GASTRINE

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Hormone digestive la mieux connue, découverte en 1964 par R. A. Gregory, la gastrine est sécrétée par les cellules G. Authentifiées par leurs caractères ultrastructuraux, celles-ci prédominent dans l'antre gastrique, mais sont également présentes dans le duodénum, les premières anses intestinales et le pancréas.

La gastrine est un peptide composé de trente-quatre acides aminés (AA). Sa séquence est connue. Les cinq derniers AA comptés à partir du radical carboxyl terminal sont communs avec la cholécystokinine-pancréozymine, et ce fragment possède, quoique atténuées, toutes les actions des deux hormones. En fait, la gastrine présente une grande hétérogénéité moléculaire et plusieurs formes ont été décrites : big gastrine (34 AA), forme circulante principale, little gastrine (17 AA), prédominant dans la muqueuse antrale, mini (13 AA) et big big gastrine retrouvées dans les extraits de tumeurs sécrétant la gastrine (gastrinomes). La big gastrine apparaît comme l'hormone mère de la little gastrine qui possède l'activité biologique maximale. Son taux circulant, déterminé par une méthode radio-immunologique mise au point grâce à la synthèse de gastrine, est de 50 picogrammes par millilitre. Toute stimulation ou injection gastrinique entraîne une puissante sécrétion acide gastrique. Celle-ci inhibe secondairement la sécrétion de gastrine, qui se trouve ainsi autorégulée.

La libération physiologique de l'hormone est déclenchée par la prise alimentaire ; elle est soumise à un double contrôle nerveux et chimique. La vue et la prise d'aliments entraînent un réflexe vagal transmis aux cellules G par l'acétylcholine ; l'intensité de la sécrétion de gastrine est corrélée à la teneur en protéines de l'aliment. La distension antrale et la stimulation vagale sont d'autres stimulus de la sécrétion de la gastrine. Le contrôle chimique par simple contact des aliments avec la muqueuse antrale est prouvé par l'augmentation de la gastrinémie observée après introduction des aliments dans un estomac dénervé. La sécrétion de gastrine est modulée par d'autres agents dont le rôle physiologique est mal précisé, mais le rétrocontrôle est possible à tout moment : l'acidification de l'antre réduit le taux plasmatique de gastrine et empêche la stimulation vagale de la gastrine.

En plus du rôle proprement physiologique sur la sécrétion acide, la gastrine stimule aussi la sécrétion de pepsine, les sécrétions bicarbonatée et enzymatique pancréatiques et la sécrétion d'insuline. Elle contribue à la commande de la motricité digestive en augmentant le tonus du sphincter du bas-œsophage en relâchant le sphincter pylorique, en activant la motricité antrale et intestinale. Elle possède aussi un effet trophique sur toutes les muqueuses digestives, à l'exclusion de celles de l'œsophage et de l'antre gastrique. Cet effet expliquerait l'atrophie de la muqueuse gastrique résiduelle des ulcéreux traités par antrectomie.

En pathologie, les gastrinomes déterminent le syndrome de Zollinger-Ellison associant des ulcères gastroduodénaux évolutifs, récidivants et multiples, une hyperacidité gastrinodépendante et une hypertrophie de la muqueuse gastrique. Le dépistage est fondé sur la recherche d'une hypergastrinémie basale, d'une réponse paradoxale de gastrine supérieure à 500 picogrammes par millilitre après injection de sécrétine et l'absence de réponse après l'administration d'un repas protéique. Le traitement suppose la découverte et l'exérèse du gastrinome qui siège habituellement dans le pancréas.

Une hyperplasie des cellules G de l'antre gastrique associée à une hypersécrétion acide et à des taux plasmatiques de gastrine à la limite supérieure de la normale a été décrite chez un faible nombre de patients souffrant d'ulcères duodénaux. Chez ces patients, l'injection de sécrétine diminue la gastrinémie, mais un repas protéique entraîne une réponse exagérée de gastrine.

On peut observer une hypergastrinémie majeure en cas d'achlorhydrie (anémie pernicieuse de Biermer, cancer gastrique, atrophie de la muqueuse gastrique), après une résection étendue de l'intestin grêle ou en cas d'insuffisance rénale ou hépatique évoluée. Aucun syndrome pathologique n'a, pour l'heure, été attribué à une hypogastrinémie.

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Pour citer l’article

Jean-Louis SCHLIENGER, « GASTRINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gastrine/