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CORPS Corps et langage

Si la sémiologie est la science des signes, la sémiologie du corps se définira comme la région de cette science dont l'objet est le corps comme signe. Comment le corps humain peut-il être signe ou ensemble de signes ? Comment peut-il signifier ? Quel peut être son type propre de signifiance ? Quelles lois la régissent ?

Style amarnien - crédits : Erich Lessing/ AKG-images

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La moindre attention à notre corps, à ses comportements dans la vie sociale et dans les rapports de production et d'échange montre que le corps est le lieu et l'instrument d'utilisation de plusieurs systèmes de signes : signes du langage avec la voix et ses intonations expressives et signifiantes ; signes gestuels et comportementaux ; attitudes corporelles ; signes cosmétiques ; signes vestimentaires ; signes extérieurs indiquant les conditions sociales, signifiant des règles institutionnelles ; signes de politesse, de rituels d'attitudes, d'étiquettes expressives de sentiments liés aux rôles et aux positions sociales ; signes de l'art, dont le corps peut être la surface d'inscription, le véhicule et l'instrument. Il est clair que le corps est pris dans des réseaux de signes qui le conditionnent, le façonnent, le donnent à voir, à entendre, à sentir... Dans cet immense domaine, où les signes paraissent s'engendrer et se multiplier à l'infini, est-il possible d'introduire un principe d'ordre et de délimitation des divers ensembles de signes corporels ?

Peut-on constituer un ou plusieurs systèmes sémiotiques du corps reposant sur des signes et comportant un répertoire fini d'unités signifiantes, des règles d'arrangement qui en gouvernent les configurations indépendamment de la nature et du nombre des « discours » que le système permet de produire ? Ou, pour reprendre la distinction capitale introduite par Émile Benveniste entre sémiotique et sémantique, toute sémiotique du corps ne renvoie-t-elle pas à des systèmes à signifiance unidimensionnelle, soit sémiotique sans sémantique – ainsi le corps ritualisé dans les gestes de politesse –, soit sémantique sans sémiotique – ainsi le corps exalté dans la gesticulation expressive de la danse ?

Allons plus loin : peut-on, dans la description de la signifiance du corps, dépasser la notion même de signe ? Mieux encore : l'imposition du signe aux procès de signifiance du corps ne serait-elle, en fin de compte, que l'imposition, sur ces procès, du discours théorique sur le corps, discours réducteur qui implicitement s'appuierait sur une conception « philosophique » du corps ? Si le caractère commun à tous les systèmes sémiotiques est la propriété de signifiance et leur composition en unités de signifiance ou signes, peut-on concevoir une signifiance qui outrepasse la notion du signe et d'unité ? Tout signe a propriété de signifiance, mais toute signifiance résulte-t-elle de signes ou d'agencement d'un nombre fini de signes-unités ?

À titre opératoire, appliquons au corps le modèle construit pour la communication verbale par Roman Jakobson : « Le destinateur envoie un message au destinataire. Pour être opérant, le message requiert d'abord un contexte auquel il renvoie (le référent) ; ensuite, le message requiert un code commun ou tout au moins en partie au destinataire et au destinateur (décodeur et encodeur du message). Enfin, le message requiert un contact, un canal physique et une connexion psychologique entre le destinateur et le destinataire. » Chacun de ces six facteurs donne naissance à une fonction différente : fonction expressive ou émotive, centrée sur le destinateur ; fonction conative, impérative, centrée sur le destinataire ; fonction référentielle, dénotative, centrée sur le contexte ; fonction métalinguistique, orientée sur le code ; fonction phatique, accentuant le contact ; et fonction poétique, centrée sur le message[...]

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Écrit par

  • : professeur d'Université, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

Classification

Pour citer cet article

Louis MARIN. CORPS - Corps et langage [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Média

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Autres références

  • CORPS (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 3 102 mots

    Durant plus de deux millénaires, dans le monde occidental, le corps n’a guère fait l’objet de réflexions philosophiques si ce n’est de façon négative, en tant qu’entité faisant obstacle aux intentions de l’âme. La religion orphique (liée au culte ésotérique d’Orphée), très présente dans la Grèce...

  • ABRAMOVIC MARINA (1946- )

    • Écrit par Bénédicte RAMADE
    • 634 mots

    Marina Abramovic née à Belgrade (Serbie) s'est imposée depuis les années 1970 comme l'une des références du body art aux côtés des américains Vito Acconci et Chris Burden. Ses performances parfois extrêmes, documentées par des photographies en noir et blanc commentées, sont restées...

  • ABSALON ESHER MEIR dit (1964-1993)

    • Écrit par Jean-Marc HUITOREL
    • 1 017 mots

    L'artiste Esher Meir, dit Absalon, est né en 1964 à Ashdod en Israël. Il est mort à Paris en 1993. Sa carrière fulgurante aura duré à peine six années. Très vite connu et reconnu, il a produit une œuvre homogène et d'emblée identifiable, à la fois représentative de l'art au tournant des années...

  • ACCONCI VITO (1940-2017)

    • Écrit par Jacinto LAGEIRA
    • 1 073 mots

    Artiste protéiforme, Vito Acconci s'est d'abord consacré à la « poésie concrète », à la photographie et aux performances pour se tourner ensuite vers la vidéo. Chez lui, cette dernière est essentiellement constituée par la mise en scène du corps, tant dans le rapport au langage que dans le rapport...

  • ACTEUR

    • Écrit par Dominique PAQUET
    • 6 815 mots
    • 2 médias
    ...physique dans lequel était l'auteur au moment où il écrivait ». De même, Valère Novarina enjoint aux acteurs de « refaire l'acte de faire le texte, le réécrire avec son corps ! [...] Trouver les postures musculaires et respiratoires dans lesquelles ça s'écrivait. Parce que les personnages, c'est des...
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Voir aussi