UDERZO ALBERT (1927-2020)

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Né de parents italiens le 25 avril 1927 à Fismes (Marne), Albert Uderzo débute très jeune dans la bande dessinée. Il n’a pas vingt ans quand il publie dans le magazine O.K. une fantaisie médiévale, Arys Buck et son épée magique (1946-1947) ; elle est suivie d’une autre série humoristique sur le Moyen Âge, Belloy, qui connaîtra une longue carrière, depuis O.K. en 1948 jusqu’à La Libre junior (supplément du quotidien La Libre Belgique) en 1966.

En 1949, Albert Uderzo devient reporter-dessinateur à France-Dimanche (il dessine des histoires en images sur l’actualité), puis réalise dans France-Soir quelques épisodes de la bande verticale Le crime ne paie pas. En 1951, il rencontre deux jeunes scénaristes qui joueront un rôle capital dans sa carrière, Jean-Michel Charlier et René Goscinny. Avec eux, il fonde en 1955 un syndicat qui s’efforce de défendre les droits – alors peu reconnus – des créateurs de bandes dessinées. En 1958, sur des scénarios de René Goscinny, il publie, dans le journal Tintin, Oumpah-Pah. Ces aventures comiques d’un Peau-Rouge du xviiie siècle confronté au mode de vie des Européens paraissent jusqu’en 1962 ; par leur drôlerie et leur critique amusée des ridicules de notre société, ces cinq histoires sont un des sommets de l’œuvre commune de René Goscinny et Albert Uderzo.

Le 29 octobre 1959 naît l’hebdomadaire Pilote, dont les principaux collaborateurs sont Jean-Michel Charlier, René Goscinny et Albert Uderzo. Dans le premier numéro, Albert Uderzo fait preuve de virtuosité graphique en lançant deux séries que tout oppose. Dans Astérix, dessiné dans un style comique, René Goscinny et Albert Uderzo mettent en scène un petit guerrier gaulois débrouillard, dopé par la potion magique du druide Panoramix, et son compagnon Obélix, livreur de menhirs. À travers leurs aventures burlesques, les auteurs se moquent avec humour des singularités des Français d’aujourd’hui et de leurs voisins. Tanguy et Laverdure (scénario de Jean-Michel Charlier), de facture réaliste, a pour héros deux aviateurs de l’armée française. La série rencontre un grand succès, donnant même naissance en 1967 à un feuilleton télévisé (« Les Chevaliers du ciel »). Cependant, dès 1966, Albert Uderzo en abandonne le dessin à Jijé, afin de se consacrer uniquement à Astérix, qui devient progressivement un phénomène de société : cette année-là, le huitième album, Astérix chez les Bretons, se vend à 600 000 exemplaires en deux semaines, et L’Express titre sur « Le Phénomène Astérix » – c’est la première fois en France qu’un grand hebdomadaire consacre une couverture à ce mode d’expression ; grâce à Astérix, lire des bandes dessinées n’est plus, pour un adulte, une activité inavouable.

René Goscinny et Albert Uderzo

Photographie : René Goscinny et Albert Uderzo

 La série des aventures d'Astérix créée par René Goscinny (à gauche) et Albert Uderzo (à droite) a connu un succès planétaire, avec des centaines de millions d'albums vendus, des histoires traduites en plus de cent langues, sans oublier les nombreuses adaptations cinématographiques. 

Crédits : STAFF/ AFP

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Après la mort de René Goscinny en 1977, Albert Uderzo, contre toute attente, choisit de continuer Astérix. De 1980 à 2005, il réalise seul huit albums. Bien que ses scénarios soient moins dynamiques que ceux de René Goscinny, la réussite commerciale ne fait que s’amplifier avec les années, Astérix devenant la vente la plus importante de la bande dessinée francophone, tant en France qu’à l’étranger. En 1996, l’album La Galère d’Obélix se vend – uniquement dans l’édition en français – à plus de 3 millions d’exemplaires durant les trois premiers mois qui suivent sa sortie.

En 2008, Albert Uderzo publie chez Stock Uderzo se raconte, où il se souvient avec émotion de sa jeunesse et de ses confrères disparus. Astérix semble alors définitivement abandonné, d’autant plus que commence pour le dessinateur une suite d’actions en justice qui l’opposent violemment à sa fille Sylvie Uderzo et à son gendre, en désaccord sur la gestion de l’œuvre. En 2014, une réconciliation met fin à cette période douloureuse, marquée par la vente, en 2008, par Albert Uderzo et Anne Goscinny, fille de René Goscinny, de leur propre maison d’édition, Albert-René, au groupe Hachette, et par la publication en 2013 d’un nouvel épisode d’Astérix : en 2011 Albert Uderzo (après beaucoup d’hésitations) et Anne Goscinny avaient décidé que la série devait se poursuivre, et l’avaient confiée au scénariste Jean-Yves Ferri et au dessinateur Didier Convard.

À sa mort, survenue le 24 mars 2020 à Neuilly-sur-Seine, Albert Uderzo aura connu une réussite professionnelle qui ne fut surpassée, dans son domaine, que par celle de Walt Disney, le modèle de sa jeunesse : la vente totale des trente-huit albums d’Astérix (dont quatre par Ferri et Convard) est alors estimée à environ 370 millions d’exemplaires, traduits en plus de 110 langues ou dialectes ; les bandes dessinées ont inspiré dix longs-métrages d’animation (le premier en 1967) et cinq films (le premier en 1999), interprétés par des acteurs comme – parmi beaucoup d’autres – Christian Clavier (Astérix), Gérard Depardieu (Obélix), Monica Bellucci (Cléopâtre), Alain Delon puis Fabrice Luchini (Jules César) ; le « Parc Astérix », créé en 1989 à Plailly (Oise), est devenu l’un des parcs de loisirs français les plus florissants.

Un tel succès, qui dépasse de loin le simple cadre des amateurs de bande dessinée, a suscité diverses interprétations. La plus répandue consiste à voir, dans la résistance du petit village gaulois à l’envahisseur romain, une représentation de la volonté gaullienne d’indépendance nationale, et, plus généralement, la lutte d’une communauté pour sauvegarder son mode de vie, menacé par la mondialisation. Astérix reste cependant une bande dessinée relativement peu analysée, et qui (c’est là son seul échec) n’a pas vraiment réussi, contrairement à l’œuvre d’auteurs comme Hergé ou Hugo Pratt, à être reconnue par la culture officielle et le monde intellectuel et artistique. Elle fait plutôt partie, au sens où l’entendait Roland Barthes, des « mythologies françaises ».

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Pour citer l’article

Dominique PETITFAUX, « UDERZO ALBERT - (1927-2020) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/albert-uderzo/