FÊTE

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Le rituel festif

Continuité

On ne peut oublier les pages de J. Burckhardt ayant pour sujet la sociabilité et les fêtes durant la Renaissance italienne, ni celles de L. V. Tapié sur les programmes des cortèges, des défilés et des cérémonies scandant et magnifiant la gloire du mariage et de la paix, évoquant aussi la mort des grands par le discours et par la mise en scène réglée des lieux de la ville les plus marqués par les symboliques culturelles de groupes sociaux oubliant, pour un instant, leurs différences grâce à l'enchantement provoqué par l'étonnement et le rituel festif.

La fête, comme veut le montrer Philippe Gil, dont les éléments de recherche sont intégrés à la présente analyse, marque les temps forts des activités sociales, elle délimite les frontières séparant le quotidien de l'exceptionnel. Elle est souvent un temps de la transition, obligeant les participants à insérer leurs multiples pratiques économiques, mais aussi culturelles, formant le tissu social des interrelations subjectives et objectives, dans un ensemble consensuel dont l'acceptation est théâtralisée par les divers acteurs sociaux. Les activités sociales sont ponctuées par des fêtes qui reproduisent en les ritualisant les hiérarchies institutionnelles ou mythiques, marquant par leur insistance la stabilité des pouvoirs sociaux et des légitimités religieuses et atemporelles. Par la fête, le sens de l'univers social est souligné ; c'est par là même un enseignement en acte faisant intérioriser aux classes d'âge les plus jeunes les scansions du temps social et de l'ordre de la nature ; la programmation des fêtes fixe ou réactive la mémoire d'un groupe social donné : la transmission des modèles et de l'étiquette sont les garants de la vie d'une culture.

Les fêtes, qu'elles soient celles des bonnes récoltes, des feux de la Saint-Jean, de la chasse à l'ours chez les Nivkh et chez les Ket, ou bien celle des conscrits en Beaujolais, sont à la fois des marqueurs sociaux et des rites de passage. Les rites, les façons de dire et de faire, les récits et les mythes qui marquent par leur rayonnement plusieurs générations et qui, grâce à la mise en scène que toute organisation festive propose et impose, sont des pratiques culturelles maîtrisant symboliquement l'écoulement du temps ; la ritualisation de la transition affirme la stabilité de l'ordre social qui est souvent remis en cause par la transition elle-même. La célébration ordonnée du passage, d'un règne à un autre, du père au fils, du célibat au mariage, d'une classe d'âge à une autre, du berceau à la tombe, est une des pratiques culturelles ayant pour but d'exorciser théâtralement le désordre provoqué par tout changement de personne ou de statut. La fête ordonne ainsi le temps, cautérise les ruptures et les passages, sacralise par une régulation du loisir les inquiétudes qu'une solution de continuité peut faire naître.

Ainsi, le pouvoir charismatique du roi thaumaturge ne disparaissait pas avec la mort de celui-ci ; la pompe des cérémonies funèbres, en soulignant le destin commun des hommes, en construisant un décor sacralisant l'espace urbain ou villageois, a pour effet de transmettre magiquement et de faire intérioriser psychologiquement cette transmission des attributs symboliques d'un pouvoir.

La fête organise la périodicité des passages que le temps naturel et le temps social imposent, elle rappelle, par la cérémonie et les spectacles, la participation de tous, la célébration d'un consensus et des divisions hiérarchiques. La fête montre et démontre le pouvoir des puissants, mais elle est aussi le lieu de la communication, de l'échange et de la cohésion sociale. La régulation de la continuité s'organise grâce à tout un ensemble de lieux, de décors, de costumes et d'activités fixant l'imaginaire et précisant les gestualités permises. Les danses traditionnelles, par exemple, sont à la fois des prescriptions de savoir-vivre dans les noces villageoises et des manières codifiées des relations entre les hommes et les femmes : « Il y a des façons de quitter sa partenaire, comme il y a des façons de l'inviter. » La programmation, en un lieu socialement donné, des rapports entre les sexes, la stabilité des répertoires des [...]

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Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : maître assistant de sociologie à l'université de Paris-VIII, professeur de sociologie (unité pédagogique d'architecture numéro 4), Paris

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Pour citer l’article

François-André ISAMBERT, Jean-Pierre MARTINON, « FÊTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fete/