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DESTIN

Destin et vocation

Ce que nous avons pu appeler destin du Christ, à la suite de Kierkegaard, mérite en réalité l'appellation de vocation : l'étymologie de ce terme marque d'entrée de jeu sa différence d'avec le destin. Vocare, appeler, signifie que toute vocation s'adresse à l'individu, appelé par son nom, en tant que lui-même. Cet appel peut conférer un nom propre : ainsi d'Israël, ou du processus du baptême. Ce procès d'appel détermine une série de différences reposant sur deux conceptions des rapports entre la finalité et l'individu.

Pour l'individu voué au destin, la finalité qui s'empare de lui est externe, relevant soit d'une divinité aveugle, soit d'un déterminisme pensé comme « implacable » et encore imprégné de « grécité ». La vocation implique au contraire une finalité interne, telle que l'individu se sent appelé à participer du Dieu qui l'y convie. Non que cet appel soit clair, en opposition au destin obscur : en tous les cas, la vocation comme l'appel relèvent de la clairvoyance d'une certitude subjective, donc d'un clair-obscur. Cependant l'instant de la clairvoyance n'est pas le même. Immédiat dans le cas de la vocation et n'impliquant aucune résistance, il est différé dans le cas du destin, et c'est ce retard qui définit la temporalité du destin : quand la clairvoyance survient à l'individu destiné, sa mort est proche et son temps près de sa fin. Ainsi se révèle la différence essentielle entre la vocation et le destin : la vocation n'implique pas la mort et s'insère dans l'indéfinie temporalité de l'histoire divine. L'appelé par Dieu fait sa vocation dans le cadre d'une résurrection qui l'introduit d'emblée dans l'immortalité : c'est tout le sens du vœu, et de la règle monastique par exemple, d'être une loi mimétique de la loi divine. Tout à l'inverse, la mort transforme la vie de l'individu en destin, fixant les limites de l'humaine temporalité ; par là, l'individu marqué par le destin devient héros après sa mort, tel Œdipe à Colone, exemplaire et pourtant inimitable ; la mort lui apporte une immortelle singularité alors que la vocation fait entrer l'individu dans une catégorie universelle. Un dernier trait confirme cette différence ; si le destin s'attache à des familles, Atrides, Labdacides, cette filiation qui prolonge le temps tragique sur trois ou quatre générations ne peut que finir, et finir mal. La vocation indique que la filiation, qui ne peut se rapporter qu'à Dieu comme Père, est interminable, et se terminera bien. L'imitation est le trait pertinent de toutes ces différences : l'appelé imite son Dieu et effectue la règle, tandis que le destin est la Loi singulière qui frappe l'individu sans autre référent que lui-même : le tragique est une religion de l'individu.

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Écrit par

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de l'Université

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • AFRIQUE NOIRE (Culture et société) - Religions

    • Écrit par Marc PIAULT
    • 9 619 mots
    • 1 média
    ...secondaires, les orisha, entraînent de la part de leurs sectateurs une dévotion complète et qui ne paraît renvoyer à rien d'autre. Cependant le destin de chacun est fixé à la naissance par Olorun. Cela n'implique aucun fatalisme nécessaire, car tout homme peut et doit prendre les moyens d'assumer...
  • AZTÈQUES (notions de base)

    • Écrit par Universalis
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    • 13 médias
    La société aztèque est régie par un système de prédestination absolue. Le destin (tonalli) de chaque homme descend en lui au moment de sa naissance. Il est révélé par un devin, le tonalpohuani, après lecture du tonalamatl, « le livre des destins », qui reprend le comput du calendrier sacré...
  • BOÈCE (480-524)

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    ...l'existence du mal dans le monde. Par-delà les apparences, il faut apercevoir l'ordre profond qui règne dans le monde, notamment la subordination du Destin à la Providence, la Providence étant la Raison divine qui ordonne toutes choses, tandis que le Destin est l'ordre même qui règle en détail le...
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    • Écrit par Gilbert DURAND
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    ...orients de toutes choses. Au sein du contraste ou de l'espace orienté du Ciel s'esquisse donc le symbole de la coincidentia oppositorum (K. G. Jung). Le ciel, ainsi quadraturé et ordonné, devient en quelque sorte le modèle parfait ou puissant de toute destinée terrestre. Aussi à la science du calendrier...
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