AUTOMATE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un automate (du grec ἀυτοματ́ον) est une machine imitant les mouvements, les fonctions ou les actes d'un corps animé.

Des origines jusqu'à nos jours, la création des figures animées, d'une complexité de plus en plus grande à mesure que se développent les sciences et les techniques, paraît avoir été – que le but en fût magique, religieux, scientifique ou récréatif – un des besoins élémentaires de l'humanité.

Dès l'origine, l'homme semble avoir cherché à reproduire l'apparence et le mouvement des êtres de son milieu vital. Animer le monde qui l'entoure pour s'en rendre maître va être une des premières recherches d'une humanité qui attribuait aux images et à la parole une force magique. Dans l'univers du primitif où tout a une âme et où l'outil ne peut s'animer et agir qu'avec la permission d'une puissance surnaturelle, l'action devient une participation à la vie cosmique par un jeu de symboles et de signes : le masque, animé ou non, sera pour le sorcier l'expression même d'une nouvelle personnalité qu'il endosse. « L'être humain, semblable parodiquement au dieu de la Genèse, n'a-t-il pas créé l'automate à son image... Pour se reconnaître en lui ! »

Dans toutes les pratiques cérémonielles et magiques : initiations, rites funéraires, danses totémiques, le masque articulé a sa place. On le retrouve aussi bien en Afrique (masque de danse Onéré au musée de l'Homme) qu'en Asie (tête de crocodile articulée, provenant de Ceylan, conservée au musée de Bâle). L'on connaît aussi un masque articulé de l'Anubis égyptien, au corps d'homme et à la tête de chacal : sa mâchoire, mue par des fils cachés, paraissait prononcer les ordres que dictaient les prêtres. L'automate était ici l'auxiliaire du merveilleux. Hérodote, Lucien, Diodore de Sicile font état de statues animées dont les oracles étaient prononcés selon les injonctions de la caste sacerdotale. D'Égypte également nous viennent des statuettes articulées, Boulanger pétrissant sa pâte au Louvre, Paysan au travail, à New York. Les âmes des morts, dans leurs pérégrinations, peuvent habiter ces figurines qui reproduisent les mouvements quotidiens. Ces premiers automates ne mettaient en action que des mécanismes élémentaires : leviers, poulies, treuils, vis, coins, tuyaux, en œuvre dans les machineries monumentales de l'époque. Il appartiendra aux Grecs et aux Alexandrins, héritiers des Milésiens et des thaumaturges d'Orient, de les compliquer de diverses inventions : ressorts, cames et dispositifs hydrauliques simples.

L'automate dans l'Antiquité grecque et byzantine

Aux temps archaïques dont parle Homère, quand le souvenir des « accointances magiques » n'était pas totalement effacé, la pensée technique venue d'Orient avait, semble-t-il, connu un certain essor. Homère parle d'instruments animés et d'ouvrages vivants ; mais c'est chez lui davantage une ironique révérence envers des mythes déjà édulcorés que l'expression véritable de la pensée technique contemporaine.

Cependant des constructeurs d'automates engageaient leur réputation dans la production des thaumata les plus propres à frapper d'étonnement.

L'intense vie technique que paraît avoir ainsi connue surtout la Grèce d'Asie jusqu'au viie siècle aurait pu laisser prévoir de riches développements, mais le blocage en Grèce continentale de la pensée technique par les valeurs et formes de la vie sociale bloqua du même coup l'art des thaumaturges au niveau de l'organon.

Seuls un esprit nouveau et une neuve maîtrise des forces motrices pouvaient en effet permettre aux mécaniciens de développer le comportement des automates et de doter ces mécaniques d'un peu d'autonomie.

Dès sa naissance, Alexandrie s'ouvre aux vents de l'esprit qui vont modifier l'image cosmique des Grecs. La culture égyptienne, qui s'était déjà assimilé l'héritage perse, se frotte alors intensément à la pensée grecque au moment précis où le positivisme ionien y fait retour et à une période où le souvenir d'Alexandre ne fait pas oublier les services et la science de ses ingénieurs ; le nouveau stoïcisme va donner des ailes à l'esprit et la force à l'action.

