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COLOSSAL, art et architecture

Ambitions colossales à l'époque moderne

Thermes de Caracalla - crédits : Altair4 Multimedia, Rome

Thermes de Caracalla

Les témoignages écrits sur ces statues, les énormes figures exhumées lors de fouilles comme celles qui furent découvertes sous le pontificat de Paul III (1534-1549) dans les thermes de Caracalla et qui entrèrent aussitôt dans les collections des Farnèse (Hercule, Flore, Le Taureau du musée de Naples) ont inspiré les sculpteurs maniéristes. À Florence, le David de Michel-Ange (1501-1504) fut la première de ces statues colossales modernes indépendantes réalisées en marbre : l'Hercule et Cacus de Bandinelli, le Neptune d'Ammanati le rejoindront bientôt sur la place de la Seigneurie. Benvenuto Cellini réalise en France le modèle d'une statue de Mars de 16 mètres de hauteur, allusion à la valeur guerrière de François Ier (vers 1542-1544) ; Jacopo Sansovino à Venise sculpte deux statues de Mars et de Neptune pour l'escalier des Géants du palais des Doges (1567). La plus révélatrice de ces statues colossales est celle qu'Ammanati réalisa en 1544 pour le juriste humaniste de Padoue, Marco Mantova Benavides, de 9 mètres de hauteur ; Hercule est ici un exemple de virtus, de courage et de justice ; sur les faces du socle sont sculptées les dépouilles des forces hostiles qu'il eut à affronter, et l'aigle de Jupiter qui y figure fait allusion à son apothéose. Giovanni Bologna, lui aussi, réalisa nombre d'œuvres colossales : la fontaine de Neptune sur la place San Petronio à Bologne (1563-1566), celle de l'Océan au palais Pitti de Florence (1575), l'Apennin de la villa médicéenne de Pratolino, montagne à forme humaine de 10 mètres de hauteur couverte de concrétions (1580) ; à travers ses œuvres, on assiste au passage de l'héroïsation de l'individu à la figuration allégorique de la nature.

Statue colossale de Neptune, J. Sansovino - crédits :  Bridgeman Images

Statue colossale de Neptune, J. Sansovino

Escalier des Géants du palais des Doges - crédits : Francesco Turio Bohm,  Bridgeman Images

Escalier des Géants du palais des Doges

<it>L'Apennin</it>, J. Bologne - crédits :  Bridgeman Images

L'Apennin, J. Bologne

Au siècle suivant, Versailles suscita des sculptures colossales comme celle des frères Marsy, Encelade enseveli sous les laves dans un bassin du parc, et des projets non réalisés comme celui de Pierre Puget d'un Apollon de 10 mètres de hauteur enjambant le Grand Canal. La lettre que Puget adressa à Louvois est un magnifique exemple de la disposition d'esprit des grands créateurs baroques, avides de commandes d'échelle exceptionnelle : « Je me suis nourri aux grands ouvrages, je nage quand j'y travaille, et le marbre tremble devant moi, pour grosse que soit la pièce. » À cette proclamation fait écho une lettre de Rubens : « Je confesse d'être par un instinct naturel plus propre à faire des ouvrages bien grandes que des petites curiosités ; chacun a sa grâce ; mon talent est tel que jamais entreprise encore qu'elle fût démesurée en quantité et en diversité de sujets n'a surmonté mon courage. » La virtus de l'artiste est au service de l'ubris, de la démesure baroque. Les décors pour les fêtes officielles ont pu être des occasions de réaliser des figures colossales, statues feintes en matériaux périssables ; on en trouve des mentions dans des relations d'entrées royales ou de spectacles éphémères comme le ballet d'Atlas, gigantesque automate imaginé par Ferdinando Tacca pour les noces de Côme III de Médicis à Florence en 1661. Si les effigies colossales durables ont en général pour fonction d'exalter un personnage et à travers lui une idée ou un régime politique, leur signification peut s'inverser et elles servent alors à la dérision populaire, comme ces pantins géants et monstres de carnavals en carton-pâte ou en chiffons, ou à l'exorcisme de peurs irraisonnées (ogres, immenses dragons chinois). De nos jours, le Land Art explore une dimension nouvelle du colossal en marquant d'une empreinte humaine non utilitaire de grands espaces naturels privilégiés : sommets, îles, plateaux désertiques comme le Lightning Field (1977) de Walter de Maria, champ magnétique[...]

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Écrit par

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure de Sèvres, maître de conférences en histoire de l'art des Temps modernes à l'université de Provence

Classification

Pour citer cet article

Martine VASSELIN. COLOSSAL, art et architecture [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Gizeh - crédits :  Bridgeman Images

Gizeh

Façade du temple d'Amon à Louxor, Égypte - crédits :  Bridgeman Images

Façade du temple d'Amon à Louxor, Égypte

Statues de l'ile de Pâques, 2 - crédits : Art Wolfe/ The Image Bank/ Getty Images

Statues de l'ile de Pâques, 2

Autres références

  • ABU SIMBEL

    • Écrit par Christiane M. ZIVIE-COCHE
    • 1 974 mots
    • 6 médias
    ...été rehaussée d'une soixantaine de mètres environ après le déplacement des temples. De part et d'autre de l'étroite porte d'entrée, quatre gigantesques colosses de Ramsès II assis, d'une vingtaine de mètres de hauteur et taillés dans le roc, gardent l'accès de l'édifice. En dépit de leur monumentalité,...
  • ACROPOLE D'ATHÈNES

    • Écrit par Bernard HOLTZMANN
    • 8 215 mots
    • 9 médias
    ...une partie du Vieux Temple restaurés. Au moins Cimon fit-il ériger, après sa victoire navale de l'Eurymédon, remportée en 467 sur les Perses, une statue colossale en bronze d'Athéna Promachos, haute de 16,40 m, la première œuvre importante de Phidias sur l'Acropole. Au même moment, il faisait élargir le...
  • AGORACRITOS DE PAROS (actif dernier tiers Ve s. av. J.-C.)

    • Écrit par Bernard HOLTZMANN
    • 1 212 mots

    Sculpteur grec, disciple de Phidias, Agoracritos de Paros est actif durant le dernier tiers du ~ ve siècle. Trois de ses œuvres sont connues par les sources antiques : un groupe en bronze d'Athéna Itonia et d'Hadès à Coronée, en Béotie (Pausanias, Description de la Grèce...

  • AJAṆṬĀ

    • Écrit par Rita RÉGNIER
    • 2 260 mots
    • 1 média
    Au fond des vihāra nouvelle formule, un Bouddha colossal occupe la chapelle qui y a été ménagée. Il fait le geste de la prédication et c'est probablement à Ajaṇṭā que, en Inde proprement dite, on représente ce geste pour l'une des toutes premières fois. On trouve deux types d'images : ou bien le Bouddha...
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Voir aussi