BOUR ERNEST (1913-2001)

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Les musiciens considéraient Ernest Bour comme l'un des plus grands chefs français de sa génération, mais, dans son pays, le grand public ignorait son nom, en dehors de l'Alsace, où s'est déroulée une grande partie de sa carrière.

Né à Thionville le 20 avril 1913, il accomplit ses études musicales au Conservatoire de Strasbourg (piano, orgue et théorie), où il travaille notamment avec Fritz Münch, le frère aîné de Charles. C'est Hermann Scherchen qui l'initie à la direction d'orchestre (1933-1934) ; cette rencontre sera déterminante pour Ernest Bour, qui restera sa vie durant au service de la musique de son temps, une démarche qui s'apparente à une mission.

Après avoir été chef de chœur à Radio-Genève, il est chef d'orchestre à la Radio de Strasbourg (1935-1939), professeur de piano au Conservatoire de Strasbourg (1940-1941) puis directeur musical de l'Orchestre municipal de Mulhouse (1941-1947) ; il dirige également le conservatoire de cette même ville à partir de 1945. En 1950, il succède à Fritz Münch à la direction de l'Orchestre municipal de Strasbourg, poste qu'il conservera jusqu'en 1964. Fritz Adam l'appelle en outre à l'Opéra de Strasbourg en 1955 et, sous leur double direction, cette scène devient l'une des plus brillantes des provinces françaises : on doit à Ernest Bour, qui abandonnera cette fonction en 1960, les premières représentations en France de Mathis le peintre de Paul Hindemith (en français, 1951), du Rake's Progress d'Igor Stravinski (1952) et du Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók (en allemand, 1954).

Ernest Bour consacre une large part de ses programmes aux œuvres contemporaines et éveille la curiosité du public strasbourgeois aux musiques nouvelles, toutes tendances confondues, avec des créations d'œuvres de Jean Martinon (Hécube, 1946), Marcel Delannoy (Puck, 1949), Claude Arrieu (Noë, 1950), Jean Rivier (Cinquième Symphonie, 1951), Maurice Le Roux (Le Cercle des métamorphoses, 1953)...

En 1964, Heinrich Strobel l'appelle à l'Orchestre symphonique du Südwestfunk de Baden-Baden pour prendre la succession de Hans Rosbaud. Ernest Bour restera jusqu'en 1979 à la tête de cet orchestre, qui va s'affirmer comme le principal foyer de la création musicale européenne, au festival de Donaueschingen, notamment, avec Lontano de György Ligeti (1967), Heterogéneo de Luis de Pablo (1970), Pneuma de Heinz Holliger (1970), Schwankungen am Rand de Helmut Lachenmann (1975), Foris de Gérard Zinsstag (1979), Un'immagine di Arpocrate de Salvatore Sciarrino (1979)... Ernest Bour crée également Tempi concertati de Luciano Berio (1959), Apparitions de Ligeti (1960), Études III de Jean-Claude Eloy (1962), Monumenta d'Aribert Reimann (1963), Réak d'Isang Yun (1966), Assemblages de Jean-Pierre Guézec (1967), Clepsidra I d’Anatol Vieru (1969), Immagini (version pour grand orchestre) de Wolfgang Fortner (1970), Überwindung de Carlos Roqué Alsina (1970), Fantasia elegiaca de Kazimierz Serocki (1972), Épicycle de Brian Ferneyhough (1974), Sub-Kontur de Wolfgang Rihm (1976), Diapason de Dieter Schnebel (1977), la Deuxième Symphonie de Manfred Trojahn (1978), Opus cygne de Sylvano Bussotti (1979), Ode de Giacomo Manzoni (1983), Zeitgehöft de Peter Ruzicka (1985), Alax de Iannis Xenakis (1985), Wandlungen (1986) et Duktus (1987) d'Emmanuel Nunes, Réminiscences d’un jardin féerique de Michaël Lévinas (1987)...

Ernest Bour est aussi, de 1976 à 1987, l'invité permanent de l'Orchestre de chambre de la radio néerlandaise à Hilversum. En 1978-1979, il est professeur de direction d'orchestre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, mais ses penchants naturels l'attirent davantage vers les structures musicales de culture allemande. La France ne lui accordera jamais une consécration à la mesure de son talent : les concerts qu'il dirige avec les orchestres de la capitale passent pratiquement inaperçus et lorsque les invitations commencent à pleuvoir, il est trop tard ; il s'enferme dans sa retraite strasbourgeoise, qu'il ne veut plus quitter, et où il meurt le 20 juin 2001.

Bour laisse l'image d'un chef complet. À une époque où les interprètes qui se mettaient au service de la musique de leur temps étaient étiquetés comme des spécialistes, ses interprétations et ses enregistrements de la musique de Debussy, de Ravel, de Stravinski ou des romantiques se sont imposés comme des références. C'est peut-être ce refus d'être „catalogué“ qui l'a privé en France de la consécration que l'Allemagne et d'autres pays ont su lui accorder. Cette notoriété est attestée par l'utilisation de deux de ses enregistrements de pièces de Ligeti avec l'Orchestre du Südwestfunk – Atmosphères et Aventures – dans le film de Stanley Kubrick 2001 : l'Odyssée de l'espace (1968).

Dans son abondante discographie, on retiendra le Concerto pour piano d'André Jolivet, avec Lucette Descaves et l'Orchestre radio-symphonique de Strasbourg (1968) ; Lontano, Atmosphères et Ramifications de György Ligeti, avec l'Orchestre symphonique du Südwestfunk de Baden-Baden ; L'Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel, avec Nadine Sautereau, Denise Scharley, Solange Michel, Martha Angelici, Joseph Peyron, le chœur, la maîtrise et l'Orchestre national de la Radiodiffusion française (1947) ; le Concerto pour violon d’Igor Stravinski, avec Arthur Grumiaux et l'Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam.

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « BOUR ERNEST - (1913-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ernest-bour/