DOGME

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Unité de la foi, pluralité des formulations

C'est de cette dépendance où la formulation dogmatique se trouve placée par rapport à la conjoncture ecclésiale et culturelle que naît une certaine diversité non seulement de la théologie mais des dogmes : « L'héritage transmis par les Apôtres a été reçu selon des formes et d'après des modes divers et a été expliqué çà et là de façon différente selon la diversité du génie et des conditions de vie » (Vatican II, décret sur l'œcuménisme, no 14). Cela ne surprendra que ceux qui se font de la Révélation une conception doctrinaire. S'il s'agit d'un événement de salut, accompagné de paroles ou exprimé réflexivement sous la mouvance de l'Esprit en message salutaire, le donné déborde toujours par transcendance et en richesse vécue les formules. Aucune ne l'appréhende de façon adéquate, et si elles ne sont pas contradictoires elles peuvent être équivalentes dans des horizons divers ou complémentaires. Cette constatation est d'une grande importance œcuménique.

Dans le protestantisme, le problème du dogme est celui de l'autorité, contestée, de la confession unanime de la foi par la communauté entière – non celui de l'autorité de la parole divine elle-même. Chez Luther, la conviction de l'évidence du sens de l'Écriture, l'importance d'un « centre » de cette Écriture, l'insistance sur la foi-confiance contribuent à reléguer dans l'ombre le problème de la formulation dogmatique. Mais l'orthodoxie luthérienne ultérieure attribuera à ses « documents symboliques » une valeur quasi dogmatique. On reconnaît généralement une valeur décisive aux quatre premiers conciles œcuméniques. La prédominance de la foi-confiance réapparaît dans le piétisme et va jouer un rôle, avec la philosophie critique et la critique historique, dans le « protestantisme libéral » (F. Schleiermacher, A. von Harnack, A. Sabatier) : primat de l'expérience religieuse, qui est à l'origine des formes sociales de la religion et des dogmes. K. Barth a contribué à revaloriser l'aspect dogmatique dans la foi, mais toujours de manière que l'Église n'apparaisse pas comme disposant de la foi dont Dieu seul est l'auteur en l'homme.

La crise «  moderniste » représenta l'émergence dans le catholicisme des problèmes posés par le protestantisme libéral. La découverte de l'aspect historique et relatif des dogmes aboutit à une vision transformiste de leur évolution, fruit des pressions extérieures (A. Loisy). La découverte du conditionnement de l'Évangile et des formulations dogmatiques, la critique de la connaissance conduisent à une mise en question de la valeur intellectuelle de l'affirmation de foi, conçue comme simplement « prophétique » et symbolique (G. Tyrrell). L'insistance sur la valeur morale du christianisme conduit, en dehors même des cercles modernistes, à une conception pragmatique du dogme : il incite à des conduites et écarte des erreurs (E. Le Roy). On peut penser que la pauvreté de l'idée de symbole chez les modernistes et l'intellectualisme rigide et irréel de leurs adversaires ont pesé lourd dans ce débat. Une meilleure compréhension des rapports entre pensée et action ou vie morale (M. Blondel), la revalorisation du symbole comme acte intellectuel véritable (P. Ricœur), l'acceptation d'une certaine palette des formulations de la foi (entre l'affirmation doctrinale et le symbole, entre l'attestation historique et le mythe signifiant) devraient permettre de reprendre le problème avec sérénité.

Beaucoup de chrétiens se posent la question de la nécessité des institutions pour la vitalité du christianisme : gardent-elles l'esprit ou l'étouffent-elles ? Parmi les problèmes d'institution, celui du dogme se pose : la foi a-t-elle besoin de formules rigides, intemporelles ? Le décalage culturel éprouvé à l'égard des expressions bibliques et dogmatiques aggrave le malaise. Nous avons assez insisté sur la nécessaire reformulation pour pouvoir nous en tenir à poser une question : pourrait-on concevoir que le témoignage soit rendu aux événements fondateurs sans une communauté des croyants, milieu de la tradition fidèle du message, et cette communauté peut-elle à son tour demeurer sans structure ni autorité aucune ?

Enfin, depuis le xviiie siècle, beaucoup sont convaincus de la nocivité des « étroitesses dogmatiques », source d'intolérance et empêchement à la confluence de ce qu'il y a de profond et de commun entre les religions. Que les convictions dogmatiques aient été source d'intolérance et de crimes odieux, on ne saurait le nier – mais l'expérience actuelle ne tend-elle pas à montrer que dans un autre contexte elles sont compatibles avec le respect d'autrui et le consentement sincère au pluralisme ? Le dialogue entre les hommes de religions ou de convictions diverses implique-t-il une réduction à un plus petit commun dénominateur et exige-t-il que le christianisme se défasse de son bien le plus précieux : la foi inconditionnelle à l'absolu de la parole de Dieu adressée aux hommes et venue parmi les hommes ?

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Écrit par :

  • : docteur en théologie, dominicain, directeur du centre de formation théologique du Saulchoir, directeur de la revue La Vie spirituelle

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Pour citer l’article

Jean-Pierre JOSSUA, « DOGME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dogme/