FRONDE

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La Fronde est une période de troubles et de guerre civile qui s'est étendue sur quatre années, de 1648 à 1652, pendant la minorité de Louis XIV. La diversité des événements et la complexité de cette crise en ont rendu l'interprétation difficile aux historiens. La Fronde : vision simplifiée. Il y a eu, en réalité, plusieurs Frondes. Comme l'a observé E. H. Kossmann, la Fronde n'a été ni une révolution parlementaire, ni une révolution féodale, ni une révolution populaire, mais de tout cela un peu. Du mouvement dirigé contre le ministériat, les intendants, les traitants, les contradictions du système, les charges consécutives à la guerre étrangère, est sortie, au terme d'une période de révoltes et de troubles, une guerre civile déclarée, qui a mis le comble aux malheurs. Mais comme aucun groupe politique ou social n'a pu affirmer un programme ou entreprendre une action coordonnée, capable de rallier la majorité du pays ou de la soumettre, la monarchie traditionnelle a retrouvé son prestige.

Louis XIV en tira la leçon : s'il laissa Mazarin poursuivre la guerre et les négociations de paix et rétablir les intendants, il prit la résolution de n'avoir jamais de Premier ministre, de contenir les parlements, d'écarter la noblesse de la vie politique et de faire de la monarchie absolue de principe une monarchie personnelle, où le roi, par son Conseil, administrerait directement le royaume et imposerait l'obéissance à ses sujets.

Les circonstances

Deux circonstances ont contribué à l'éclatement de la crise : la guerre avec la maison d'Autriche et la minorité du roi.

La guerre durait depuis 1635 et paraissait s'éterniser. Les négociations engagées avec l'empereur et les princes allemands allaient aboutir bientôt à la paix sur le Rhin, tandis que la lutte se poursuivait contre les armées espagnoles à la frontière du Nord, du reste à l'avantage des Français. Les hostilités obligeaient le gouvernement à des dépenses disproportionnées à ses ressources. Il fallait recourir à des emprunts et des augmentations d'impôts sous diverses formes : taxes, créations de nouveaux offices, car les charges publiques étaient vénales. Or, comme les impôts étaient affermés à des traitants, qui consentaient aussi des prêts au Trésor, les difficultés publiques enrichissaient un groupe privilégié d'hommes d'affaires, tandis qu'elles causaient l'appauvrissement, voire la ruine de toutes les autres classes de la population. La politique fiscale était si mal supportée que de fréquentes révoltes avaient éclaté en province, dans les milieux populaires, mais avec la complaisance ou la participation de nobles. Étaient-elles le prélude d'une guerre civile générale ? Richelieu les avait réprimées sévèrement.

La minorité du roi créait une situation dangereuse. La France n'avait pas de constitution écrite ; elle était régie par la coutume, faite de traditions aux limites imprécises et qui se contenaient les unes les autres dans un équilibre fragile. À la mort de Louis XIII (1643), la reine Anne d'Autriche avait obtenu du parlement de Paris qu'on lui confiât l'exercice de la régence. Elle gouvernait depuis cinq ans, avec son Premier ministre, le cardinal Mazarin, auquel on reprochait, à Paris, d'être italien et de favoriser des dépenses de cour qui semblaient un défi à la gêne du pays. La monarchie était absolue. Personne n'en contestait le principe ; au début de 1648, devant les réclamations du parlement de Paris, la reine lui avait demandé de préciser sa compétence et il avait opposé un refus, répondant qu'il ne lui appartenait pas « de délibérer sur la question la plus importante et la plus difficile de la politique : connaître l'étendue et la capacité des puissances légitimes » ; que ce serait « ouvrir les sceaux et les cachets de la royauté, pénétrer dans le secret de la majesté du mystère de l'Empire ». L'absolutisme du roi était distingué de la tyrannie ou du despotisme : le roi, ne tenant son pouvoir que de Dieu, l'exerçait à la manière d'un juge et arbitre suprême et d'un père de famille, mais les édits royaux devaient être enregistrés par les parlements. L'administration (justice et finances) était assurée par des officiers, qui représentaient le roi, mais étaient titulaires de leurs charges et n'admettaient pas d'empiétement sur leurs attributions. Or, pour obtenir l'obéissance et la discipline, le gouvernement avait recours à des intendants, qui étaient des commissaires investis par le Conseil du roi de la mission de répartir et de lever les impôts ou de former des tribunaux exceptionnels. Les officiers, surtout les trésoriers de France et les élus, dénonçaient dans leur action un abus de pouvoir contre les usages traditionnels. Les parlements et les cours souveraines étaient en conflit de compétence avec le Premier ministre et le Conseil du roi. Enfin, la France étant alors une société d'ordres, la noblesse, depuis les princes du sang et la haute aristocratie jusqu'à leurs nombreuses ramifications de clientèle en province, sentait ses privilèges et son influence menacés par cette administration de commis.

Un roi adulte parvenait à dominer ces oppositions et à se faire obéir. La chose était plus malaisée lors d'une minorité, surtout pour une femme et un étranger.

C'était aussi le temps de la révolution d'Angleterre, d'une guerre civile entre le roi et le Parlement britannique. Anne d'Autriche et Mazarin en redoutaient la contagion ; nul ne pouvait prévoir, en effet, si ces agitations larvées ne se transformeraient pas en une révolution générale qui mettrait en péril la monarchie.

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  • : membre de l'Institut, professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris

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Pour citer l’article

Victor-Lucien TAPIÉ, « FRONDE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fronde/