MILHAUD DARIUS (1892-1974)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Prodigieusement fécond et divers, Milhaud chante, lucide et sans désespoir, ironique et joyeux, le tragique de l'homme. Sa truculence le porte à cultiver un lyrisme objectif et l'éloigne d'autant de l'épanchement individuel. Il compose en un jaillissement où prime l'invention mélodique, dans un style persuasif et expressionniste sans être romantique ; atonal et rigoureux sans être systématique ni froid. Comme Kœchlin, Migot, Jolivet ou Françaix, il lutte contre la sensibilité postromantique et s'oppose au trop délicieux raffinement impressionniste de Debussy ou de Dukas. Pour ce faire, il élabore un langage polymélodique original fortement structuré, mais qui refuse de s'enfermer dans les systématisations nées de l'École viennoise. La perception polytonale est d'autant plus claire que le caractère diatonique des mélodies est plus affirmé, perception que favorisent encore les petits ensembles de solistes.

Darius Milhaud

Photographie : Darius Milhaud

Le pianiste et compositeur français Darius Milhaud dans les studios de la B.B.C. à Londres, en 1969. 

Crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Concise de forme, pudique de sentiment, sa pensée musicale fait l'économie du développement, concentrant sa force en un dessin clair et net qu'enrichit une verdeur orchestrale incisive et rutilante. Musique d'apparat, mais purifiée du divertissement, musique de dramaturge, mais allégée de l'angoisse, musique de franche gaieté, parfois même de cocasserie, son efficacité se mesure à son classicisme et à son énergie.

À un tournant de la musique

Depuis des siècles, la famille Milhaud était provençale et pratiquait le négoce des amandes. Darius naît le 4 septembre 1892 à Aix-en-Provence. Il se désignera comme « Français de Provence, de religion israélite ». À six ans, il joue déjà du violon. En 1904, l'audition du Quatuor de Debussy est une révélation. Ses amis intimes à Aix étaient le poète Léo Latil et Armand Lunel, écrivain et historien. Après le baccalauréat, il continue ses études musicales au Conservatoire de Paris. Indifférent à Wagner, Milhaud s'enthousiasme pour Pelléas et Mélisande et Boris Godounov. Il suit les cours d'harmonie de Xavier Leroux, mais refuse de se plier aux règles de l'harmonie classique. Son maître estime qu'il ne peut rien lui apprendre en cette matière, reconnaissant qu'il a déjà trouvé par lui-même un langage harmonique personnel. C'est au cours de contrepoint d'André Gédalge qu'il fait la connaissance de Honegger. En 1912, Milhaud rend visite à Francis Jammes et lui fait part de son intention d'écrire un opéra sur La Brebis égarée. Au moment des adieux, Jammes lui offre un exemplaire de Connaissance de l'Est, de Claudel. Ces deux poètes vont fixer une fois pour toutes l'horizon littéraire du musicien. Il suit le cours de fugue de Charles Marie Widor et est auditeur du cours d'analyse musicale de Vincent d'Indy à la Schola Cantorum. En 1913, il accueille avec enthousiasme Le Sacre du printemps.

Avant 1914 paraissent les premières compositions, dans lesquelles la personnalité du musicien s'affirme déjà pleinement : Sept Poèmes de la Connaissance de l'Est pour chant et piano, l'opéra comique La Brebis égarée, la musique de scène pour Agamemnon d'Eschyle, dans la traduction de Claudel, les mélodies Alissa, d'après La Porte étroite, de Gide. De 1914 à 1916 datent trois quatuors à cordes, des sonates et quelques mélodies. En 1916, Milhaud accompagne Claudel à Rio de Janeiro, en qualité de secrétaire d'ambassade. Impressionné par le climat tropical, il compose la musique de scène pour Les Choéphores, deuxième partie de L'Orestie, L'Homme et son désir, ballet sur un argument de Claudel. Il entame la troisième partie de L'Orestie : Les Euménides. Pour un orchestre de solistes et des voix, il écrit une cantate sur un texte de Gide, Le Retour de l'enfant prodigue, et deux petites symphonies de chambre. Rentré à Paris en 1918, Milhaud rejoint Cocteau, Satie et les « Nouveaux Jeunes » qui seront bientôt connus sous le nom de groupe des Six. Le Bœuf sur le toit, fantaisie sur des thèmes sud-américains (argument de Cocteau, décors de Dufy, masques de Fauconnet), est créé le 21 février 1920 au [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

  • : administrateur de la Société philharmonique de Bruxelles, conseiller musical à l'Orchestre national de Belgique, directeur honoraire de la Radio-télévision belge, président scientifique de l'International Institute for the Cooperative Music Studies, Berlin
  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

Classification

Autres références

«  MILHAUD DARIUS (1892-1974)  » est également traité dans :

COLLAER PAUL (1891-1989)

