CHASSEURS-CUEILLEURS (archéologie)

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Que l’on remonte aux premières formes humaines identifiées, il y a près de 7 millions d’années, ou seulement à l’apparition d’Homo sapiens, il y a quelque 300 000 ans, l’humanité a pour l’essentiel vécu de chasse, de pêche et de cueillette. Les premières sociétés agricoles ne datent en effet que de 11 000 ans environ, alors que prenait fin la dernière glaciation. Ce moment agricole, qui a changé radicalement la trajectoire des sociétés humaines, ne représente donc au mieux que 3 % de l’histoire d’Homo sapiens – de notre histoire.

Dans une vision évolutionniste, sinon « optimiste » de cette histoire, on a traditionnellement opposé dans la première moitié du xxe siècle les sociétés dites de « prédation » (food-gatherers) aux sociétés dites de « production » (food-producers), c’est-à-dire les nôtres. Mais, comparée aux activités de la préhistoire, notre production n’est finalement qu’une prédation à grande échelle. Aussi le préhistorien André Leroi-Gourhan pouvait-il écrire à propos d’Homo sapiens dans Le Geste et la parole (1964), en une formule qui paraissait alors une provocation, mais qui est presque devenue une banalité : « Son économie reste celle d’un mammifère hautement prédateur, même après le passage à l’agriculture et à l'élevage. À partir de ce point, l’organisme collectif devient prépondérant de manière de plus en plus impérative, et l’homme devient l’instrument d’une ascension techno-économique à laquelle il prête ses idées et ses bras. De la sorte, la société humaine devient la principale consommatrice d’hommes, sous toutes les formes, par la violence ou le travail. L’homme y gagne d’assurer progressivement une prise de possession du monde naturel qui doit, si l’on projette dans le futur les termes techno-économiques de l’actuel, se terminer par une victoire totale, la dernière poche de pétrole vidée pour cuire la dernière poignée d’herbe mangée avec le dernier rat. » 

Par ailleurs, d’une part, la transition entre les économies de chasse et de cueillette et les économies agricoles ne fut pas si soudaine que le considérait l’archéologue australien Vere Gordon Childe, qui définissait, dans les années 1930, la « révolution néolithique » ; d’autre part, la frontière entre ces deux types d’économie s’est révélée beaucoup plus poreuse et complexe qu’on ne le supposait. En effet, on connaît de nombreuses formes d’actions sur le milieu naturel, observées par l’ethnographie ou l’archéologie, qui ne constituent pas réellement de l’agriculture au sens strict.

Pour établir l’alimentation des sociétés anciennes, l’archéologie dispose de restes d’animaux consommés, plus rarement de plantes, mais aussi des analyses isotopiques d’ossements humains, qui précisent l’origine de la nourriture (faune ou végétaux, produits marins...). Enfin, le tartre dentaire peut contenir lui aussi des éléments d’information concernant le régime alimentaire, tandis que la forme des dents varie avec celui-ci.

Avant Homo sapiens

On ne peut actuellement dire grand-chose des plus anciennes formes humaines, qui vivaient il y a 5 à 7 millions d’années, comme Sahelanthropus tchadensis (ou « Toumaï »), Orrorin tugenensis (dit aussi Millenium ancestor) ou encore les Ardipithèques – d’autant qu’elles sont encore très mal connues et qu’il est certain que beaucoup d’autres restent à découvrir.

On en sait beaucoup plus sur les Australopithèques, dont les célèbres « Lucy » ou « Little Foot », qui vivaient entre 5 et 2,5 millions d’années et où l’on reconnaît une bonne demi-douzaine d’espèces distinctes, décompte et classification également appelés à évoluer. L’analyse de leurs ossements suggère un régime alimentaire à base de fruits et de végétaux divers. Ils ont pu consommer occasionnellement de la viande – comme le font certains de nos cousins primates, les chimpanzés notamment – de petits animaux, ou en pratiquant le charognage sur des cadavres d’animaux tués par d’autres. On ignore à ce stade leur organisation sociale et on ne peut, là encore, qu’observer celle des chimpanzés et bonobos, sans évidemment être en mesure de tirer des arguments directs. Ces espèces nomadisent au sein d’un territoire donné, aux limites duquel patrouillent régulièrement les mâles. Les membres du groupe dorment dans des nids sommaires aménagés dans les arbres. Ils pratiquent l’exogamie des femelles, lesquelles rejoignent d’autres bandes lorsqu’elles arrivent à l’âge adulte. Ils utilisent des outils, des cailloux pour casser les noix, ou encore des brindilles pour attraper les termites dans leur abri. Il n’est donc pas surprenant que l’on ait pu identifier en 2015 des outils humains, principalement en basalte, remontant à 3,3 millions d’années, sur le site de Lomekwi dans le nord du Kenya. Il s’agit de pierres volontairement éclatées afin d’obtenir des surfaces tranchantes. Si aucun reste humain n’a été retrouvé sur ce site, de toute façon contemporain des australopithèques, on a découvert à proximité les fragments d’une espèce encore mal connue, le Kenyanthropus platyops, peut-être une variété d’Australopithèque. Enfin, dans la grotte sud-africaine de Makapansgat, un Australopithèque a rapporté il y a 3 millions d’années un galet de couleur rouge, ramassé à plusieurs kilomètres de là, auquel trois cupules naturelles donnent la forme frappante d’un visage humain.

À partir de 2,5 millions d’années, les fossiles humains se multiplient, que l’on commence à regrouper dans le genre Homo, notamment parce qu’on leur associait naguère les plus anciens outils alors connus – d’où le nom d’Homo habilis (l’« homme habile ») donné au premier d’entre eux – avant qu’on identifie ceux de Lomekwi, et sans doute encore d’autres dans l'avenir. Le plus prolifique sera néanmoins Homo erectus (l’« homme redressé »), puisqu’il sera le premier à « sortir » d’Afrique il y a environ 2 millions d’années, pour se répandre dans l’ensemble de l’Eurasie, de l’Indonésie à l’Angleterre. On lui doit la domestication du feu et aussi les « bifaces », premiers outils inutilement symétriques, témoignant donc de préoccupations esthétiques. Sur le site de Trinil à Java, un erectus a soigneusement gravé il y a 500 000 ans des zigzags sur un coquillage. Les premiers gestes funéraires semblent pouvoir lui être également attribués puisque, sur le site d’Atapuerca [...]

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  • : professeur émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et à l'Institut universitaire de France

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Jean-Paul DEMOULE, « CHASSEURS-CUEILLEURS (archéologie) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chasseurs-cueilleurs-archeologie/