ZINSSTAG GÉRARD (1941- )

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Né le 9 mai 1941 à Genève, le compositeur suisse Gérard Zinsstag étonne par son parcours atypique, dû à la multiplicité de ses formations. Il a en effet successivement étudié la flûte à Genève, au Conservatoire national supérieur de musique de Paris puis à l'Accademia musicale Chigiana de Sienne avant de mener une vie itinérante de musicien d'orchestre. En 1967, il est engagé dans l'Orchestre de la Tonhalle de Zurich, ville où il se fixe pendant quelques années.

Sa rencontre en 1973 avec Hans Ulrich Lehmann à la Musikhochschule de Zurich le conduit peu à peu vers le chemin de la création. Il démissionne en 1975 de l'Orchestre de la Tonhalle pour se consacrer entièrement à l'étude de la composition, ce qui le mène à Stuttgart puis à Hanovre, auprès d'Helmut Lachenmann. De 1976 à 1978, il suit les cours de Darmstadt puis il part pour San Francisco en 1979 afin d'assister à un séminaire de l'université de Californie à Berkeley. En 1986, il vient en France explorer les nouvelles possibilités qu'offre l'I.R.C.A.M. Soucieux de la diffusion de la musique contemporaine, il crée cette même année à Zurich le festival Tage für neue Musik Zürich.

Après une première période au cours de laquelle Gérard Zinsstag mène des recherches sur les bruits et les agencements formels heurtés, une étude attentive du phénomène sonore le conduit vers les compositeurs dits spectraux de l'ensemble L'Itinéraire (Gérard Grisey, Tristan Murail, Michael Lévinas). C'est d'ailleurs par ce même ensemble qu'il est joué pour la première fois à Paris, au Centre Georges-Pompidou, le 30 mars 1981. Altération, pour orchestre de chambre (1980) est représentative d'une période de transition pour le compositeur, qui rejette encore à cette époque le rôle des sons pour faire des recherches instrumentales sur les bruits. Il pousse ce processus très loin allant jusqu'à « priver les instruments de leurs résonances naturelles et les sons de leurs spectres ». Mais, très vite, sa pensée musicale évolue, le discours, moins tendu, s'autorise plus de liberté. Sa rencontre avec Gérard Grisey contribue nettement à ce changement.

Entre 1982 et 1984, Gérard Zinsstag compose uniquement de la musique de chambre, qui se distingue par l'originalité des formations choisies, toujours renouvelées (Incalzando est une pièce pour deux pianos, Sept Fragments est un quatuor à cordes). La pièce Artifices, pour un ensemble instrumental et un dispositif électroacoustique, composée en 1982-1983 pour les dix ans de l'ensemble L'Itinéraire et créée le 20 avril 1983 sous la direction de Gilbert Amy, se caractérise par un renouvellement de l'organisation des sons en groupes déterminés ; dans cette œuvre, le compositeur fait entendre « des sons simples amples et profonds, dont l'aura devait être brisée par des pauses effectuées en direct, puisque ces magnétos étaient manipulés par des instrumentistes assignés au rôle de magnétophonistes ». Il composera une nouvelle pièce dans la même veine, baptisée Artifices II (1988) ; à la différence de la première, celle-ci présente une simplification du discours musical qui revalorise ainsi le matériau.

En 1985, la fondation Pro Helvetia offre à Gérard Zinsstag la possibilité de réaliser sa première œuvre pour grand orchestre, Tempi inquieti, pour piano, deux percussions, orchestre et bande magnétique, qu'il présente ainsi dans un article écrit en 1989 : « Une de mes préoccupations majeures a été de chercher à intégrer certains bruitages d'origine concrète produits par des instruments nobles dans un processus compositionnel débouchant sur un rapport dialectique qui permettrait de dire : faisons de la musique avec du bruit et faisons du bruit avec de la musique ! » Insérer des bruits est également un moyen pour lui de relier l'auditeur au monde extérieur. Ainsi la musique ne coupe pas l'homme du monde auquel il appartient. Le compositeur cite volontiers une phrase de Jean-Paul Sartre, qui voit dans l'art le prolongement du monde réel : « Le but final de l'art est de récupérer ce monde-ci en le donnant à voir tel qu'il est, mais comme s'il avait sa source dans la liberté humaine. » Tempi inquieti emploie un effectif orchestral important : les bois par qu [...]

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Écrit par :

  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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Pour citer l’article

Juliette GARRIGUES, « ZINSSTAG GÉRARD (1941- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gerard-zinsstag/