  • Écrit par 
  • Alain PÂRIS
  •  • 628 mots

Musicologue, pianiste et chef d'orchestre belge, Paul Collaer a joué un rôle essentiel dans la vie musicale bruxelloise, dont il a été le principal animateur entre les deux guerres. Né à Boom le 8 juin 1891, il fait ses études à l'université de Bruxelles (1909-1914), qu'il termine après la guerre avec un doctorat ès sciences (1919). Parallèlement, il reçoit une formation de pianiste au conservatoi […] Lire la suite

JAZZ

  • Écrit par 
  • Philippe CARLES, 
  • Jean-Louis CHAUTEMPS, 
  • Michel-Claude JALARD, 
  • Eugène LLEDO
  • , Universalis
  •  • 11 000 mots
  •  • 24 médias

Dans le chapitre «  Le jazz des années 1960 »  : […] Les origines du jazz, on l'a vu, sont modestes : le prolétariat noir du Sud. Sa réputation initiale est peu flatteuse : c'est une musique de bouges qui accompagne l'alcoolisme et la dépravation sexuelle. L'idée qu'on s'en fait est raciale : musique de nègres et de barbares ; et quand elle est admise, c'est à travers le mythe raciste du nègre primitif et bon enfant, roulant des yeux ronds et doté […] Lire la suite

LUNEL ARMAND (1892-1977)

  • Écrit par 
  • Gérard SÉNÉCA
  •  • 659 mots

Professeur de philosophie, écrivain lauréat de plusieurs prix littéraires importants, conférencier, collaborateur de Darius Milhaud (auquel le liait une amitié jamais démentie qui datait de l'enfance). L'œuvre d'Armand Lunel est inséparable de la Provence, sa région natale, et de la Côte d'Azur, sa terre d'élection. Depuis son premier roman, L'Imagerie du cordier (1923), dans lequel il évoque des […] Lire la suite

MUSIQUE SOUS L'OCCUPATION

  • Écrit par 
  • Myriam CHIMÈNES
  •  • 3 738 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L’attitude des musiciens »  : […] Les perturbations qui modifient les conditions d’exercice de leur métier éclairent les comportements des musiciens. Leur conduite ne se révèle pas spécifique à leur profession : comme dans tous les milieux, une minorité fait de la résistance, une autre collabore, alors que la majorité s’accommode de la situation. Dans le milieu musical, les premiers regroupements de résistants datent de juin 1940. […] Lire la suite

POLYTONALITÉ

  • Écrit par 
  • Pierre-Paul LACAS
  •  • 89 mots
  •  • 1 média

Emploi simultané de deux ou de plusieurs tonalités. La polytonalité est une forme particulière de polymodalité. Si Milhaud en a exploité systématiquement les ressources à partir des Choéphores (1915) et établi la théorie (« Polytonalité et atonalité », in Revue musicale , févr. 1921), la polytonalité a été implicitement pratiquée avant lui (A. Bruneau, par exemple, selon C. Kœchlin ; Petrouchka […] Lire la suite

SAMBA

  • Écrit par 
  • Pierre-Paul LACAS
  •  • 355 mots
  •  • 1 média

Née au Brésil, cette danse de salon révèle sa double origine noire et créole. Le nom proviendrait d'un terme africain, semba , qui signifie « danse » chez les populations noires riveraines du Zambèze, mais certains spécialistes affirment qu'elle était originellement baptisée Umbigada (« coup de nombril ») et que le mot dérive du bantou semba qui, cette fois, signifie « nombril ». La samba est éc […] Lire la suite

SIX GROUPE DES, musique

  • Écrit par 
  • Pierre-Paul LACAS
  •  • 1 698 mots
  •  • 2 médias

La musique du groupe des Six représente une réaction aussi bien contre le wagnérisme et ses émules nouveaux (Richard Strauss) que contre l'impressionnisme debussyste, voire contre le ravélisme. D'un côté, une harmonie chargée, un chromatisme exacerbé, de l'autre, des nuances toujours diffuses et estompées. Il y a la réaction stravinskienne, la réaction schönbergienne, la réaction régérienne ; mai […] Lire la suite

Les derniers événements

2-17 février 2010 France. Mouvement d'enseignants à la suite de violences dans un lycée

Le 8 janvier, un élève de dix-huit ans avait été tué à coups de couteau par un autre élève à l'intérieur du lycée Darius-Milhaud, au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). En mars 2009, le président Sarkozy, à la suite d'un incident similaire, avait affirmé sa volonté de « sanctuariser » les établissements scolaires. Le 3, les professeurs du lycée Adolphe-Chérioux décident de ne plus assurer les cours, en application de leur droit de retrait. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Paul COLLAER, Alain PÂRIS, « MILHAUD DARIUS - (1892-1974) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/darius-milhaud/