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Ducs de Bourgogne et princes de Habsbourg

Le cadre institutionnel

Il est de tradition de considérer l'arrivée au pouvoir des ducs de Bourgogne en Flandre (1385), puis dans les autres régions belges, ainsi que la période de leurs successeurs les Habsbourg, comme des apogées de l'histoire de la Belgique. Certes, au point de vue institutionnel, dynastique, la centralisation d'en haut, l'union personnelle de diverses régions sous les Bourguignons, le caractère monarchique du système ont contribué à l'idée d'un sentiment national. Mais, sur le plan économique et artistique, la période de 1385 à 1585 ne fait preuve d'aucune continuité. Le gothique tardif se maintint longtemps aux Pays-Bas, et la Renaissance se situa vers 1520. Dès 1450, le développement du capitalisme commercial s'accéléra, marquant profondément la société de ce temps avec le déclin de Bruges et l'essor d'Anvers. Cette transformation, sans l'intervention du pouvoir central, fut pour beaucoup dramatique, notamment dans les villes de Flandre. À la mort du comte de Flandre Louis de Male (1384), sa fille Marguerite et son gendre Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, lui succédèrent. Marguerite était une riche héritière : Flandre, Malines, Artois, Franche-Comté. Philippe le Hardi fut un diplomate habile qui tissa des liens matrimoniaux entre sa famille et les Wittelsbach qui gouvernaient le Hainaut, la Hollande et la Zélande et réussit à acquérir pour sa maison la succession brabançonne. Ce fut son petit-fils, Philippe le Bon, qui en récolta les bénéfices ; grand-duc d'Occident, il devint prince de Hainaut, Hollande et Zélande (1428), de Namur (1429), de Brabant (1430), de Luxembourg (1444). Les principautés de Liège, d'Utrecht et de Cambrai furent pourvues d'évêques qui lui étaient favorables. Tout ce remaniement n'impressionnait pas la masse de la population. Les riches bourgeois cherchèrent à imiter les fastes de la cour. Les ducs de Bourgogne instaurèrent aussi progressivement des institutions centrales dans les provinces, tout en conservant les institutions locales. L'administration centrale atteignit sous Charles le Téméraire une première apogée. Mais sa mort devant Nancy (1477) remit tout en question, et sa fille Marie de Bourgogne dut consentir de grands privilèges à toutes les provinces. Toutefois, la tendance à la centralisation fut reprise par l'époux de Marie de Bourgogne, Maximilien Ier de Habsbourg, par son fils Philippe le Beau et par Charles Quint, jusqu'à ce que celui-ci concrétisa en 1548 l'union des dix-sept provinces dans le cercle de Bourgogne, largement indépendant du Saint Empire. Charles Quint dota les provinces de conseils (Conseil d'État, Conseil privé et Conseil des finances), dans lesquels siégeaient, outre des juristes, la noblesse « nationale », qui se considérait comme représentant et défendant le peuple auprès du prince. Philippe le Bon avait instauré les états généraux (1464) pour ses « pays de par-deçà » ; cette institution débattait de politique générale et accordait les aides nécessaires pour les guerres. Sous Philippe le Bon, les finances de l'État furent en équilibre ; comme le disaient les adages : « Le prince doit vivre du sien », et « que notre gracieux seigneur entretienne son État sur son propre domaine ». Ce domaine du prince était soigneusement géré, aussi bien pour ce qui est de l'affermage des terres arables, des prairies et des bois que des taxes et autres impositions seigneuriales. Tout cela présentait de grands avantages : le souverain était moins tributaire des États régionaux. Les baillis des domaines, étant fonctionnaires ducaux, jouèrent le rôle de banquiers du souverain, épargnant à celui-ci d'avoir à verser des intérêts élevés aux Lombards.

Les conditions matérielles

La chute de Constantinople (1453), la découverte du Nouveau Monde (1492), de l'Afrique occidentale, de l'Inde, la formation d'un empire-monde des Habsbourg (Saint Empire, Pays-Bas, Espagne, Italie, Nouveau Monde) bouleversèrent le paysage de l'Europe occidentale. Le fait que les Pays-Bas méridionaux aient su profiter davantage des innovations financières et économiques et jouer un rôle prépondérant dans le nouveau commerce tint à des facteurs exogènes et endogènes. L'ensablement du Zwin interdit à Bruges l'accès à la mer. Les grandes villes flamandes de Bruges, Gand et Ypres furent durement touchées par la crise de la draperie traditionnelle. Elles se spécialisèrent dans les industries de luxe, mais le prolétariat subit les contraintes dues au corporatisme conservateur des métiers. La concurrence du drap anglais, le changement de la mode (adoption de sous-vêtements rendant inutile le port du drap trop chaud), les nouvelles draperies légères des petites villes et de la campagne mirent les grandes villes flamandes à l'écart du nouvel essor de l'économie européenne. À la fin du xve siècle et au xvie siècle, ces villes furent agitées de violents soulèvements contre le prince, qui n'étaient en réalité que les derniers sursauts d'une société usée, gâtée par des privilèges qui contrecarraient aussi bien le pouvoir central que le courant novateur du capitalisme commercial. Les métiers de Bruges allèrent jusqu'à garder prisonnier Maximilien Ier de Habsbourg (1488). Du coup, la cour se réfugia à Malines et Maximilien favorisa à dessein Anvers, politique qui fut suivie par ses successeurs.

Anvers était une ville de quelque 20 000 habitants à l'aube du xvie siècle. Le port fut desservi par un nouveau bras de l'Escaut, la Honte ou Escaut occidental, formé au xve siècle et qui permettait à des bâtiments de fort tirant d'eau d'arriver jusqu'à la rade. L'infrastructure locale avec les foires annuelles de Bergen op Zoom et d'Anvers, la densité d'une population instruite, la stabilité politique sous Philippe le Beau étaient des atouts. Les Tudor anglais avaient fait d'Anvers l'entrepôt de leur industrie drapière. Vers 1500, les Portugais firent d'Anvers le centre de leur commerce d'épices pour le nord-ouest de l'Europe. Sucre de canne, or et épices devinrent des produits essentiels. À Anvers, les Portugais trouvaient les Hollandais qui s'étaient rendus maîtres du commerce maritime en mer Baltique, sous le nez des hanséates de Lübeck. Puis il y avait le marché intérieur des Dix-Sept Provinces animé par les jeunes princes de Habsbourg et leurs conseillers nationaux. Il y avait aussi l'offre très large de bronzes, cuivres et dinanderie de Malines et de Dinant. C [...]

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Pour citer l’article

Guido PEETERS, « BELGIQUE - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/belgique-histoire/