 mots
    • 7 médias
    ...bémol majeur, J 118) ainsi que dans l'ouverture de son « opéra romantique » Le Freischütz (1821), en lui confiant des parties d'une audace inouïe. Hector Berlioz, dont la connaissance et la maîtrise de toutes les ressources des instruments est incomparable, compose pour la clarinette des pages fulgurantes,...
  • COLORATION, musique

    • Écrit par Antoine GARRIGUES
    • 1 059 mots
    ...fulgurants, des cordes et des piccolos fait frissonner l'auditeur, épouvanté par des chœurs fantomatiques et des sonorités sourdes et menaçantes. En 1824, Hector Berlioz découvrira cette magie instrumentale et vocale. Comme Delacroix en peinture, Berlioz a le goût du mouvement et de la couleur. En 1843,...
  • DER FREISCHÜTZ (C. M. von Weber)

    • Écrit par Timothée PICARD
    • 1 673 mots
    • 1 média

    « Opéra romantique » en trois actes composé entre 1817 et 1821 par Carl Maria von Weber, Der Freischütz (Le Freischütz) est créé le 18 juin 1821 au Königliches Schauspielhaus de Berlin sous la direction du compositeur, avec notamment le ténor Karl Stümer (Max), la soprano Karoline Seidler...

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Voir aussi