AGULHON MAURICE (1926-2014)

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Historien, professeur au Collège de France, spécialiste d’histoire de la France des xixe et xxe siècles.

Maurice Agulhon

Photographie : Maurice Agulhon

Éminent spécialiste de la France des XIXe et XXe siècles, Maurice Agulhon fut avant tout l'historien de la République et de ses symboles. 

Crédits : Collège de France/ D.R.

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Né à Uzès (Gard) en 1926 dans une famille d’instituteurs républicains, Maurice Agulhon effectue ses études à Avignon puis à Lyon, avant d’être reçu à l’École normale supérieure en 1946. Agrégé en 1950, professeur d’histoire en lycée et en khâgne, il devient en 1954 attaché de recherche au C.N.R.S. puis maître-assistant à la faculté d’Aix-en-Provence. Il prépare alors son doctorat sous la direction d’Ernest Labrousse, et soutient sa thèse complémentaire en 1966, parue sous le titre Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence. Essai sur la sociabilité méridionale. La thèse principale, soutenue en 1969, s’intitule : Un mouvement populaire au temps de 1848. Histoire des populations du Var dans la première moitié du XIXe siècle. Il s’agissait de comprendre les conditions d’émergence de la conscience politique au cours du premier xixe siècle, et plus exactement la manière dont la Provence orientale (l’actuel Var), très rurale, avait pu devenir dès 1848 un bastion durable du démocratisme républicain. La thèse est partagée en trois ouvrages en 1970-1971 (Une ville ouvrière au temps du socialisme utopique. Toulon de 1815 à 1851, La Vie sociale en Provence intérieure au lendemain de la Révolution, et La République au village), qui font de Maurice Agulhon un spécialiste à la fois de la Provence, du mouvement ouvrier d’avant 1848 et des rapports entre politique et monde paysan. Ces premiers travaux introduisent en outre la notion de « sociabilité » dans le champ de l’histoire sociale et politique contemporaine : définie comme un tissu de relations sociales denses et organisées, particulier à la Provence, elle s’avère fondamentale pour comprendre cet accès à la démocratie. Ils posent également le problème de la politisation des masses au xixe siècle, dont l’enjeu consiste à mieux comprendre la manière dont les milieux populaires, notamment paysans, se sont approprié les grandes catégories de la politique nationale (comme l’opposition entre monarchisme, libéralisme ou républicanisme).

En 1972, Maurice Agulhon devient professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne. Entré selon son propre mot « en division nationale », il élargit son champ d’étude à la France et au xxe siècle. Après une enquête sur les « C.R.S. à Marseille » en 1944-1947, il fait paraître en 1973 l’un de ses livres les plus lus : 1848 ou l’apprentissage de la République. À la fois synthèse et essai, l’ouvrage propose une forme d’histoire totale de la riche expérience qu’a été la IIe République, pour en rappeler le rôle dans la construction française du régime républicain, ainsi que dans l’idée, les luttes et les sentiments qui le portent. Les analyses de sociologie historique sont prolongées dans Le Cercle dans la France bourgeoise. Étude d’une mutation de sociabilité (1977), recherche sur l’affirmation de la sociabilité égalitaire de cercle, à côté du café et du salon, dans la France des monarchies censitaires. La période est également celle des entreprises collectives : contribution à l’Histoire de la France rurale en 1976, direction du tome IV de l’Histoire de la France urbaine en 1983, sans oublier la grande enquête sur Les Maires en France, du Consulat à nos jours (1986).

À la fin des années 1970, Maurice Agulhon se lance dans un nouveau chantier, au croisement de l’histoire de l’art, de l’histoire politique et des mentalités : une vaste étude de la statuaire politique, et en particulier de la figure de Marianne, destinée, entre autres choses, à mieux comprendre la familiarité quasi charnelle des Français avec l’image républicaine, ainsi que ses mutations récentes. Le premier tome, Marianne au combat, paraît en 1979. Les deux autres, Marianne au pouvoir (1989) et Les Métamorphoses de Marianne (2001), paraissent après son entrée au Collège de France, en 1986. Entre-temps, une sélection d’articles a été publiée en trois volumes sous le titre Histoire vagabonde. L’épithète entend souligner la diversité des thèmes traités jusque-là : approche ethnographique (illustrée par un article célèbre, « le sang des bêtes », sur la protection des animaux en France au xixe siècle), histoire des idées, histoire de la symbolique, histoire des luttes politiques, mais aussi interrogati [...]

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Pour citer l’article

Quentin DELUERMOZ, « AGULHON MAURICE - (1926-2014) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/maurice-agulhon/