AGORACRITOS DE PAROS (actif dernier tiers Ve s. av. J.-C.)

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Sculpteur grec, disciple de Phidias, Agoracritos de Paros est actif durant le dernier tiers du ~ ve siècle. Trois de ses œuvres sont connues par les sources antiques : un groupe en bronze d'Athéna Itonia et d'Hadès à Coronée, en Béotie (Pausanias, Description de la Grèce, IX, xxxiv, 1) ; une statue de culte de Cybèle, Mère des dieux, pour le Métrôon de l'agora d'Athènes (Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXVI, 17), attribuée à Phidias par Arrien (Périple du Pont-Euxin, 9) et Pausanias (I, iii, 5) ; et surtout la statue colossale, en marbre de Paros, de Némésis à Rhamnonte, petite commune de l'Attique située en face de l'Eubée. Ici encore les sources antiques, assez nombreuses, divergent : certaines attribuent cette statue à Agoracritos (Pline l'Ancien, XXXVI, 17), d'autres à Phidias (Paus., I, xxxiii, 2).

Les fouilles exécutées à Rhamnonte en 1812-1813 par la société anglaise des Dilettanti avaient permis de retrouver nombre de fragments de la statue, dont un fragment de la tête (British Museum), et celles de l'archéologue grec B. Staïs, en 1890-1892, produisirent un nouveau lot de fragments, tant de la statue de culte que des reliefs de sa base décrits par Pausanias. Beaucoup furent égarés dans les réserves du Musée national d'Athènes, mais c'est cependant à partir de ces piètres vestiges que H. Schrader puis B. Schlörb se sont attachés à définir le style de cet artiste de premier plan, en essayant de retrouver dans certaines copies romaines l'écho de l'original déchiqueté.

Une quête minutieuse sur le terrain et dans les réserves du Musée national d'Athènes a permis à G. Despinis de retrouver assez de fragments de la statue originale, qu'il date de ~ 430, pour déterminer avec sûreté son type, connu par onze répliques dont la meilleure est celle de Copenhague, qui provient d'Italie (Glyptothèque Ny Carlsberg, Inv. 2086). La déesse est vêtue à la manière ionienne, d'une fine tunique longue dont les plis nombreux et nerveux s'opposent au drapé plus ample et profond du manteau, attaché sur l'épaule gauche, et qui enveloppe le bas du corps et le dos d'une étoffe plus épaisse. Suivant la description de Pausanias, elle tenait dans sa main gauche abaissée une branche de pommier et dans sa droite, avancée à l'horizontale, une phiale, coupe sans pied utilisée pour les libations. En 1977, G. Despinis a pu recueillir encore à Rhamnonte cent cinquante nouveaux fragments de la statue ; il estime ainsi avoir récupéré plus d'un quart de la statue fracassée par les chrétiens au début du ive siècle. Il a pu tirer un certain nombre de conclusions décisives sur le style et l'œuvre d'Agoracritos, donnant ainsi pour la première fois une vue d'ensemble cohérente de la carrière du sculpteur.

Né à Paros entre ~ 470 et ~ 460, Agoracritos a dû être formé dans les ateliers qui perpétuaient la vieille tradition créatrice de l'île avant de gagner Athènes, attiré par l'appel de main-d'œuvre provoqué par l'ouverture des chantiers du Parthénon en ~ 448-~ 447. Phidias, le maître d'œuvre, n'aurait pas tardé à remarquer le jeune sculpteur, dont la métope 17 du côté sud serait la première œuvre personnelle, encore tout empreinte du style ionien insulaire, marqué par la vivacité chatoyante et sensuelle des surfaces. C'est alors que commence la première grande période créatrice d'Agoracritos (~ 440-~ 430) : au contact de Phidias, il acquit l'intériorité qui allait lui permettre de représenter des figures divines. Sa manière se distingue non seulement sur les plaques I et II de la frise sud, et X de la frise ouest (cavaliers), mais surtout dans les hauts lieux de la frise et des frontons : plaque IV de la frise est (Hermès, Dionysos, Déméter et Arès), groupe de Dionè et d'Aphrodite du fronton est, figures N et Q du fronton ouest — toutes créations caractérisées par la liberté souveraine des attitudes, la carnation épanouie et surtout la sensibilité frémissante des drapés. Parallèlement, Agoracritos exécute différentes statues de culte, où son tempérament apparaît quelque peu bridé : Cybèle, d'une gravité éminemment phidiesque (meilleure copie au musée de Chéronée, en Béotie, Inv. 10) ; Hadès et Athéna pour Coronée (types dits du « Zeus de Dresde » et de l'« Athéna Farnèse-Hope »), Aphrodite-Némésis de Rhamnonte enfin. Cette œuvre marque un tournant dans la carrière du sculpteur : après l'accusation de [...]

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Écrit par :

  • : ancien membre de l'École française d'Athènes, professeur émérite d'archéologie grecque à l'université de Paris-X-Nanterre

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Bernard HOLTZMANN, « AGORACRITOS DE PAROS (actif dernier tiers Ve s. av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/agoracritos-de-paros/