À partir de ce moment, on voit à Alexandrie comme en Grande Grèce des hommes, que l'on appelle μηχανοποιόι, constructeurs de machines, mais qui sont aussi médecins et mathématiciens, combiner autant par nécessité que par plaisir les mécanismes connus, en inventer d'autres, construire des instruments et des machines, créer des effets nouveaux, expérimenter avec le feu, l'eau, la terre et l'air, accroître la connaissance et préparer modestement une physique méthodique.

Un vent nouveau – Empédocle en Sicile et Épicure à Alexandrie en attendant Posidonius – souffle sur des terres où les mathématiques s'allièrent, très souvent par nécessité (Denys le Tyran), avec la science des machines. Il est significatif que la tradition ait vu en Archytas, général plusieurs fois victorieux (438-365 av. J.-C.), un homme qui inventa le moufle, construisit une colombe volante qui se mouvait « par l'air qui était enfermé et caché », mais encore un novateur qui le premier traita de mécanique « en se servant de principes géométriques » : un siècle après lui, Archimède (287-212 av. J.-C.) calcule π, mais invente aussi la came, le ressort et la fameuse vis qui porte son nom !

Constatation qui exige toutefois un correctif. Sans doute, ces effets et ces machines nouvelles eussent été impossibles sans de nouvelles combinaisons de mécanismes, mais il est bon de se rappeler qu'à toutes les périodes d'innovation les dates retenues renvoient à des attitudes neuves, plutôt qu'elles ne ponctualisent une invention technique au sens propre : la valve attribuée à Ktésibios (iiie siècle av. J.-C.) était certainement connue depuis plus d'un siècle, puisque Philistion de Locres, médecin de Denys le Tyran, exerçant en Sicile vers 365, connaissait les valvules sigmoïdes et illustrait leur fonctionnement « en étudiant l'action d'une colonne d'eau sur ces valvules ».

Si le piston, le siphon, la roue dentée, la came et le ressort n'ont peut-être pas été inventés dans le même milieu, il est assuré toutefois que, dans les trois derniers siècles de l'Antiquité, trois grands ingénieurs alexandrins – Ktésibios, Philon de Byzance, Héron d'Alexandrie – surent admirablement combiner, au moins « sur le papier », tous ces mécanismes et en tirer de merveilleux automates.

Ktésibios, barbier qui vivait à Alexandrie au iiie siècle avant notre ère, perfectionna pour la rendre exacte la clepsydre, ou horloge hydraulique, y adjoignant des oiseaux chanteurs pour lesquels l [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Médias de l’article

Horlogerie suisse

Horlogerie suisse
Crédits : Hulton Getty

photographie

États-Unis : la prospérité, 1920-1929

États-Unis : la prospérité, 1920-1929
Crédits : The Image Bank

vidéo

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  AUTOMATE  » est également traité dans :

AUTOMATIQUE

  • Écrit par 
  • Hisham ABOU-KANDIL, 
  • Henri BOURLÈS
  •  • 12 271 mots

Dans le chapitre « Systèmes à événements discrets »  : […] La manière adéquate de décrire un système est essentiellement affaire de point de vue. Considérons le T.G.V. Paris-Grenoble (exemple qui se veut plus pédagogique que réaliste). Pour l'agent chargé de surveiller le trafic ferroviaire, l'important est de savoir à un moment donné si ce train a ou n'a pas dépassé Lyon, s'il roule ou stationne dans une gare, s'il est engagé ou non sur la voie prévue, s […] Lire la suite

AUTOMATISATION

  • Écrit par 
  • Jean VAN DEN BROEK D'OBRENAN
  •  • 11 887 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Rôle des ordinateurs »  : […] Pour commander rationnellement les mouvements de cette chaîne mécanique articulée complexe, il faut en avoir une représentation sous forme d'équations, c'est-à-dire un modèle. Moyennant certaines hypothèses simplificatrices, ce modèle est un algorithme de relations vectorielles traduites en matrices (modèle géométrique), corrigé de conditions restrictives sur les efforts, vitesses et courses de d […] Lire la suite

AUTO-ORGANISATION

  • Écrit par 
  • Henri ATLAN
  •  • 6 239 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Auto-organisation au sens fort »  : […] Au contraire, une auto-organisation au sens fort implique que même la tâche à accomplir, le but à atteindre, c'est-à-dire ce qui définit la signification de la structure et du fonctionnement de la machine, soit une propriété émergente de l'évolution de la machine elle-même . C'est ce qui se produit dans des systèmes naturels non programmés, où l'on observe l'émergence de structures et de fonctions […] Lire la suite

