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La Belgique unitaire

Une élite au pouvoir

Pendant les premières années de l'indépendance belge, la nécessité de protéger le jeune État contre les prétentions néerlandaises et de le consolider sur le plan intérieur permit le maintien de l'unionisme (collaboration des catholiques et des libéraux). Mais les oppositions en matière de philosophie politique ne tardèrent pas à réapparaître au premier plan. Le nouvel État était né d'un rêve de liberté ; chacun s'en réclamait, mais on ne tarda pas à s'aviser des divergences dans la manière de la concevoir. La condamnation du catholicisme libéral par l'encyclique Mirari vosdu pape Grégoire XVI était en fait dirigée contre les catholiques français, Lamennais, Lacordaire et Montalembert. La Constitution belge était pétrie de libéralisme. Beaucoup de catholiques avaient collaboré à sa rédaction et tout particulièrement le cardinal-archevêque de Malines, Mgr de Méan. Son successeur, le cardinal Sterckx, n'y adhérait pas moins. Néanmoins, l'encyclique papale provoqua une crise de conscience chez nombre de catholiques. De leur côté, certains libéraux rejetèrent l'unionisme, par crainte d'une influence excessive de l'Église catholique dans la vie du pays. En 1838, quand les évêques belges condamnèrent la franc-maçonnerie et interdirent aux catholiques d'y participer, les libéraux pensèrent que cette mesure était dirigée contre la liberté d'association. Léopold Ier, lui-même franc-maçon, jugea cette initiative des évêques belges extrêmement dangereuse. La franc-maçonnerie se fit plus radicale et anti-unioniste ; elle ne voyait plus d'intérêt à l'alliance catholique. Troisième apport, les orangistes vinrent renforcer les rangs des libéraux : il s'agissait de partisans de Guillaume Ier des Pays-Bas, qui continuèrent jusqu'en 1839 à agir contre l'État belge. La signature en 1839 du traité des Vingt-Quatre articles entre les grandes puissances d'une part et Guillaume Ier et la Belgique d'autre part priva les orangistes de toute raison d'être. D'importants cercles orangistes qui recrutaient dans les milieux industriels de Gand et d'Anvers rallièrent les rangs libéraux. Le maintien de l'unionisme après 1839 s'explique par l'influence personnelle du roi Léopold Ier. Il n'était pas favorable à un Parlement bipartite à l'anglaise. Les catholiques eux aussi, qui n'étaient pas encore organisés en parti, continuaient à adhérer à l'unionisme, considéré comme la meilleure garantie des intérêts propres de l'Église. La création en 1846 du Parti libéral constitua une étape capitale dans la vie politique belge. Les élections de 1847 donnèrent aux libéraux un pouvoir sans partage. En 1855, on fit une dernière tentative pour sauver l'unionisme, mais la chute du cabinet Pieter De Decker le raya définitivement de la scène politique. La loi sur l'enseignement primaire (1842) fut le dernier compromis unioniste, établissant d'une part l'autorité de l'État, mais imposant d'autre part le catéchisme de Malines et le contrôle de l'enseignement par le clergé. En revanche, aucune concession libérale ne figurait dans la loi sur l'enseignement secondaire (1850). La tension monta sous les gouvernements libéraux successifs (1857-1870), lesquels continuèrent à restreindre l'influence de l'Église au profit des interventions de l'État et de la qualité de l'enseignement, pour culminer dans la lutte scolaire déclenchée par les nouvelles lois sur l'enseignement primaire (1879) et sur l'enseignement secondaire (1881). Le clergé catholique protestait avec tant de violence contre le régime belge que le Premier ministre Walthère Frère-Orban rompit les relations diplomatiques avec le Vatican ; il pensait que l'agitation cléricale menaçait l'existence même du pays et de ses libertés constitutionnelles. Cette affaire profitait aux catholiques. Les électeurs censitaires membres de l'élite avaient approuvé que les doctrinaires libéraux comme Charles Rogier et Walthère Frère-Orban édifiassent une société libérale sur un terrain en friche ; mais on n'acceptait pas que les libéraux de gauche, comme Jules Bara et Pierre van Humbeeck, prétendissent chasser l'Église de positions qu'elle occupait depuis des siècles. Leur victoire aux élections de 1884 – ainsi que les dissensions entre libéraux doctrinaires et libéraux radicaux – donnèrent le pouvoir aux catholiques pour trente ans. En 1884, les catholiques se constituèrent à leur tour en parti, leque [...]

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  • : docteur en droit, licencié en sciences politiques et diplomatiques

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Pour citer l’article

Guido PEETERS, « BELGIQUE - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/belgique-histoire/