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BUSSOTTI SYLVANO (1931-2021)

Personnage complexe, Sylvano Bussotti, né à Florence le 1er octobre 1931, après avoir été violoniste prodige, fut tout à la fois metteur en scène, costumier, habilleur, musicien, récitant… et compositeur. Sans doute était-il essentiellement un homme de théâtre qui se projetait avec violence dans sa création musicale par besoin de libérer ses propres fantasmes. Il fut également directeur artistique de la Fenice de Venise de 1975 à 1979.

Sylvano Bussotti suit les cours du conservatoire Luigi-Cherubini de Florence, notamment auprès de Luigi Dallapiccola, mais doit les interrompre au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il se forme alors en autodidacte. Après un début dans la composition sérielle (il ne se reconnaît pour maître que Max Deutsch, disciple de Schoenberg) et la fréquentation des cours d’été de Darmstadt à l’invitation de Pierre Boulez, il va échapper à l'« aridité rigide » de ce système et se rapprocher de la musique aléatoire d’un John Cage. Dès lors, sa création s'écrit « page à page », une œuvre en engendrant une autre, œuvre continue, dominée par la fantaisie et l'imagination, étroitement dépendante de la vie de son auteur, à laquelle elle est liée par tout un réseau complexe de signes et symboles. « J'éprouve une réticence considérable à donner des explications », a dit Bussotti : « Sans doute est-ce là un esprit de défense et de sado-masochisme qui accumule les difficultés pour qu'on ne réalise pas mon œuvre. Car l'œuvre sort blessée dans sa réalisation. » C'est pourquoi les partitions de Bussotti semblent faites pour dérouter les interprètes, unissant à un graphisme imaginé (et parfois gratuit) les notations très précises et raffinées d'une écriture postwébernienne.

La création chez Bussotti se vit donc d'abord dans la passion, la violence, la force de projection et le corps à corps de la connaissance érotique : « J'approche la musique d'une façon très sexuelle », dit-il. Il revendique, contre tout emploi systématique des procédés et contre toute conceptualisation de la musique, le rôle prépondérant de l'instinct. Une conduite proche de celles des surréalistes et des dadaïstes, et qui ne recule ni devant la provocation ni devant le scandale.

Cette voie très personnelle – qui est souvent un défi –, où le théâtre et la voix ont un rôle capital (Raramente, 1964-1970 ; Passion selon Sade, 1965), atteint peu à peu à un très haut niveau de concentration et de lyrisme (Lorenzaccio, 1972 ; Bergkristall, 1973 ; Syrosadunsettimino, 1974 ; Le Racine, pianobar pour Phèdre, 1981 ; Bozzettosiciliano, 1989 ; Tieste. La Tragedia, 1993 ; SilvanoSylvano. Rappresentazionedellavita, 2007).

Sylvano Bussotti meurt à Milan le 19 septembre 2021.

— Brigitte MASSIN

—  ENCYCLOPÆDIA UNIVERSALIS

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Encyclopædia Universalis et Brigitte MASSIN. BUSSOTTI SYLVANO (1931-2021) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 04/10/2021