Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

DESTIN

La peste

« Œdipe et Freud apportèrent tous deux la peste » (A. Green). La question se pose de savoir pourquoi c'est à Œdipe que Freud emprunte le modèle qui le définit comme structure universelle. Il s'en explique : « Pour moi, une série de suggestions prirent leur origine à partir du complexe d'Œdipe dont je reconnaissais l'ubiquité. Le choix, voire la création de ce sujet, avait certes été toujours énigmatique : l'effet bouleversant de sa représentation poétique et l'essence même de la « tragédie du destin », tout cela s'expliquait en acceptant de reconnaître qu'une loi du devenir psychique avait été saisie dans toute sa signification affective. » On notera tout d'abord que Freud reconnaît la valeur de l'œdipe d'après l'affect qu'il produit : telle est bien la démarche freudienne, qui consiste à déduire la « vérité historique » d'après l'affect. C'est ainsi qu'il procède dans la reconstruction du fantasme comme dans la reconstruction du Moïse de Michel-Ange. Freud a pu hésiter entre Moïse, Œdipe et Hamlet, trois figures qui auraient pu servir de « noyau » infantile : pourquoi Œdipe, pourquoi le modèle grec du destin et non le modèle juif ou le modèle shakespearien ? C'est que, plus que les autres, Œdipe présente un rapport de méconnaissance entre son savoir et la vérité. Œdipe possède le pouvoir et le savoir, il rivalise d'intelligence avec Tirésias ; mais la vérité lui échappe, et c'est là son destin. « Avec ton destin pour exemple », lui dit le chœur. Exemplaire, il est marqué, comme tout homme, de la Spaltung (l'écart) entre conscient et inconscient, qui constitue la structure du sujet. Dès lors, le destin est le passage de la méconnaissance du savoir et de la conscience – la vie – à la saisie mythique et rétroactive de cette méconnaissance – la mort. Que la mort fasse advenir la vérité, Freud l'explique dans le thème des trois coffrets ; les trois – qu'elles soient Heures, Parques, ou filles de Lear – représentent les trois aspects de la femme : mère, compagne et mort ; et c'est la mort que choisit l'homme en choisissant l'amour ; selon la loi de retournement des termes mythiques en leur contraire. Ainsi Lear, refusant Cordelia, refuse la mort, mais finit par l'assumer à la fin de la pièce. Le destin est la succession des figures maternelles, lien entre la naissance et la mort.

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de l'Université

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • AFRIQUE NOIRE (Culture et société) - Religions

    • Écrit par Marc PIAULT
    • 9 619 mots
    • 1 média
    ...secondaires, les orisha, entraînent de la part de leurs sectateurs une dévotion complète et qui ne paraît renvoyer à rien d'autre. Cependant le destin de chacun est fixé à la naissance par Olorun. Cela n'implique aucun fatalisme nécessaire, car tout homme peut et doit prendre les moyens d'assumer...
  • AZTÈQUES (notions de base)

    • Écrit par Universalis
    • 3 537 mots
    • 13 médias
    La société aztèque est régie par un système de prédestination absolue. Le destin (tonalli) de chaque homme descend en lui au moment de sa naissance. Il est révélé par un devin, le tonalpohuani, après lecture du tonalamatl, « le livre des destins », qui reprend le comput du calendrier sacré...
  • BOÈCE (480-524)

    • Écrit par Pierre HADOT
    • 1 463 mots
    ...l'existence du mal dans le monde. Par-delà les apparences, il faut apercevoir l'ordre profond qui règne dans le monde, notamment la subordination du Destin à la Providence, la Providence étant la Raison divine qui ordonne toutes choses, tandis que le Destin est l'ordre même qui règle en détail le...
  • CIEL SYMBOLISME DU

    • Écrit par Gilbert DURAND
    • 2 876 mots
    ...orients de toutes choses. Au sein du contraste ou de l'espace orienté du Ciel s'esquisse donc le symbole de la coincidentia oppositorum (K. G. Jung). Le ciel, ainsi quadraturé et ordonné, devient en quelque sorte le modèle parfait ou puissant de toute destinée terrestre. Aussi à la science du calendrier...
  • Afficher les 24 références

Voir aussi