GAULLE CHARLES DE (1890-1970)

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Les années de formation

C'est dans le milieu le plus traditionaliste et même le plus conservateur que Charles André Marie Joseph, troisième des cinq enfants d'Henri et de Jeanne de Gaulle, est né à Lille le 22 novembre 1890.

Du côté paternel, la famille issue de la petite noblesse normande (d'épée) et bourguignonne (de robe) était parisienne depuis plus d'un siècle. Du côté maternel, les Maillot étaient d'assez importants industriels (dentelles et tabac) du Nord, alliés à des familles irlandaise et badoise. De part et d'autre, on vénère le trône, l'autel et la patrie. De part et d'autre aussi, on a beaucoup écrit et publié – surtout la grand-mère de Charles, Joséphine.

Henri de Gaulle, père du futur général, professeur d'école libre, enseignant de vaste culture et de grande distinction, dévot et patriote (mais qui a refusé de se laisser entraîner dans la campagne contre Dreyfus), joue un rôle capital dans la formation de son fils – qu'il confie aux jésuites – et probablement dans sa vocation militaire, déclarée dès la quatorzième année. Admis en octobre 1908 à Saint-Cyr d'où il sort avec le numéro 13, affecté au 33e R.I. d'Arras où il a pour chef le colonel Philippe Pétain. Charles de Gaulle est lieutenant quand éclate la guerre. Il affronte très vite l'épreuve du feu : le 15 août 1914, il est blessé sur la Meuse, à Dinant (Belgique).

De nouveau atteint dix mois plus tard en Champagne, promu capitaine, il est envoyé à Verdun en février 1916 : c'est là qu'il sera le plus grièvement blessé, devant le fort de Douaumont, le 2 mars. Fait prisonnier, il est dirigé tour à tour sur les camps de représailles de Szuchzyn, Ingoldstadt, Rosenberg et Wülzbourg, tentant cinq fois de s'évader et toujours repris, vouant à l'étude ses longs mois de captivité et prononçant de nombreuses conférences devant ses camarades.

Il émerge de la guerre humilié de cette longue inaction et impatient de se « racheter ». Il en trouve l'occasion en Pologne ; menacé par l'Armée rouge, le nouvel État fait appel à des instructeurs français. C'est au retour des quelque vingt mois qu'il passe à l'école militaire de Rambertow puis à l'état-major de Varsovie que le capitaine de Gaulle rencontre et épouse (le 7 avril 1921) Yvonne Vendroux, fille d'industriels de Calais. Il enseigne alors l'histoire à Saint-Cyr, y manifestant des dons éclatants de pédagogue.

Il sera moins heureux à l'École de guerre, où les idées qu'il affiche et ose soutenir face à un corps professoral verrouillé dans l'esprit de conservation lui valent des notes relativement médiocres. Il n'est pas admis dans le premier tiers des candidats où sont recrutés les futurs enseignants de l'école. Confiné dans un emploi médiocre à l'état-major de Mayence, il en est tiré par une décision de son ancien colonel d'Arras devenu le maréchal Pétain, chef alors prestigieux entre tous, qui l'appelle en 1925 à son cabinet comme officier rédacteur, chargé d'écrire une histoire du soldat français. L'avenir du capitaine de Gaulle, dans la mouvance du tout-puissant « patron » de l'armée française, paraît soudain assuré. D'autant que Pétain, affichant avec éclat sa protection, impose au commandant de l'École de guerre d'organiser en 1927 trois conférences de Charles de Gaulle sur la philosophie de la guerre. Mais un différend sépare le maréchal du capitaine à propos de la paternité du texte que de Gaulle a reçu mission d'écrire.

Le maréchal obtient encore un beau commandement pour son « protégé », celui du 19e bataillon de chasseurs à Trèves, mais le charme est rompu : de Gaulle, en disgrâce dans la « maison Pétain », ne peut obtenir la chaire d'enseignement qu'il brigue à l'École de guerre. Faute de quoi il doit partir pour le Liban où il devient de 1929 à 1931 chef des 2e et 3e bureaux de l'état-major – poste d'observation et d'étude où il acquiert une expérience de l'Orient qui ne lui sera pas, dans l'avenir, inutile.

Dès son retour à Paris, il est affecté au secrétariat général de la Défense nationale, où il va pendant près de six ans participer à tous les débats à propos de la refonte de l'armée française, aux côtés des plus grands chefs et des hommes politiques responsables : formation incomparable en vue du rôle politico-stratégi [...]

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Charles de Gaulle et son épouse à Londres, 1941

Charles de Gaulle et son épouse à Londres, 1941
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Maurice Gamelin, 1939

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1939 à 1945. La Seconde Guerre mondiale

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Défaite de la France en 1940

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Pour citer l’article

Jean LACOUTURE, « GAULLE CHARLES DE - (1890-1970) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-de-gaulle/