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COLOSSAL, art et architecture

Iconographie du colossal

Groupe d’Athéna, frise du Grand Autel de Pergame - crédits : Erich Lessing/ De Agostini/ Getty Images

Groupe d’Athéna, frise du Grand Autel de Pergame

Certains êtres se sont prêtés de façon naturelle à ce type de représentation : les géants comme le « Gilgamesh » assyrien, le Goliath ou le Samson de la Bible, saint Christophe le Passeur (dont les représentations sont plus fréquentes en peinture, notamment d'immenses fresques de l'époque romane), les grandes divinités liées aux forces et aux rythmes du cosmos (bouddha, comme le bouddha trônant de la grotte X d'Ellora en Inde), les héros civilisateurs comme Hercule ou, au contraire, les ennemis primitifs et sauvages de la civilisation (Cyclopes) ou de l'ordre olympien (Titans) ; le thème de la gigantomachie ou combat des Olympiens contre les Géants a donné naissance à des œuvres très puissantes et amples comme la frise sculptée du grand autel de Zeus à Pergame (180-160). La dévotion a prêté des proportions colossales à la Vierge ou à des saints implorés comme protecteurs. Ainsi le saint Charles Borromée de métal, haut de 23 mètres, se dressant depuis 1697 sur la colline dominant Arona en Lombardie.

Le Colisée, vue aérienne - crédits : De Agostini Picture Library/ Getty Images

Le Colisée, vue aérienne

Sous l'Empire romain, les empereurs semblent avoir voulu accumuler dans la ville les œuvres colossales, acheminées depuis leurs possessions d'Asie Mineure ou d'Égypte ou effectuées sur place. Le Colisée devrait son nom à la statue colossale de Néron érigée par Xénodore près de l'amphithéâtre et haute de 120 pieds selon les témoignages. Certaines de ces statues les plus impressionnantes sont citées par Pline dans son Histoire naturelle (livres XXXIII à XXXVI), puis dans les Mirabilia Urbis Romae (Merveilles de Rome), ces guides médiévaux à l'usage des pèlerins qui mettent l'accent sur ce que Rome offrait de prodigieux : vestiges antiques, constructions récentes comme les sept grandes basiliques, reliques miraculeuses. Les majestueux dieux Fleuves des palais du Capitole (notamment le Marforio) et du Belvédère au Vatican (le Nil, le Tibre), les Dioscures retenant leurs chevaux de la colline du Quirinal, les vestiges de deux statues gigantesques de Constantin (ive s.), l'une en marbre et l'autre en bronze conservées au musée du Capitole, ont toujours semblé incarner l'essence de Rome. Épargnées par les papes, données aux magistrats du peuple romain, mises en valeur par des scénographies urbaines, ces sculptures n'ont cessé d'être dessinées ou gravées au cours des siècles. Citons dès le début du xve siècle cette image emblématique de Rome peinte par Taddeo di Bartolo au palais public de Sienne, celle des frères Limbourg dans les Très Riches Heures du duc de Berry (vers 1416) ou celle de Mantegna dans la camera picta du palais ducal de Mantoue (vers 1470), où les statues colossales apparaissent mêlées aux grandes colonnes historiées de Trajan et de Marc Aurèle, au Panthéon, au Colisée, aux mausolées d'Auguste et d'Hadrien, aux arcs triomphaux, aux basiliques civiles et aux thermes, bref, à tout ce que Rome conservait de traces de sa grandeur passée ; pour le xvie siècle, les dessins de Heemskerck, les gravures de Nicolas Béatrizet ou d'Hendrick Goltzius et cette étonnante reconstitution fantastique et théâtralisée qu'en propose Antoine Caron dans son tableau des Massacres du triumvirat (musée du Louvre). Dans un dessin célèbre, Johann Heinrich Fussli a figuré deux siècles plus tard L'Artiste désespéré devant la grandeur des ruines antiques (vers 1778, Kunsthaus, Zurich), disposant son personnage devant le pied et la main de la statue colossale de Constantin en marbre du musée du Capitole.

Colisée - crédits : Education Images/ Universal Images Group/ Getty Images

Colisée

Constantin - crédits : Index/  Bridgeman Images

Constantin

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Écrit par

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure de Sèvres, maître de conférences en histoire de l'art des Temps modernes à l'université de Provence

Classification

Pour citer cet article

Martine VASSELIN. COLOSSAL, art et architecture [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Gizeh - crédits :  Bridgeman Images

Gizeh

Façade du temple d'Amon à Louxor, Égypte - crédits :  Bridgeman Images

Façade du temple d'Amon à Louxor, Égypte

Statues de l'ile de Pâques, 2 - crédits : Art Wolfe/ The Image Bank/ Getty Images

Statues de l'ile de Pâques, 2

Autres références

  • ABU SIMBEL

    • Écrit par Christiane M. ZIVIE-COCHE
    • 1 974 mots
    • 6 médias
    ...été rehaussée d'une soixantaine de mètres environ après le déplacement des temples. De part et d'autre de l'étroite porte d'entrée, quatre gigantesques colosses de Ramsès II assis, d'une vingtaine de mètres de hauteur et taillés dans le roc, gardent l'accès de l'édifice. En dépit de leur monumentalité,...
  • ACROPOLE D'ATHÈNES

    • Écrit par Bernard HOLTZMANN
    • 8 215 mots
    • 9 médias
    ...une partie du Vieux Temple restaurés. Au moins Cimon fit-il ériger, après sa victoire navale de l'Eurymédon, remportée en 467 sur les Perses, une statue colossale en bronze d'Athéna Promachos, haute de 16,40 m, la première œuvre importante de Phidias sur l'Acropole. Au même moment, il faisait élargir le...
  • AGORACRITOS DE PAROS (actif dernier tiers Ve s. av. J.-C.)

    • Écrit par Bernard HOLTZMANN
    • 1 212 mots

    Sculpteur grec, disciple de Phidias, Agoracritos de Paros est actif durant le dernier tiers du ~ ve siècle. Trois de ses œuvres sont connues par les sources antiques : un groupe en bronze d'Athéna Itonia et d'Hadès à Coronée, en Béotie (Pausanias, Description de la Grèce...

  • AJAṆṬĀ

    • Écrit par Rita RÉGNIER
    • 2 260 mots
    • 1 média
    Au fond des vihāra nouvelle formule, un Bouddha colossal occupe la chapelle qui y a été ménagée. Il fait le geste de la prédication et c'est probablement à Ajaṇṭā que, en Inde proprement dite, on représente ce geste pour l'une des toutes premières fois. On trouve deux types d'images : ou bien le Bouddha...
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Voir aussi