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LÉVINAS EMMANUEL (1905-1995)

L'éthique comme philosophie première

Les années 1980 marquent une dernière période dans l'œuvre de Lévinas, jalonnée par plusieurs recueils d'articles importants : De Dieu qui vient à l'idée (1982), L'Au-delà du verset (1982), Entre nous (1991). S'y ajoutent deux conférences qui ont une valeur presque testamentaire : Éthique comme philosophie première (1982), Transcendance et Intelligibilité (1984), ainsi que des entretiens radiophoniques qui constituent une excellente introduction à la pensée du philosophe : Éthique et Infini (1982).

Une phrase de ces entretiens résume bien la tonalité fondamentale de cette période de maturité : « Mais à vrai dire l'apparition, dans l'être, de ces „étrangetés éthiques“ – humanité de l'homme – est une rupture de l'être. Elle est signifiante, même si l'être se renoue et se reprend. » Les « étrangetés éthiques », qui marquent la singularité de la pensée lévinasienne dans le paysage de la philosophie contemporaine, peuvent apparaître aux tenants d'une éthique discursive comme une véritable utopie. C'est une utopie que Lévinas revendique explicitement : « L'étrange, c'est l'étranger. Rien n'est plus étrange ni plus étranger que l'autre homme et c'est dans la clarté de l'utopie qu'on touche l'homme hors de tout enracinement et de toute domiciliation. »

Cette « utopie de l'humain » n'est pas seulement un beau rêve. Elle va de pair avec la revendication que l'éthique de la responsabilité infinie pour l'autre mérite pleinement le titre aristotélicien de philosophie première. Elle nous confronte à la plus radicale des questions : « Être ou ne pas être – est-ce là la question ? Est-ce la première et la dernière question ? » Si l'on se souvient que chez Aristote le titre de « philosophie première » désignait tour à tour la théologie et l'ontologie, on comprend que l'éthique lévinassienne soit inséparable d'une « théologie », dans laquelle Dieu ne peut venir à l'idée qu'à travers l'expérience d'une responsabilité infinie, précédant toute initiative et tout choix.

— Jean GREISCH

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Écrit par

  • : docteur en philosophie, professeur émérite de la faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris, titulaire de la chaire "Romano Guardini" à l'université Humboldt de Berlin (2009-2012)

Classification

Pour citer cet article

Jean GREISCH. LÉVINAS EMMANUEL (1905-1995) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • TOTALITÉ ET INFINI, Emmanuel Lévinas - Fiche de lecture

    • Écrit par
    • 710 mots

    En 1987, dans la Préface à la traduction allemande de son livre, Emmanuel Lévinas (1905-1995) écrit : « Ce livre conteste que la synthèse du savoir, la totalité de l'être embrassée par le moi transcendantal, la présence saisie dans la représentation et le concept et l'interrogation sur...

  • ABENSOUR MIGUEL (1939-2017)

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    Utopie, émancipation, critique, politique – tels sont les termes qui peuvent qualifier le travail conduit par Miguel Abensour, professeur de philosophie politique, éditeur et penseur.

    Miguel Abensour est né à Paris le 13 février 1939. Agrégé de sciences politiques, auteur d’une thèse d’État (...

  • ALTRUISME

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    ...mon moi, et m'ouvre sans tristesse sur l'abîme des commencements et l'indistinction de la fin, telle pourrait être, simplifiée à l'extrême, la thèse d' Emmanuel Levinas, le penseur le plus radical de l'altérité. Éthique ? Non, si l'on entend par là le corollaire d'une conception du monde, un système de...
  • BLANCHOT MAURICE (1907-2003)

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    ...propriétaires terriens aisés. C'est auprès de son père, précepteur pour enfants de grandes familles, qu'il apprend l'essentiel de son savoir littéraire. Vers 1923, à l'université de Strasbourg, où il étudie la philosophie et l'allemand, il rencontre un étudiant juif venu de Lituanie auquel il se...
  • DÉSIR, philosophie

    • Écrit par
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    C'est cette lacune qu'Emmanuel Lévinas comble dans Totalité et Infini (1961), à travers une relecture critique de Platon et de Hegel. Réagissant contre l'interprétation du désir comme simple manifestation de l'indigence et de l'incomplétude propre au besoin, Lévinas lui assigne comme terme véritable...
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