BIOLOGISME

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Le biologisme peut être défini comme une tendance à ramener l’explication des phénomènes humains, qu’ils soient psychologiques ou sociaux, à des facteurs biologiques. Cette manière de penser a une histoire étroitement liée à l’essor de la biologie moderne ainsi qu’à celui des premières tentatives de penser scientifiquement la société. Mais elle a aussi fortement partie liée avec les contextes de chaque époque, qu’ils soient idéologiques ou plus largement culturels. D’une vigueur renouvelée depuis le dernier quart du xxe siècle, le biologisme, dans toutes ses composantes plus ou moins réductionnistes, semble s’être installé de manière durable dans le paysage intellectuel.

Quelques repères historiques

Les xviiie et xixe siècles se caractérisent par un essor de la pensée scientifique, certaines sciences telles que la médecine et les sciences naturelles connaissent un grand dynamisme. À une époque où les explications rationnelles sont préférées aux préceptes religieux, ces sciences incarnent la modernité et acquièrent une incontestable autorité. Certaines notions « scientifiques » circulent, font l’objet d’appropriations dans d’autres espaces intellectuels et apparaissent comme des outils utiles à la compréhension des phénomènes sociaux. Ainsi en est-il de la notion de « race », promue par une nouvelle science, l’anthropologie, qui s’institutionnalise dans les années 1860-1880 sous l’égide de Paul Broca. Chaque race se voit dotée de caractéristiques spécifiques, et la prétendue supériorité de certaines devient la clé d’analyse des phénomènes sociaux, sous la plume des plus grands penseurs de l’époque, Taine, Renan, Alfred Fouillée, etc. La notion d’hérédité circule également dans de nombreux espaces intellectuels. Elle est au cœur des tentatives d’explication des comportements sociaux en anthropologie, psychologie, dans certains courants sociologiques et envahit également la production littéraire.

Les sociologues rassemblés autour de la Revue internationale de sociologie de René Worms développent des théories organicistes directement influencées par les sciences biologiques. Les théories de Charles Darwin font également l’objet d’application à la sphère sociale (darwinisme social) sous des plumes influentes. Les théories d’Herbert Spencer, qui font de la lutte pour l’existence et la sélection naturelle le moteur des sociétés humaines, ou encore celles d’Ernst Haeckel, trouvent de nombreux émules. Les lois de l’évolution, la « compétition » entre les races, l’expansion « naturelle » des races prétendument supérieures sont également largement mobilisées pour légitimer la domination coloniale de la IIIe République.

Durant l’entre-deux-guerres, ces thématiques sont encore omniprésentes, la psychologie des peuples connaît un grand succès au sein du monde académique. L’eugénisme connaît également un réel engouement chez les élites (Charles Richet, Alexis Carrel). De la Libération jusqu’à la fin des années 1960, le biologisme connaît une moindre audience, du fait des exactions commises durant la guerre au nom de théories racistes et eugénistes, dont les expériences du généticien nazi Mengele dans les camps de concentration et d’extermination représentent l’exemple le plus connu. Il n’en reste pas moins que, sur la période, les sciences de la vie se développent sensiblement, en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, que cela soit dans le domaine de l’éthologie (Konrad Lorenz), de la biologie moléculaire et de la génétique (James Watson et Francis Crick), ainsi que des neurosciences, dont les débuts sont datés des années 1960.

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Écrit par :

  • : docteur en sciences sociales, maître de conférences en sociologie à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense
  • : chercheuse associée au Centre d'histoire du XIXe siècle, enseignante à Sciences Po Paris

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  • Gabriel GACHELIN
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Pour citer l’article

Sébastien LEMERLE, Carole REYNAUD-PALIGOT, « BIOLOGISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/biologisme/