DEUXIÈME RÉPUBLIQUE

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Le coup d'État

Un message du président de la République avait dénoncé l'imminence d'un « complot » : une brochure de Romieu, Le Spectre rouge de 1852, contribuait à l'affolement de la bourgeoisie, surtout en province. Les démocrates socialistes avaient repris leur propagande avec un succès croissant en la faisant plus locale, moins doctrinaire ; ils organisaient des associations aux ramifications secrètes, mais ils évitaient toute manifestation violente en attendant mai 1852, époque prévue pour les élections législatives et présidentielles.

Louis Napoléon fixe le coup d'État au 2 décembre, anniversaire d'Austerlitz (à cette date, la rentrée parlementaire retient les députés à Paris) ; le président l'a préparé avec Morny, Persigny, le préfet de police Maupas, les généraux Saint-Arnaud et Magnan, commandant de l'armée de Paris. Des affiches, imprimées dans la nuit du 1er au 2 décembre, reproduisent un « appel au peuple et aux soldats » ainsi que deux décrets : l'un dissout l'Assemblée nationale, abroge la loi du 31 mai et rétablit le suffrage universel, décrète l'état de siège ; l'autre appelle les Français à un plébiscite pour reconnaître l'autorité de Louis Napoléon. Au petit matin, les députés – Thiers, les généraux Changarnier, Lamoricière, Cavaignac, Leflô – ont été arrêtés. Des députés monarchistes tentent de résister à la mairie du Xe arrondissement, mise à leur disposition par le maire Augustin Cochin ; les 220 députés présents avec Odilon Barrot et Berryer furent rapidement dispersés ou grossirent les effectifs de la prison de Mazas ; un Comité de résistance républicain avec Schœlcher, Jules Favre, Victor Hugo s'efforça de soulever le peuple parisien ; des barricades, élevées les 3 et 4 décembre, furent vite enlevées par la troupe (un député, Baudin, fut tué sur l'une d'elles) et la troupe tira le 4 décembre sur la foule qui manifestait sa désapprobation, boulevard Poissonnière. Mais il n'y eut pas de soulèvement populaire à Paris.

La résistance violente fut surtout le fait des paysans ; elle s'étendit du 3 au 8 décembre au nord du Massif central, dans l'Allier, la Nièvre (notamment à Clamecy), dans quelques foyers du Sud-Ouest, à Auch et dans l'Hérault (à Bédarieux et à Béziers) ; mais la principale résistance se manifeste dans le Sud-Est, en Ardèche, dans la Drôme, les Basses-Alpes et le Var. À Digne et à Brignoles, des artisans et des paysans occupèrent les lieux officiels. Cette opposition fut vite réduite ; 32 départements furent mis en état de siège, 27 000 arrestations opérées. Des commissions mixtes composées de représentants de l'administration préfectorale, de l'armée et du Parquet condamnèrent près de 10 000 prisonniers à la transportation, la plupart en Algérie ; 239 furent envoyés aux travaux forcés à Cayenne. Le mouvement républicain était décapité pour de nombreuses années. Confondant l'effet et la cause dans sa propagande, le gouvernement fit croire qu'il avait sauvé le pays d'une « subversion socialiste » et rallia les conservateurs et le clergé à la situation nouvelle.

Un nouveau ministère avait été constitué le 4 décembre avec Morny, Saint-Arnaud, Fortoul. Le plébiscite qui, les 21 et 22 décembre, demandait pour Louis Napoléon « les pouvoirs pour établir une Constitution sur les bases proposées dans la proclamation » obtint 7 439 216 « oui » contre 646 000 « non » (surtout dans les villes) et 36 820 bulletins nuls. À Paris, où il y avait 291 000 électeurs inscrits, on enregistra 132 000 « oui » et 80 000 « non ». Les abstentions furent nombreuses, surtout dans les départements légitimistes de Bretagne (Finistère, Morbihan, Ille-et-Vilaine) et du Midi (Bouches-du-Rhône, Gard, Hérault).

Dès le 14 janvier 1852, une Constitution, qui reprenait les grandes lignes de celle de l'an VIII, était préparée par Rouher et Troplong : le président reçoit « le gouvernement de la République française [...] pour 10 ans [...] avec l'initiative et la promulgation des lois ».

La répression consécutive au coup d'État avait durement touché la presse ; la plupart des journaux républicains disparaissent et de nouveaux décrets (17 et 25 févr., 1er et 28 mars 1852) enlèvent toute liberté à la presse, placée sous le contrôle d'un ministère de la Police, rétabli le 22 janvier 1852. Une active propagande mène campagne pour le rétablissement de l'Empire ; Louis Napoléon voyage à travers la France en septembre et octobre 1852, accueilli par les cris (souvent suscités par les préfets) de « Vive l'Empereur ! ». À Bordeaux, il déclare, afin de rassurer les puissances étrangères : « L'Empire, c'est la paix. »

Un sénatus-consulte, approuvé par un plébiscite les 21 et 22 novembre 1852, rétablit la dignité impériale. L'Empire est officiellement restauré, mais c'est en fait le 2 décembre 1851 que la deuxième République était morte.

La deuxième République a été victime de ses contradictions autant que des difficiles mutations de la société française, peu apte à s'adapter aux situations nouvelles. L'élimination des « quarante-huitards », romantiques et inconsistants, laisse le champ libre à une génération plus positive qui approfondira sous le second Empire sa réflexion sur la démocratie par référence à l'expérience de 1848.

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Pour citer l’article

André Jean TUDESQ, « DEUXIÈME RÉPUBLIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/deuxieme-republique/