CINÉMA (Réalisation d'un film)Mise en scène

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Le cinéma hollywoodien : l'illusion reine

Bien plus complexe est la stratégie développée par le cinéma hollywoodien pour attirer le public, le séduire et réduire autant que possible sa marge de manœuvre. Elle est essentiellement d'ordre économique. L'organisation du travail, lointainement inspirée du taylorisme, et sa répartition rigoureuse sous l'égide des grands studios ont pour but de canaliser l'imagination des réalisateurs vers une efficacité maximale, c'est-à-dire d'enfermer le spectateur dans un filet affectif et idéologique aux mailles si serrées que toutes ses réactions seront programmées. Celles qui relèveraient des situations individuelles, du sexe, de la condition sociale ou de l'histoire personnelle ne constituent que des éléments mineurs et négligeables. En fait, Hollywood systématise et codifie des règles qui s'étaient élaborées avec le cinéma classique muet et renforcées avec le parlant, comme les raccords d'espaces, de regards, de mouvements. Le film doit donner l'illusion d'une continuité absolue – celle du réel, du moins tel que croit le percevoir et le vivre le spectateur –, avec le souci constant d'éviter qu'il ne prenne conscience des moyens mis en œuvre pour le fasciner et ne mette en jeu dans le processus de la projection sa propre subjectivité. Le montage comme la mise en scène et les effets photographiques doivent demeurer imperceptibles à la conscience, mais agir sur l'inconscient.

On pourrait s'étonner, dans ces conditions, que la célèbre « politique des auteurs », étroitement liée à l'exaltation de la mise en scène, dans les années 1950, par l'équipe groupée autour d'André Bazin et des Cahiers du cinéma, ait pu s'appuyer en grande partie sur le cinéma américain et particulièrement sur des cinéastes travaillant avec des grands studios tels que Howard Hawks ou Alfred Hitchcock. Dans un cinéma qui vise au consensus et standardise au maximum ses méthodes de travail, le metteur en scène n'est qu'un maillon dans la chaîne de fabrication qui va du sujet initial au produit final projeté dans des circuits de salles. Pourtant, dès les années 1930, nombre de directors se battent pour affirmer leur prééminence et réclamer que leur nom figure au générique au-dessus du titre. The Name above the Title, est significativement le titre original de l'autobiographie de Frank Capra. Loin d'innover, ils renouent avec la grande tradition des premières décennies du cinéma hollywoodien. L'image de David Wark Griffith, le porte-voix à la main, dirigeant des milliers de soldats sudistes et nordistes, ou de Cecil B. De Mille menant le peuple juif aux côtés de Moïse est devenue emblématique du pouvoir absolu du metteur en scène sur son plateau. C'est que la mise en scène est le passage obligé qui permet, chez les plus grands, de minimiser, voire de neutraliser les autres étapes de la fabrication d'un film. Mettre en scène, c'est aussi opérer des choix essentiels qui donneront au film son sens et surtout son style : choix de la distance qui s'établit entre les personnages et le spectateur, du point de vue sur ces personnages et sur l'histoire qui se trouve transmise au spectateur. La vision du metteur en scène peut ainsi aller jusqu'à renverser les données d'un scénario solidement établi. Certains réalisateurs en font même le sujet de leurs films : les décors, projection de l'univers mental des personnages sont au cœur du propos d'un cinéaste tel que Vincente Minnelli, homme de studio (la M.G.M.), le pouvoir et la manipulation au centre de l'œuvre de Joseph L. Mankiewicz Beaucoup rusaient avec la production pour éviter que leur style de mise en scène, une fois imposé, ne soit détruit par les opérations ultérieures, par les ciseaux du monteur en particulier. John Ford choisissait de tourner des plans longs contenant une action complète : le monteur, même le plus ingénieux, ne pouvait que les monter l'un à la suite de l'autre pour respecter la continuité et la logique du récit. Au contraire, Alfred Hitchcock organisait ses prises de vues d'une façon tellement complexe que, tel un puzzle, les plans ne pouvaient être montés que d'une seule façon, celle qu'il avait conçue. Mais le combat s'est également d [...]

Cinéma : montage de la pellicule

Photographie : Cinéma : montage de la pellicule

Montage d'un film dans les années 1940. Jusqu'à une époque relativement récente, les opérations sont demeurées manuelles. 

Crédits : Walter Sanders/ The LIFE Picture Collection/ Getty Images

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John Ford

Photographie : John Ford

Le réalisateur américain John Ford (1894-1973), de son vrai nom Sean Aloysius O'Feeney. 

Crédits : Archive Photos/ Getty Images

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David O. Selznick

David O. Selznick
Crédits : Alfred Eisenstaedt/ The LIFE Picture Collection/ Getty Images

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Georges Méliès

Georges Méliès
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Cinéma : montage de la pellicule

Cinéma : montage de la pellicule
Crédits : Walter Sanders/ The LIFE Picture Collection/ Getty Images

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  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Pour citer l’article

Joël MAGNY, « CINÉMA (Réalisation d'un film) - Mise en scène », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cinema-realisation-d-un-film-mise-en-scene/