ANTHROPOMORPHISME

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Au sens usuel et étroit, le terme « anthropomorphisme » définit le procédé erroné et illégitime par lequel une pensée insuffisamment critique attribue à des objets situés hors du domaine humain – objets naturels ou objets divins – des prédicats empruntés à la détermination du domaine humain, à des fins explicatives ou simplement représentatives.

Concept essentiellement critique, sa fonction est de dénoncer une erreur d'un type particulier, sorte de vice inhérent à la nature humaine, propension de l'homme à se représenter sous forme humaine tout ce qui n'est pas lui, soit comme effet d'une simple projection, soit sous une forme conceptuellement élaborée et presque doctrinale.

Dans un sens large et moins usité, pris à la lettre de son étymologie, ce terme peut désigner l'acte de doter quelque chose de la forme humaine : créer de toutes pièces un objet ayant forme humaine au sens plastique du terme, ou revêtir un objet déjà existant de forme ou d'attributs humains.

Ce concept nous renvoie alors, dans un sens positif, à une activité créatrice et significative par elle-même. Son domaine d'application ne se restreint plus seulement à la critique de la connaissance. Il est permis de supposer que ce second sens rend compte du premier.

Si la dénonciation du fait de l'anthropomorphisme a existé de tout temps, le terme est d'origine récente. L'Encyclopédie l'ignore et utilise en ses lieu et usage deux termes, parents il est vrai, « anthropologie » et « anthropopathie ». L'anthropologie est « la manière de s'exprimer par laquelle les écrivains sacrés attribuent à Dieu des parties, des actions ou des affections qui ne conviennent qu'aux hommes, et cela pour s'accommoder et se proportionner à la faiblesse de notre intelligence... ». L'Encyclopédie se réfère à Malebranche : « Comme l'Écriture est faite pour les simples comme pour les savants, elle est pleine d'anthropologies. » Quant à l'anthropopathie, c'est « une figure, une expression, un discours dans lequel on attribue à Dieu quelque passion qui ne convient proprement qu'à l'homme ». Le premier de ces termes aura la fortune que l'on sait, revêtu d'une tout autre signification ; le second était destiné à disparaître.

Il y a encore lieu de signaler le même sens rhétorique dans le Dictionnaire de Trévoux : « L'anthropologie est nécessaire en parlant de Dieu pour faire comprendre au peuple bien des choses qu'il ne comprendrait pas sans cela. » Il est intéressant de voir Rousseau obligé de recourir, dans l'Émile, au terme « anthropomorphites », malgré l'éloignement de la référence historique : « Nous sommes pour la plupart de vrais anthropomorphites » (liv. IV).

La date d'apparition du mot « anthropomorphisme » se situe vraisemblablement aux alentours de la fin du xviiie siècle et du début du xixe siècle.

Production d'objets doués de la forme humaine

Entendons par là tout objet d'une création effective, d'une ποίησις. Les modalités, biologiques ou techniques, les intentions, esthétiques ou non esthétiques, en sont diverses, et la forme, d'ordre plastique ou graphique, se réfère selon un mode figuratif ou symbolique à la forme humaine comme à son modèle.

Cela devrait inclure d'abord tant la « reproduction » de l'homme par l'homme que le modelage culturel auquel il est universellement soumis ; ensuite, la création d'objets ayant valeur de « tenant lieu », de substituts efficaces, sur des modes religieux, magique, mnémonique ou mécanique ; enfin, tout ce qui propose à l'homme une image de lui-même et de son organisation, dont la visée peut être strictement objective, ou décorative, voire caricaturale.

On examinera ici, successivement :

– un processus culturel fondamental, le trajet apparemment circulaire selon lequel un individu appartenant à l'espèce humaine se trouve modelé et travaillé en référence à une image humaine canonique ;

– la production de tout ce qu'il faut bien considérer à titre de « quelque chose comme un être humain », qui fonctionne comme tel parce qu'il en possède la forme : soit un pseudo-vivant (mandragore), soit un être mécanique (robot), soit enfin un « tenant lieu » (figurine magique). Le critère essentiel qui distingue cette classe d'objets est l'absence de l'idée de représentation et, plus généralement, le fait que l'objet vaut [...]

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Écrit par :

  • : agrégée de l'Université, docteur en philosophie, maître de conférences à l'université de Rennes

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Pour citer l’article

Françoise ARMENGAUD, « ANTHROPOMORPHISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anthropomorphisme/