AMY GILBERT (1936- )

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Dans la génération suivant celle de Pierre Boulez, Gilbert Amy fut le premier compositeur français à s'imposer. C'était à la fin des années 1950, à la grande époque du Domaine musical, cette époque qui connut d'ardentes discussions et de vives querelles autour du sérialisme, de la notion même d'œuvre, de celle d'inachèvement... Gilbert Amy, qui a presque toujours composé « avec des notes », selon la formule polémique de François-Bernard Mâche, s'est alors évidemment impliqué dans ces débats esthétiques, avant de développer un style personnel, fait tout à la fois de rigueur et de lyrisme, d'abstraction et de poésie. « J'ai le sentiment d'avoir fortement évolué depuis et je m'aperçois, en jetant un regard rétrospectif sur ma musique, qu'elle est jalonnée de “sauts” de langage harmonique, parfois malaisés à analyser dans leur démarche », déclarera-t-il en 1996. Un temps directeur du Domaine musical, ardent défenseur de la musique de son temps et chef d'orchestre d'exception, Gilbert Amy a par ailleurs créé de nombreuses œuvres de ses contemporains.

La composition comme processus inné

Gilbert Amy naît le 29 août 1936 à Paris. Attiré très jeune par l'architecture et la littérature, il apprend le piano sans enthousiasme excessif, avant de connaître à douze ans la révélation de la musique, lors d'un concert. Dès l'âge de treize ans, s'inspirant de Schubert, de Schumann et de Berlioz, il commence à composer, sans posséder le moindre rudiment de contrepoint ou d'harmonie, simplement d'après ce qu'il entend au concert ou à la radio. Il affirmera plus tard qu'il ne croit pas aux compositeurs « devenus », c'est-à-dire à ceux qui ont commencé à écrire après leurs études de contrepoint, d'harmonie ou d'orchestration : pour lui, un véritable compositeur doit posséder cette capacité de création avant même d'en maîtriser toutes les techniques. Brillant lycéen, Gilbert Amy obtient en 1955, à la fin de ses études secondaires, le premier prix au concours général de philosophie. Mais sa découverte de Bartók, de Stravinski, du groupe des Six et de la polytonalité lui fait alors opter définitivement pour la musique. De 1955 à 1960, il fréquente, au Conservatoire national supérieur de Paris, les classes de Simone Plé-Caussade (contrepoint et fugue), Darius Milhaud (composition), Olivier Messiaen (analyse) et Yvonne Loriod (piano), notamment.

Sa rencontre avec Boulez, en 1956, va être décisive pour son processus compositionnel, de même que sa fréquentation des cours d'été de Darmstadt en 1958 et 1960, où il découvre Karlheinz Stockhausen et fait la connaissance de Bruno Maderna, Luigi Nono et Henri Pousseur. En 1957, sa Cantate brève est joué à Donaueschingen ; la notoriété internationale lui est acquise en 1958, avec Mouvements, commande de Boulez créée par l'orchestre du Domaine musical sous la baguette de Maderna.

Dirigé par Boulez, le Domaine musical voue tous ses efforts à la connaissance et à la diffusion de la jeune musique. D'un autoritarisme certain, cette association encourage l'attitude expérimentale et prône une musique dont les options esthétiques se résument à un refus radical du passé. Les œuvres du xxe siècle qui y sont jouées sont principalement celles des trois Viennois (Schönberg, Berg et Webern) et Boulez se montre impitoyable dans la sélection des jeunes compositeurs qui souhaitent y être programmés ; les plus joués seront Stockhausen, Boulez lui-même, Pousseur, Luciano Berio, Mauricio Kagel, André Boucourechliev, Maderna, Nono... Tous se plient aux exigences du sérialisme intégral, où tous les paramètres notables – hauteur, intensité, durée et timbre – sont soumis à un co [...]

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Écrit par :

  • : compositeur, critique, musicologue, producteur de radio
  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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DOMAINE MUSICAL

  • Écrit par 
  • Juliette GARRIGUES
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Dans le chapitre « Boulez, inventeur de la musique contemporaine »  : […] Gilbert Amy ne poursuivit pas l'œuvre de son créateur. Il ouvrit en effet les portes du Domaine à un très grand nombre de compositeurs aux tendances stylistiques les plus variées. Le public découvrit ainsi John Cage, les compositeurs répétitifs américains, les compositeurs de musique électroacoustique. Il laissa également une grande place à l'improvisation, à la participation scénique des musici […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Alain FÉRON, Juliette GARRIGUES, « AMY GILBERT (1936- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gilbert-amy/