COGNITIVES SCIENCES

  • Écrit par 
  • Daniel ANDLER
  •  • 19 242 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Le connexionnisme »  : […] Le connexionnisme se présente quant à lui comme un ensemble de méthodes de modélisation et de simulation de toute une variété de processus cognitifs ; et c'est en cherchant à dégager les traits communs à ces méthodes, et les avantages qu'elles présentent sur les méthodes classiques, que les connexionnistes ont commencé à élaborer une doctrine. À cet égard, leur parcours n'est pas sans rappeler c […] Lire la suite

DANSE

  • Écrit par 
  • Marie-Françoise CHRISTOUT, 
  • Serge JOUHET
  •  • 5 069 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « La danse théâtrale »  : […] Lorsque la danse se présente sous la forme du ballet et qu'elle devient un spectacle en Europe, la plastique prend une place considérable qui l'éloigne de ses origines magiques et religieuses. La définition qu'en donne Théophile Gautier ressortit à l'esthétique du spectateur : « La danse est l'art de montrer les formes élégantes et correctes dans diverses positions favorables au développement des […] Lire la suite

DESCARTES RENÉ

  • Écrit par 
  • Ferdinand ALQUIÉ
  •  • 12 478 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La biologie »  : […] En biologie comme en physique, Descartes s'élève d'abord contre l'idée qu'il pourrait y avoir dans la nature des domaines spécifiques et des forces cachées : là encore, tout se doit expliquer à partir de l'espace et du mouvement. Il en est des vivants comme de ces automates que Descartes nous dit avoir aperçus « aux jardins de nos rois », et qui ne peuvent surprendre que les ignorants. Que l'on s […] Lire la suite

HÉRON D'ALEXANDRIE (Ier s.?)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 848 mots

Géomètre grec et inventeur, actif au i er  siècle après J.-C. à Alexandrie (Égypte), Héron a transmis à la postérité les connaissances mathématiques et techniques de Babylone et du monde gréco-romain. Le travail de géométrie le plus important de Héron, les Metrica , n'a été découvert qu'en 1896. C'est un manuel, en trois volumes, de règles et de formules de géométrie que Héron a collectées auprès […] Lire la suite

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (IA)

  • Écrit par 
  • Jean-Gabriel GANASCIA
  •  • 5 076 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Applications de l’intelligence artificielle »  : […] Beaucoup de réalisations mettant à profit des techniques d’intelligence artificielle dépassent les facultés humaines. Ainsi, l’ordinateur Deep Blue a vaincu en 1997 le Russe Garry Kasparov , alors champion du monde en titre au jeu d’échecs. Depuis, d’autres machines l’ont emporté sur l’un des meilleurs joueurs de go au monde – le Sud-Coréen Lee Sedol (2016) – et sur d’excellents joueurs de poker ( […] Lire la suite

INFORMATIQUE - Principes

  • Écrit par 
  • Jacques HEBENSTREIT
  •  • 3 098 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Langage formel »  : […] Un langage formel est, par définition, un langage ne possédant qu'une syntaxe et pas de sémantique. Un tel langage est très différent des langages naturels puisqu'il ne comporte qu'une grammaire et que le sens des mots n'intervient pas. C'est cependant en partant, non pas de la linguistique, mais de l'activité linguistique des individus, et en cherchant à résoudre un double problème, à savoir ce […] Lire la suite

JARDINS - De l'Antiquité aux Lumières

  • Écrit par 
  • Pierre GRIMAL, 
  • Maurice LEVY
  •  • 8 140 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Jardins d'Orient »  : […] Dans la moitié orientale de l'Empire romain, l'art des jardins se trouvait au contact de ses lointaines origines, et il n'est pas étonnant que Byzance ait connu des jardins magnifiques, dans lesquels s'alliait le goût asiatique de la fécondité et des arbres fruitiers, ainsi que de l'eau vive, à une recherche décorative utilisant les marbres de couleur, la mosaïque et les parterres de fleurs. On a […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean-Claude BEAUNE, André DOYON, Lucien LIAIGRE, « AUTOMATE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/automate/