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CINÉMA (Réalisation d'un film) Mise en scène

Dans le vocabulaire courant, les termes « metteur en scène », « réalisateur » et « cinéaste » sont synonymes et interchangeables. Pourtant, si l'on s'en tient aux définitions, les deux notions sont bien différentes. Réaliser, pour le dictionnaire Robert, c'est « faire exister à titre de réalité concrète ce qui n'existait que dans l'esprit », et le « réalisateur » est « la personne qui dirige toutes les opérations de préparation et de réalisation d'un film », tandis que la « mise en scène » se limite à « l'organisation matérielle de la représentation d'une pièce, d'un opéra (choix des décors, places, mouvements et jeu des acteurs, etc.) », voire d'un film. Pour Larousse, le réalisateur est « la personne qui réalise ce qu'elle a conçu » tandis que le metteur en scène « dirige une représentation de théâtre, un film ». On peut ainsi en conclure que le réalisateur fait passer une idée à l'état d'objet concret, une « représentation » que le metteur en scène organise et dirige. La réalisation couvre tout le champ de la fabrication d'un film tandis que la mise en scène n'est qu'une phase de ce long processus.

David O. Selznick

David O. Selznick

Aux États-Unis s'est imposé le terme director. Il désigne avant tout la direction des acteurs qui constituait une part essentielle de l'art cinématographique primitif. Une fois le décor choisi (voire peint) ainsi que la place de la caméra (unique), l'activité effective du « cinéaste » consistait à faire s'y mouvoir les acteurs. Plus tard, la division du travail instaurée par les grands studios hollywoodiens limitera en effet nombre de directors à cette fonction et le producer aura toujours la possibilité de renvoyer un director qui ne se conforme pas à ses conceptions.

Les deux postulations de la mise en scène

Avec l'arrivée du parlant, le terme « mise en scène », jugé trop théâtral lorsqu'on cherchait à définir la spécificité du cinématographe, n'a plus de raison d'être banni, d'autant qu'il décrit assez justement la pratique du métier. La place de la caméra définit, par l'objectif choisi et le cadre, un espace donné, une « scène », à la fois empruntée à la réalité – avant l'existence de l'image numérique et virtuelle – et hors de cette réalité. Vue sous cet angle, la mise en scène peut être un acte décisif comme une fonction dérivée et accessoire. Le metteur en scène est-il le « visualisateur » dont rêvait Marcel L'Herbier dans les années 1920, ou le simple serviteur d'un « texte » préalable ? L'histoire concrète du cinéma comporte en fait les deux types de fonctions et d'hommes. C'est en France, dans les années 1950, que le terme mise en scène a connu une indéniable inflation et est devenu un enjeu théorique : il désigne alors le moment essentiel et décisif d'un film d'« auteur », dépassant et recouvrant toutes les autres phases de la réalisation.

Georges Méliès

Georges Méliès

Précurseur des Cahiers du cinéma, La Revue du cinéma (2e série), dirigée par Jean-George Auriol, ouvre son premier numéro, en octobre 1946, par un article de ce dernier intitulé significativement « Les Origines de la mise en scène ». Auriol fait remonter celle-ci à Giotto qui, « peintre né, de notre double point de vue moderne et cinématographique, est un précurseur parce que, s'il ne pouvait se déclarer cinéaste, il n'en était sans doute pas moins très conscient de son rôle de metteur en scène. Réalisant [à fresque] les scénarios tirés de l'Évangile et de la vie des saints par des prêtres adaptateurs, il les racontait en images éloquentes ; mais il ne les tirait pas tant de la nature telle qu'elle a été créée qu'il ne les composait en imitant le créateur. [...] Giotto s'efforçait de rendre visible l'invisible. Il opérait sans acteurs,[...]

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Écrit par

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

David O. Selznick

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Georges Méliès

Georges Méliès

Alfred Hitchcock

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Autres références

  • ACTEUR

    • Écrit par Dominique PAQUET
    • 6 815 mots
    • 2 médias
    Aux débuts du cinéma, l'acteur ne paraît pas un instant différent de l'acteur de théâtre. Car ce sont les mêmes qui, dans les premiers films de Méliès, interprètent les textes classiques. De même, dans le cinéma expressionniste, la technique de monstration et de dévoilement de l'expression appartient...
  • AFRICAINS CINÉMAS

    • Écrit par Jean-Louis COMOLLI
    • 1 131 mots

    L'histoire des cinémas africains se sépare difficilement de celle de la décolonisation. Il y eut d'abord des films de Blancs tournés en Afrique. Puis, à partir des années soixante, les nouveaux États africains ont été confrontés au problème de savoir quel rôle, quelle orientation, quels...

  • ALLEMAND CINÉMA

    • Écrit par Pierre GRAS, Daniel SAUVAGET
    • 10 274 mots
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    Le cinéaste Volker Schlöndorff a suggéré que l'histoire du cinéma allemand était faite d'une série de ruptures esthétiques mais aussi d'une grande continuité dans le domaine de l'industrie cinématographique. L'alternance entre les phases les plus inventives, comme celles des années 1918-1933, voire...

  • AMENGUAL BARTHÉLEMY (1919-2005)

    • Écrit par Suzanne LIANDRAT-GUIGUES
    • 758 mots

    L'œuvre d'écrivain de cinéma de Barthélemy Amengual est considérable, autant par sa quantité (une douzaine d'ouvrages et une multitude d'articles) que par l'acuité de son propos. Comparable aux meilleurs analystes français de sa génération (tels André Bazin ou Henri...

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