CHASSEURS-CUEILLEURS (archéologie)

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Différents modes de subsistance

Depuis 30 000 ans, les Homo sapiens sont donc les seuls humains. Leurs sociétés de chasseurs-cueilleurs sont évidemment les mieux connues, grâce au concours de l’archéologie et de l’ethnographie. Cependant, depuis 130 000 ans, ils vivaient dans la dernière période glaciaire, laquelle n’a pris fin qu’il y a 12 000 ans environ. Cela a donc exigé d’elles un certain nombre d’adaptations. Si le feu était maîtrisé depuis longtemps, les vêtements semblent être apparus il y a au moins 170 000 ans, puisque la génétique fait remonter à cette époque les premiers poux de corps, liés au port d’habits. Le fait est confirmé par la présence d’outils à travailler les peaux (d’après leurs traces d’utilisation) et à coudre, avec l’invention de l’aiguille à chas il y a environ 20 000 ans, et les traces de décharnement sur les os d’animaux à fourrure. On peut donc penser que, loin d’être vêtus des « peaux de bêtes » de l’imagerie traditionnelle, les sapiens de cette époque portaient des vêtements de cuir cousus et ajustés dans les régions froides, à l’instar de ceux des Amérindiens des Grandes Plaines ou des Inuits – à l’exception notable au moins des Fuégiens, presque nus dans la froide Terre de Feu –, l’ethnographie montrant des populations très peu vêtues dans les régions plus chaudes.

L’ethnographie indique aussi que les chasseurs-cueilleurs traditionnels vivaient en groupes ne dépassant pas quelques dizaines d’individus, ce que les anthropologues évolutionnistes nomment des « bandes », par rapport aux « tribus » des premiers agriculteurs. L’archéologie confirme ce petit nombre, que ce soit par la taille restreinte des campements faits en ossements de mammouths retrouvés en Ukraine et Russie méridionale et témoignant de la civilisation gravettienne il y a 25 000 ans, ou de ceux en matériaux périssables de l’époque magdalénienne, fouillés dans le Bassin parisien sur les sites de Pincevent, Étiolles ou Verberie et datant de 15 000 ans. Les grottes, en effet, n’ont été que des abris occasionnels, ou des sanctuaires quand elles portent des peintures ou des gravures. L’appellation d’« hommes des cavernes » n’a tenu qu’aux premières découvertes, ces lieux étant plus aisés à repérer que les campements traditionnels de plein air.

On distingue parfois les « chasseurs-cueilleurs », au sens strict, des « chasseurs-collecteurs ». Les premiers sont caractérisés par le fait que l’ensemble d’un groupe se déplace au gré des ressources saisonnières, ainsi les Magdaléniens du Bassin parisien et, à date récente, les Bushmen ou San du sud de l’Afrique ou encore certains Amérindiens d’Amazonie, pratiquant ainsi une « mobilité résidentielle ». Chez les seconds, au contraire, seule une partie du groupe quitte son implantation permanente pour des expéditions précises – la chasse aux cétacés ou aux caribous chez les Inuits, par exemple –, pratiquant dans ce cas une « mobilité logistique » ponctuelle. On tend aussi à distinguer les chasseurs-cueilleurs sans richesses, plutôt nomades, et les chasseurs-cueilleurs plutôt sédentaires et capables de stocker. L’exemple classique est celui des Amérindiens de la côte nord-ouest du Pacifique, comme les Tlingits ou les Haïdas, connus par leurs grands mâts-totems sculptés. Les ressources aquatiques (poissons, coquillages, mammifères marins) et sylvestres (glands, marrons), sans compter la chasse, leur permettaient de stocker (à condition que viandes et poissons puissent être traités et séchés). Ces sociétés, guerrières et hiérarchisées, possédaient même des esclaves. On peut les rapprocher, pour les périodes anciennes, des sociétés de la période Jōmon au Japon, dans les dix derniers millénaires avant notre ère, également sédentaires et inégalitaires, avec de grands villages et même de hautes tours de bois. D’autres sociétés sédentaires anciennes, toujours liées à des ressources aquatiques mais moins spectaculaires, sont aussi connues le long des grands fleuves de Sibérie, d’Ukraine, ou du Danube, ou encore en Scandinavie. Beaucoup d’entre elles fabriquaient des poteries, objets dont on attribue souvent à tort l’invention aux premières sociétés agricoles néolithiques.

Figurine dogū, fin de la période Jōmon (Japon)

Photographie : Figurine dogū, fin de la période Jōmon (Japon)

Les sculptures en argile de type dogū constituent un des plus importants vestiges de la période Jōmon, présente au Japon au cours des dix derniers millénaires avant notre ère. Ces figurines sont d'une très grande diversité de forme et se schématisent pour se revêtir d'un décor de... 

Crédits : Sepia Times/ Universal Images Group/ Getty Images

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Figurine dogū, fin de la période Jōmon (Japon)

Figurine dogū, fin de la période Jōmon (Japon)
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Tassili n’Ajjer (Sahara algérien)

Tassili n’Ajjer (Sahara algérien)
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Les San, un peuple nomade

Les San, un peuple nomade
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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et à l'Institut universitaire de France

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Jean-Paul DEMOULE, « CHASSEURS-CUEILLEURS (archéologie) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chasseurs-cueilleurs-archeologie/