CRISE DES SUBPRIMES

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La finance moderne prise en défaut

La crise qui a débuté en 2007 conduit à une deuxième leçon : la remise en cause des vertus supposées de la finance moderne. La crise a en effet révélé que la finance contemporaine n'est pas en mesure de remplir ses trois fonctions principales, telles qu'elles sont énoncées dans la plupart des manuels d'économie : permettre l'allocation optimale des ressources financières, évaluer les entreprises et favoriser la gestion des risques. Dans ces trois domaines, il y a un fossé considérable entre la réalité et cette vision théorique erronée enseignée dans les meilleures universités, sous l'expression « efficience des marchés ». La finance internationale contribue à polariser les flux financiers sur un nombre limité d'acteurs et de pays avancés, alors qu'elle devrait se diriger vers les pays en développement où la rareté du capital est la plus grande. C'est ainsi que moins de 40 p. 100 des investissements directs à l'étranger (I.D.E.), qui servent à la construction d'usines et au rachat d'entreprises, vont vers les pays en développement (y compris les pays émergents) qui représentent 80 p. 100 de la population mondiale. L'un des chefs de file de l'économie néoclassique, le Prix Nobel Robert Lucas a qualifié de « paradoxe » cette contradiction entre les faits et la théorie en ce qui concerne l'allocation du capital dans l'économie mondiale... Concernant la capacité des marchés à évaluer les entreprises : nombreux sont les travaux, menés notamment dans le cadre de l'économie expérimentale, qui montrent que les prix des actions qui se forment sur les marchés boursiers ne convergent pas en général vers leur valeur d'équilibre fondamental. Les prix financiers (c'est vrai aussi pour les taux de change) sont systématiquement en décalage par rapport à leur valeur économique fondamentale, ce qui signifie que leur capacité à évaluer les entreprises (ou les monnaies) est presque toujours prise en défaut. Si l'on s'intéresse maintenant à la troisième vertu supposée des marchés financiers – leur capacité à gérer les risques –, la crise actuelle apporte là encore un démenti cinglant. La titrisation et les produits dérivés ont transformé les banques en courtiers qui ont transféré une part croissante de leurs risques aux marchés, comme on l'a vu plus haut. Sachant qu'elles ne porteraient pas les risques liés à leurs opérations de financement, les banques commerciales ont eu tendance à s'exposer à des prises de risques excessives. Les banques d'investissement en charge de la titrisation se sont mises à mixer des risques de nature différente, créant des produits complexes dont le risque est difficile à évaluer. L'opacité des opérations s'est trouvée renforcée du fait que les produits titrisés sont échangés sur des marchés de gré à gré non régulés. Il faut ajouter à ce tableau les agences de notation qui n'ont pas joué leur rôle : piégées par des conflits d'intérêts, elles ont été amenées à donner la même note AAA à des bons du Trésor sans risque et à des produits structurés contenant des actifs « toxiques ». La titrisation, innovation phare de la finance moderne, n'a pas pour rôle de faire porter les risques par les agents supposés être les plus aptes à les porter, comme on l'affirme souvent. Elle tend plutôt à accroître le niveau global du risque dans le système financier. La crise financière a précisément résulté d'une concentration extraordinaire de risques par une minorité de banques et de fonds d'investissement (notamment les hedge funds). Ce qui s'est produit dans le système financier international est tout simplement le contraire d'une gestion efficace des risques, laquelle doit être fondée sur les principes d'évaluation, de couverture et de diversification des risques.

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Écrit par :

  • : professeur d'économie à l'université de Paris-XIII-Villetaneuse

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Pour citer l’article

Dominique PLIHON, « CRISE DES SUBPRIMES  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/crise-des-subprimes/