JACOB FRANÇOIS (1920-2013)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1965, le Français François Jacob fut une figure majeure de la génétique et de la biologie moléculaire.

François Jacob

Photographie : François Jacob

François Jacob est ici photographié dans son laboratoire devant une loupe binoculaire. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

François Jacob naît le 17 juin 1920 à Nancy. En 1940, alors qu’il a entamé des études de médecine à Paris, il n’accepte pas la capitulation française et intègre les Forces françaises libres. Il participe aux campagnes d'Afrique et de France au cours desquelles il est grièvement blessé. Pour ces raisons, il sera fait Compagnon de la Libération à la fin de la guerre. Ces blessures compromettant la carrière de chirurgien à laquelle il se destinait, après divers travaux sur des antibiotiques, François Jacob intègre en 1950 le laboratoire d’André Lwoff, protistologue réputé et chef de service de physiologie microbienne. Il y rencontre Jacques Monod et Élie Wollman, scientifiques chevronnés avec qui il ne tarde pas à faire équipe.

Il faut peu de temps à François Jacob pour se familiariser avec l'atmosphère très particulière du milieu de la recherche, où fusent et s'estompent, parfois aussi vite, les hypothèses de travail, les théories explicatives... Avant tout homme d'action, sachant imposer sa volonté, il devient un des éléments clés du célèbre « trio scientifique » qu'il forme avec Jacques Monod et André Lwoff, dont le nom devient indissociable de certaines des avancées spectaculaires en génétique microbienne.

On distingue deux grandes périodes dans les recherches scientifiques de François Jacob.

La première s'étend de 1950 à 1968 et s'inscrit dans le domaine de la génétique bactérienne.

Avec Élie Wollman, tirant parti des études réalisées aux États-Unis par Joshua Lederberg sur le phénomène de « conjugaison bactérienne », il montre qu'il est possible d’établir la disposition des gènes d'Escherichia coli sur son chromosome ; il démontre que ces gènes résident sur un chromosome unique et circulaire. Plus tard, les recherches du laboratoire conduiront à la mise en évidence des épisomes, petits ADN circulaires présents dans la bactérie, indépendants du chromosome principal, dont il s'avérera qu'ils jouent un rôle important dans l'acquisition de la résistance bactérienne aux antibiotiques. L'étude de leur réplication amènera François Jacob, Sydney Brenner et François Cuzin à proposer que le matériel génétique bactérien est organisé en « réplicons », ou unités génétiques, pourvus d'un site de démarrage de réplication et d'un gène codant pour un facteur de déclenchement, et attachés à la membrane cellulaire, ce qui permet de coupler la division cellulaire et la réplication de l'ADN.

Mais c'est surtout l'étude de la lysogénie qui va s'avérer la plus féconde. Les bactéries « lysogènes » comportent, inséré dans leur chromosome, le génome d'un petit virus, le bactériophage lambda (λ). Ce génome existe à l'état de « prophage », non fonctionnel et sans effet délétère sur la bactérie hôte. On peut toutefois, comme l'a démontré André Lwoff, déclencher son détachement du chromosome et lui faire acquérir un pouvoir infectieux, en soumettant les bactéries lysogènes à l'action des ultraviolets ou de certains agents chimiques, ou bien encore en croisant une bactérie mâle lysogène avec une bactérie femelle non lysogène (« induction zygotique »). Ces phénomènes ne trouveront leur explication, qu’à l'issue d'études que Jacques Monod et François Jacob entreprendront sur un autre modèle, celui de la biosynthèse induite des enzymes du système « lactose » et, notamment, de la β-galactosidase, une enzyme qui métabolise ce composé. Selon ce modèle, dit de l'opéron, les gènes bactériens intervenant dans une même fonction physiologique se trouvent souvent liés l’un à l’autre sur le chromosome, leur activité étant sous le contrôle de séquences particulières de l'ADN, opérant comme de véritables « commutateurs ».

