CRITIQUE D'ART, Antiquité gréco-romaine

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Appliquer au monde antique le concept de critique d'art se révèle une tâche délicate en raison des conditionnements, hérités en grande partie du xixe siècle, qui tendent à faire prendre à tort pour naturelles et obvies des catégories comme celles d'artiste, d'œuvre d'art ou de critique. Dans l'Antiquité, la figure de l'artiste, sculpteur ou peintre, ne s'est réellement distinguée de celle de l'artisan que pendant certaines périodes et en certains milieux privilégiés ; la définition de la statue ou du tableau comme « œuvre d'art » ne s'est faite qu'au terme d'un long cheminement et au prix d'une « laïcisation » de l'objet fabriqué, particulièrement sensible dans le cas de la statuaire. Quant à une critique d'art au sens où nous l'entendons aujourd'hui, elle se dégage difficilement comme pratique autonome et se trouve souvent enchâssée à titre de métaphore ou d'exemple dans des textes de tout autre nature. Il suffit de mentionner les ouvrages qui nous permettent de prendre connaissance aujourd'hui, dans un texte continu et non dans de simples fragments, des œuvres et des jugements portés sur elles par les Anciens. Si l'on excepte le traité de Vitruve Sur l'architecture – et l'architecture constitue un cas à part par rapport aux arts plastiques sur lesquels se concentrera l'analyse –, il s'agit, d'une part, d'une enquête encyclopédique sur la nature, l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien dont les cinq derniers livres, consacrés successivement à l'or et à l'argent (XXXIII), au bronze (XXXIV), aux terres (XXXV), au marbre et autres pierres (XXXVI) et enfin aux pierres précieuses (XXXVII), renferment des notices succinctes sur les œuvres célèbres rèalisées en ces matières et, d'autre part, d'un guide touristique, la Périégèse de la Grèce de Pausanias. On se trouve en présence de deux ouvrages dont les principes n'ont rien à voir avec ceux de l'histoire et de la critique d'art et en face de deux auteurs d'époque impériale qui se situent eux-mêmes au terme d'une longue évolution, d'une lente stratification de jugements et de polémiques, lors même que certains chefs-d'œuvre qu'ils évoquent ont été endommagés voire détruits par l'usure du temps ou la malignité des hommes. Ajoutons qu'avec Pline se pose le problème supplémentaire de la transcription en latin d'une terminologie critique élaborée en grande partie en langue grecque.

Mais on serait tout autant fondé à dire que les principaux problèmes posés par les écrits sur l'art depuis la Renaissance prennent leur source dans la réflexion esthétique des Anciens et qu'il faut attendre le xxe siècle pour voir en ce domaine, comme en beaucoup d'autres, une véritable rupture avec cette longue tradition.

« Xénocrate » ou l'« invention » de l'histoire de l'art

C'est au début du iiie siècle avant notre ère qu'on situe le sculpteur en bronze, Xénocrate d'Athènes, dont nous avons conservé la signature sur une base de statue et que B. Schweitzer a appelé avec justesse le « Galilée de l'histoire de l'art antique ». Certes, on ne peut nier l'historicité du personnage. Il n'empêche que le contenu de ses traités sur la sculpture en bronze et sur la peinture n'est connu que par une patiente « archéologie ». Elle a été opérée par la science philologique du xixe siècle et de la première moitié de ce siècle, sur le texte de Pline l'Ancien qui le cite parmi ses sources et mentionne explicitement certains de ses jugements, bien qu'il ait certainement trouvé dans la tradition romaine plus ancienne, notamment chez le grand érudit Varron, une première adaptation des théories de l'artiste. C'est pourquoi, encore tributaires de la démarche antique en matière d'histoire culturelle qui consiste à s'attacher à la figure du premier inventeur, les spécialistes continuent d'attribuer à Xénocrate le schéma critique dégagé du texte de Pline, un schéma si puissant qu'il devait conditionner une grande partie de la critique postérieure.

Chez Xénocrate confluent deux courants qui avaient précédemment nourri séparément la réflexion des Anciens su [...]

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ART NÉO-ATTIQUE (Rome)

  • Écrit par 
  • Gilles SAURON
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Au lendemain des guerres puniques, la puissance militaire et diplomatique de Rome s'impose progressivement à l'ensemble du monde méditerranéen. Enrichis par les conquêtes et séduits par les nombreux originaux pillés par les généraux, les Romains et les Italiens recherchent des œuvres d'art ou des objets d'artisanat de luxe. Face à cette demande très forte, les centres producteurs du monde grec rép […] Lire la suite

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Agnès ROUVERET, « CRITIQUE D'ART, Antiquité gréco-romaine », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/critique-d-art-antiquite-greco-romaine/