GRÈCE ANTIQUE (Civilisation)La cité grecque

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Histoire et organisation

Les origines

La cité s'est constituée dans un monde oriental soumis jusqu'alors à des monarchies centralisées et bureaucratiques intégrant sous la domination du souverain (roi-dieu ou roi-prêtre) la nature et les hommes. Toutefois, les Phéniciens semblent avoir tenté d'instaurer des formes politiques qui annoncent celles des Grecs, et dans les « cités » de Mésopotamie, placées souvent sous l'autorité d'un temple, auquel est parfois rattaché le palais, on voit se développer un monde des « portes », jouissant d'une certaine autonomie par rapport au palais et au temple, et un quartier des marchands (où habitent aussi des étrangers), lui aussi plus ou moins autonome.

Les Grecs de l'époque classique ont eu une conception essentiellement logique de la cité. Ils découvraient dans Homère l'existence d'une royauté qui avait presque partout disparu (la double monarchie de Sparte est l'exception la plus notable) ou n'était plus qu'une magistrature annuelle (Athènes), et montraient comment s'étaient succédé royauté, aristocratie de cavaliers, aristocratie d'hoplites, démocraties (souvent précédées de tyrannies). Ou bien encore ils exposaient (Aristote) comment la famille se groupe en villages, les villages en cités, les cités en peuples. Ils n'ont pas cessé d'opposer le citoyen grec, ne devant obéissance qu'aux lois, au sujet ou à l'esclave du monarque oriental ou aux non-civilisés, comme les Cyclopes d'Homère (fin du viiie siècle av. J.-C.) : « Chez eux pas d'assemblées [agorai] où l'on porte le conseil, pas de règlements, ils habitent au haut des monts ou au fond des cavernes et chacun, sans tenir compte d'autrui, règle la vie de sa femme et de ses enfants » (Odyssée, IX, 112-115). Ils ont toutefois totalement ignoré que leurs institutions monarchiques étaient très proches de celles de l'Orient ancien, ce qu'a précisément montré l'archéologie et, tout récemment (1933), le déchiffrement des tablettes écrites en linéaire B de Cnossos, Mycènes, Pylos, Thèbes ; ces institutions étaient caractérisées par la présence de scribes tenant une comptabilité précise des biens du palais qui contrôlait une part énorme de la production du territoire. Les royaumes disparurent définitivement vers 1200 avant J.-C. sous les coups de l'« invasion dorienne » qui acheva le peuplement de la Grèce. Comportaient-ils déjà, comme certains le pensent, des institutions qui annoncent celles de la cité ? Ce n'est pas établi.

L'effondrement des royaumes mycéniens qui s'accompagne de la disparition, pour quatre siècles, de l'écriture et qui ouvre les « âges obscurs » laisse en présence le monde de guerriers pillards qu'évoque L'Iliade, et les paysans qui les font vivre et dépendent d'eux. Les établissements urbains ne sont plus que des citadelles (sens primitif du mot polis) qui se maintiennent souvent sur les lieux occupés par les Mycéniens. Dès le viiie siècle au plus tard existent déjà l'agora, ou place publique, et le temple. Quand l'écriture réapparaît (vers 800 av. J.-C.), ce n'est plus pour noter des comptes mais pour publier des dédicaces et bientôt des décrets. Un des plus anciens qui soient connus, celui de Dréros en Crète (viie siècle ?), montre que des formules caractéristiques telles que « la Cité a décidé » (on dira plus tard : « il a plu au peuple »), des principes fondamentaux comme celui du renouvellement périodique des magistratures et des institutions comme le conseil existaient déjà. À vrai dire, Homère mentionne lui aussi une assemblée – à peu près dépourvue de pouvoir – et un conseil qui entourent le roi guerrier. Mais il s'agit d'institutions essentiellement militaires, quoique non exclusivement comme le montre L'Odyssée, quelque peu postérieure il est vrai. Toutefois, dans ces poèmes, l'institution essentielle qui encadre la vie sociale n'est pas la cité mais le domaine (oikos) avec sa hiérarchie de dépendants, depuis le compagnon guerrier jusqu'au thète (paysan qui loue ses bras). On a soutenu que la cité était née quand les institutions militaires avaient été transposées dans le domaine « civil », quand le laos, ou peuple guerrier, avait fait place au dèmos. Vers 700-680 avant J.-C., l'« uniforme » de l'hoplite, à vocation égalitai [...]

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Acropole, Athènes

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Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, docteur ès lettres, professeur de philosophie à l'université de Paris-VIII-Saint-Denis
  • : directeur d'études émérite, École des hautes études en sciences sociales, Paris

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Pour citer l’article

François CHÂTELET, Pierre VIDAL-NAQUET, « GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - La cité grecque », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-civilisation-la-cite-grecque/