Cette conclusion amène à distinguer les gènes de fonctionnalité métabolique (ou gènes de structure) des gènes dits « régulateurs », lesquels, dans la majorité des cas, fabriquent une proté [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : professeur honoraire au Collège de France, membre de l'Institut

Classification

Autres références

«  JACOB FRANÇOIS (1920-2013)  » est également traité dans :

LA LOGIQUE DU VIVANT (F. Jacob) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Antonine NICOGLOU
  •  • 911 mots

En 1970, François Jacob, lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1965 avec André Lwoff et Jacques Monod pour leur découverte de mécanismes de contrôle de l’expression des gènes, publie La Logique […] Lire la suite

BIOLOGISME

  • Écrit par 
  • Sébastien LEMERLE, 
  • Carole REYNAUD-PALIGOT
  •  • 2 767 mots

Dans le chapitre « Le renouveau du biologisme »  : […] En France, l’image publique des sciences de la vie connaît un renouveau important à la suite de l’attribution en 1965 du prix Nobel de physiologie ou médecine aux généticiens André Lwoff, Jacques Monod et François Jacob. La biologie attire de nouveau la curiosité du monde intellectuel et du grand public. C’est sur ce terreau à la fois scientifique et culturel que se déploient de nouvelles formes […] Lire la suite

LYSOGÉNIE

  • Écrit par 
  • Pierre NICOLLE
  •  • 3 861 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Bactéries lysogènes défectives »  : […] Si l'on traite une culture bactérienne par un phage tempéré, il arrive parfois que, parmi les bactéries prémunies contenues dans la culture secondaire, certaines fournissent à chaque multiplication une proportion normale du phage lysogéniseur, tandis que, dans les filtrats d'autres bactéries également prémunies, il est impossible d'en trouver, même après induction et culture mixte avec la souche s […] Lire la suite

NUCLÉIQUES ACIDES

  • Écrit par 
  • Jacques KRUH, 
  • Ethel MOUSTACCHI, 
  • Michel PRIVAT DE GARILHE, 
  • Alain SARASIN
  •  • 13 457 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Organisation du génome »  : […] L' ADN est identique dans toutes les cellules d'un même organisme et cependant chacune des cellules ne synthétise pas l'ensemble des protéines synthétisées par l'ensemble de l'organisme. Par ailleurs toutes les protéines n'étant pas synthétisées en permanence, il existe des mécanismes de contrôle. D es séquences régulatrices ont d'abord été décrites en 1961 par Jacob et Monod chez E. coli  : cert […] Lire la suite

PARASEXUALITÉ

  • Écrit par 
  • Patrice COURVALIN, 
  • Jacques THÈZE, 
  • Patrick TRIEU-CUOT, 
  • Philippe VIGIER
  •  • 5 380 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Variabilité génétique des bactéries »  : […] Les propriétés particulières, qui différencient les bactéries portant le facteur F des bactéries F — dépourvues de ce facteur, sont liées à l'expression de la fonction de transfert du facteur sexuel. Tout d'abord, les bactéries F + présentent des différences morphologiques liées essentiellement à l'existence à leur surface d'un petit nombre de « poils » spécifiques appelés « F pili ». Au niveau […] Lire la suite

TRANSCRIPTION DE L'ADN

  • Écrit par 
  • Nicolas CHEVASSUS-au-LOUIS
  •  • 246 mots
  •  • 1 média

À la fin des années 1950, plus aucun biologiste ne doute que les gènes, constitués d'ADN (acide désoxyribonucléique), codent pour des protéines. Mais quels sont les mécanismes détaillés de cette expression génétique ? Les Français François Jacob et Jacques Monod, qui travaillent au sein du laboratoire d'André Lwoff à l'Institut Pasteur de Paris, découvrent en 1961 que les gènes sont d'abord trans […] Lire la suite

VIVANT (notions de base)

  • Écrit par 
  • Philippe GRANAROLO
  •  • 2 944 mots

Dans le chapitre « L’hypothèse mécaniste »  : […] Avec Nicolas Copernic (1473-1543), substituant l’héliocentrisme au géocentrisme, puis surtout avec Galilée (1564-1642), qui élabore la première science expérimentale de l’histoire, une vision mécaniste de la nature se substitue aux anciennes conceptions finalistes. Admirateur de Galilée, René Descartes (1596-1650) va chercher à donner à la science galiléenne les fondements philosophiques don […] Lire la suite

WOLLMAN ÉLIE (1917-2008)

  • Écrit par 
  • Maxime SCHWARTZ
  •  • 1 228 mots

Le Français Élie Wollman, qui a mené toute sa carrière à l'Institut Pasteur, peut être considéré comme l'un des pionniers de la génétique microbienne moderne et, par voie de conséquence, de la biologie moléculaire puis des biotechnologies. Il était aussi devenu la référence pour tout ce qui concernait l'histoire de l'Institut Pasteur. Élie Wollman est né le 4 juillet 1917 à Paris dans une famille […] Lire la suite

Pour citer l’article

François GROS, « JACOB FRANÇOIS - (1920-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-jacob/