BURDEN CHRIS (1946- )

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Né le 11 avril 1946 à Boston (Massachusetts), l’Américain Chris Burden est entré dans la légende dès ses toutes premières performances. Étudiant en art et architecture au Pomona College puis à l’université d’Irvine, il a incarné durant toutes les années 1970 la frange la plus extrême du body art et l'esprit californien, débridé et excessif. Sa toute première action, il la réalise en s'enfermant dans son casier d’étudiant pendant cinq jours, simplement muni d'eau (Five Day Locker Piece, 26-30 avril 1971). Cette œuvre sur la privation, la contrainte, l'enfermement précède de quelques mois seulement Shoot, performance éclair réalisée en pleine recrudescence des combats au Vietnam. Sans audience à l'exception de quelques amis, alors que la précédente performance avait cristallisé l'attention de toute l'école et concentré une présence autour de sa « geôle », Chris Burden se fait tirer dans le bras droit à la carabine par l'un de ses amis. Ces premiers actes sensationnels et pour le second, immédiatement légendaire, ne sont que pauvrement relatés. Une photo et un texte explicatif constituent les « restes » de Five Day Locker Piece et quelques images, une vidéo sonore de seulement huit secondes, restent aujourd'hui de Shoot (19 novembre 1971). Burden s'est toujours montré méfiant vis-à-vis de la fétichisation des objets de la performance et ne tient pas au statut de martyr. Cependant, la presse s'empare de son geste et extrapole un masochisme morbide. « Je pense que beaucoup de personnes n'ont pas compris mon geste, ont pensé que je faisais cela pour le sensationnalisme, pour attirer l'attention [...] Ici la violence n'était pas l'enjeu, cela se situait du côté mental. » Son exploration du corps et de ses limites portent essentiellement sur la durée et la peur. À cela s'ajoutent des préoccupations sociales et politiques, comme le Vietnam pour les deux premières performances.

Dans Sculpture in Three Parts (9-10 septembre 1974), Chris Burden s'est exposé dans la galerie Hansen-Fuller à San Francisco assis sur une chaise pendant 43 heures d'affilée jusqu'à tomber d'épuisement. D'autres extrêmes ont été franchis, laissant des témoignages photographiques emblématiques de l'art de la performance et du body art : Doorway to Heaven (15 novembre 1973) montre Chris Burden s'électrocutant le torse dans une terrible étincelle, tandis que Transfixed le révèle cloué à l'arrière d'une Coccinelle Volkswagen (23 avril 1974). La presse voit en lui une personnalité suicidaire et incontrôlable. Mais la mort n'a jamais intéressé Chris Burden, simplement le corps vivant est son matériau de prédilection. À l'inverse d'autres performeurs, sa pratique ne contraint pas le spectateur : « Je n'ai jamais pensé à ces œuvres comme à du théâtre. Ce sont comme des expériences scientifiques. Il n'y a pas de deuxième fois. »

L'artiste s'arrête brutalement à la fin des années 1970 et entame une pratique de la sculpture toute aussi déraisonnable, mais cette fois-ci à cause de l'échelle choisie. The Flying Steamroller (1991-1996) consiste en un rouleau compresseur de douze tonnes accroché par un mât. Lorsque son moteur démarre et accélère, l'énorme objet décolle et se maintient en lévitation gracieusement. Il est toujours question de contraintes et de mises en tension, de danger et de peur. Cette pièce s'inscrit dans une lignée de pièces comme Samson (1985), où un mécanisme actionne imperceptiblement, à chaque entrée, la poussée de deux énormes poutrelles sur les murs porteurs d'une salle d'exposition. La destruction du lieu est donc en jeu, possible, comme une critique sous-jacente du rôle fantoche des institutions artistiques et des statistiques mesurant le nombre de visiteurs. Mais Chris Burden, s'il ébranle les fondements de l'art, peut aussi livrer des pièces monumentales sans pour autant qu'elles soient agressives.

Entre 2000 et 2008, il s'est attelé à la réalisation d'Urban Light, à partir d'un ensemble de 202 lampadaires de Los Angeles datant des années 1920 et 1930. Restaurés, les éclairages publics concentrés sur le parvis du musée du comté de Los Angeles se donnent comme un anti-monument, une réflexion sans illusion sur le devenir urbain et sa mémoire. Le circuit Metropolis II (Los Angeles County Museum of Art, 2011) de cinquante-cinq mètres carrés avec ses dix-huit pistes, quarante gratte-ciel et [...]

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Écrit par :

  • : critique d'art, historienne de l'art spécialisée en art écologique américain

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BODY ART

  • Écrit par 
  • Anne TRONCHE
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Dans le chapitre « L'espace de l'intime, le corps comme langage »  : […] Dès la fin des années 1960, un certain nombre d'artistes conçoivent leur performance pour un public restreint, convoqué pour la circonstance dans un appartement ou une galerie. Le sentiment de se rendre à la réunion d'une société secrète a probablement exacerbé l'idée que le corps était devenu le révélateur de pratiques subversives. La Messe pour un corps (1969), célébrée par Michel Journiac, es […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bénédicte RAMADE, « BURDEN CHRIS (1946- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chris-burden/