ABENSOUR MIGUEL (1939-2017)

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Utopie, émancipation, critique, politique – tels sont les termes qui peuvent qualifier le travail conduit par Miguel Abensour, professeur de philosophie politique, éditeur et penseur.

Miguel Abensour

Photographie : Miguel Abensour

Dans le sillage de Theodor W. Adorno mais aussi de Walter Benjamin, Miguel Abensour développe une critique de la modernité dont le corollaire immédiat est l'utopie. 

Crédits : Louis Monier/ Bridgeman Images

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Miguel Abensour est né à Paris le 13 février 1939. Agrégé de sciences politiques, auteur d’une thèse d’État (Les Formes de l'utopie socialiste-communiste : essai sur le communisme critique et l'utopie), il enseigne à Dijon, à Reims, à Paris (université Paris Diderot) et préside le Collège international de philosophie de novembre 1985 à décembre 1987. Dès 1974, il crée, aux éditions Payot, la collection « Critique de la politique » (désormais chez Klincksieck). Cette collection, au cours des années, va faire connaître la Théorie critique en France en publiant des textes de Max Horkheimer, Theodor W. Adorno, des œuvres oubliées (Le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie), des ouvrages consacrés à l’utopie (de Ernst Bloch, Bronislaw Baczko), à Marx (Marx critique du marxisme, de Maximilien Rubel), soit plus d’une centaine de titres. Proche de Claude Lefort, Cornelius Castoriadis et Pierre Clastres, il participe à des revues (Textures, Libre, Passé-Présent, Tumultes et plus récemment Prismes) qu’il cofonde pour plusieurs d’entre elles.

Dans le « manifeste » qui figure dans les premiers ouvrages de cette collection, Miguel Abensour affirme clairement son projet éditorial : donner toute sa place à la critique de la politique fondée sur la « distinction essentielle de la domination et de l’exploitation », en opposition au marxisme orthodoxe. Ces positions éditoriales fermes sont aussi présentes dans son travail de pensée qui donna lieu à la publication d’une quinzaine d’ouvrages. Il en dirigea un nombre comparable et écrivit plus d’une centaine d’articles et de contributions, formes qu’il privilégia. Au-delà de son travail de thèse, il ne cessa d’être animé par la question de l’utopie, en réunissant, dans une lecture subtile, Thomas More et Walter Benjamin – qui l’inspira continûment –, en proposant une interprétation renouvelée des textes d’Auguste Blanqui et de ces « maîtres-rêveurs » que sont Robert Owen, William Morris et Pierre Leroux.

Pour Miguel Abensour, il s’agit de « placer l’utopie du côté du réveil et non de l’illusion » ; sa pensée de l’utopie, étroitement liée à celle de l’émancipation, croise celle du jeune Marx. D’où son invitation à « lire Marx » dès 1970 et jusqu’à la publication de La Démocratie contre lÉtat. Marx et le moment machiavélien (1997). Cet ouvrage est une interrogation qui porte tant sur la dissonance entre démocratie et État que sur la résurgence du moment politique où l’action est présente. L’attention portée au moment politique éclaire l’importance qu’il accorde à la Révolution française, temps de renversement de l’Ancien Régime, mais aussi de fondation ; son attention se concentre sur les acteurs révolutionnaires et notamment sur Saint-Just (depuis son premier texte de 1966 jusqu’aux Œuvres complètes qu’il a coéditées en 2004). Il explique également son intérêt pour l’héroïsme révolutionnaire, dont il chercha à mettre en lumière les paradoxes, voire la dimension énigmatique, mais aussi pour l’héroïsme dans la modernité – comme y invitait Baudelaire – en étudiant le héros du Rouge et le Noir de Stendhal, Julien Sorel. L’intérêt conjugué pour le politique et pour ses acteurs conduisit Miguel Abensour à développer une profonde interrogation, nourrie notamment par ses lectures de Machiavel et de Hannah Arendt, à se prononcer « contre la souveraineté de la philosophie sur la politique » et à élaborer une « philosophie politique critique » (Pour une philosophie politique critique, 2009), laquelle entretient, sous certaines conditions, des rapports avec la première Théorie critique où domine l’œuvre d’Adorno. Celle-ci, selon M. Abensour, effectue, contrairement à la tradition philosophique, « une conversion telle que la dialectique s’interdirait de produire du positif ou de l’affirmatif », et engage « une critique de la raison moderne » qui se soumet « à la conservation de soi et au désir de souveraineté ».

Hostile à tout dogmatisme comme à tout quiétisme, Miguel Abensour s’efforça de penser à contre-pente, ce que révèlent ses écrits consacrés à l’ethnologue Pierres Clastres (« Le Contre-Hobbes de Pierre Clastres ») ou, plus tard, à Emmanuel Levinas chez lequel M. Abensour discerna une manière de penser la politique autrement. Ses efforts pour examiner les ressorts qui maintiennent la domination et empêchent l’émancipation humaine montrent comment ce penseur sut emprunter des voies peu frayées pour envisager la « démocratie insurgeante », pour juger que « l’homme est un animal utopique », c’est-à-dire mû par l’altérité. Sa visée constante peut se formuler grâce au titre d’un entretien publié en 2014, où l’on perçoit les accents de La Boétie : La Communauté des « tous uns ».

Miguel Abensour meurt à Paris le 22 avril 2017.

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Anne KUPIEC, « ABENSOUR MIGUEL - (1939-2017) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/miguel-abensour/