ÉGYPTE ANTIQUE (Civilisation)La religion

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Principales divinités de la cosmologie égyptienne

Principales divinités de la cosmologie égyptienne
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Amon

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Le cycle du soleil

Le cycle du soleil
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Le pharaon Thoutmosis III

Le pharaon Thoutmosis III
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Lorsque, en 384 de notre ère, l'édit de Théodose ordonna la fermeture des temples de la vallée du Nil, la religion égyptienne était vieille de plus de trois millénaires et demi. C'est donc l'une des plus longues expériences religieuses de l'humanité, pendant laquelle des hommes ont adoré les mêmes dieux, adhéré aux mêmes croyances funéraires, accompli les mêmes rites.

Son ancienneté même explique la complexité de la religion de l'Égypte. En effet, dès l'apparition des monuments écrits dans la vallée du Nil, aux environs de 3100 avant J.-C., nous voyons se préciser une à une ces divinités pour lesquelles les Ptolémées et même les empereurs romains construiront, ou reconstruiront, les temples égyptiens trois mille ans plus tard. Le trait le plus remarquable de la religion égyptienne est donc sa continuité. Quoi qu'on ait pu penser naguère, du Néolithique, vers 5500 avant J.-C., à l'unification de l'Égypte et à l'apparition des premiers pharaons dont les noms nous sont parvenus, il n'y a pas de cassure : les civilisations prédynastiques du Tasien, du Badarien et de Nagada sont les héritières directes des cultures néolithiques qui ont défriché la vallée du Nil. Par elles se sont perpétuées les croyances les plus primitives des premières sociétés, croyances qui, de génération en génération, se sont transmises jusqu'aux Égyptiens contemporains des Césars.

Il est évident qu'au cours d'une si longue période, les croyances religieuses ont évolué, d'autant que la religion jouait dans la civilisation égyptienne un rôle de tout premier plan. Même sans l'affirmation d'Hérodote (II, 37) que les Égyptiens « sont les plus scrupuleusement religieux de tous les hommes », la place qu'occupent les ruines de temples et de tombeaux dans le paysage nilotique suffirait à montrer que, parmi les peuples connus, l'Égyptien est celui qui a accordé le plus d'importance aux dieux et à l'au-delà. Si l'évolution de la religion égyptienne, entre le IVe millénaire avant J.-C. et le ive siècle de notre ère, est bien attestée, elle est cependant presque impossible à suivre pas à pas, car les Égyptiens n'ont guère légué de textes théologiques qui nous renseignent à son sujet. La littérature religieuse de l'Égypte, si riche en rituels et en hymnes, est indigente en textes de « réflexion » ; seuls quelques textes sapientiaux nous éclairent sur les croyances des Égyptiens. C'est que, comme tous les textes égyptiens pour lesquels la fragilité du papyrus a été fatale, très peu d'entre eux nous sont parvenus, et les rares stèles qui reflètent la pensée profonde de ceux qui les firent graver ne suffisent pas à combler cette lacune.

Un des traits caractéristiques de la religion égyptienne est son aspect « local » : il y a autant de dieux principaux que de provinces, ou nomes. Il y a donc quarante-deux dieux principaux, accompagnés de leur « parèdre », épouse ou époux, et d'un dieu enfant, soit cent vingt-six divinités au moins pour l'ensemble des provinces, auxquelles il faut ajouter les dieux et déesses adorés dans les sanctuaires autres que celui de la capitale du nome.

Certes, ce polythéisme de base est corrigé par le fait qu'un même dieu peut être adoré dans plusieurs nomes, mais dans chacun il se distingue par une appellation et parfois un aspect différents. Cette multiplicité des dieux remonte à la préhistoire, lorsque chaque nome avait sa divinité particulière qui apparaît sur les premiers monuments sous forme d'un animal, d'une plante ou d'un objet. Parmi ces représentations figurent des faucons où il est difficile de ne pas voir déjà le dieu Horus. Par la suite apparaissent taureau, vache, oryx, arbre, sceptre, etc., et ces enseignes divines sont portées en tête des troupes du nome lors des guerres ou dans les cérémonies.

Les luttes qui ont précédé l'unification de l'Égypte ont parfois modifié la répartition de ces divinités primitives : le dieu d'un nome vainqueur pouvait s'imposer comme la divinité principale du nome vaincu. Il y eut donc, aux débuts de la religion égyptienne, des influences que l'on peut qualifier de politiques et qui eurent un résultat durable sur le caractère divin du roi. Celui-ci restera toujours un dieu sur terre, un Horus vivant, dont on dira, lors de sa mort, qu'il « s'est envolé au ciel » ; il sera toujours désigné sous le titre de « Dieu-bon ».

Toutes les conceptions philosophiques et religieuses égyptiennes reposent sur Maât, en qui l'on voyait naguère un symbole de la Vérité et de la Justice, mais elle est beaucoup plus que cela. Représentée matériellement par une déesse à la tête surmontée d'une plume d'autruche, elle est l'offrande type que les rois font aux dieux. Elle est aussi, et surtout, le symbole de l'ordre universel voulu par le démiurge lors de la Création. Cet ordre est précaire, menacé en permanence par les forces du chaos. Ne pas obéir à Maât, ne pas suivre la tradition qu'elle représente, c'est mettre en danger l'équilibre du monde ; c'est aussi risquer de remettre en question la régularité des phénomènes qui assurent la vie de l'Égypte : lever et coucher du soleil, retour périodique de l'inondation. Pour que cette harmonie, indispensable à la vie, soit maintenue, il est nécessaire que les hommes, et Pharaon lui-même, respectent l'ordre conçu par les dieux et, entre autres, la piété envers les divinités, la justice sociale, la vérité morale.

Les dieux de l'Égypte

Un monothéisme de fond

Lorsque le christianisme se répandit dans la vallée du Nil, il fallut traduire dans la langue du peuple les textes révélés. Depuis le iiie siècle de notre ère environ, les Égyptiens avaient pris l'habitude d'écrire leur langue en caractères grecs, ce qu'on appelle le copte. On sait combien il est difficile de traduire en langage populaire des textes religieux qui utilisent des conceptions abstraites comme celle de Dieu unique. Pour le copte, il n'y eut aucune difficulté ; tout naturellement, les traducteurs coptes désignèrent Dieu par le mot Nute, de l'égyptien ancien Neter, qui apparaît dans les premiers textes hiéroglyphiques. Comment expliquer qu'une religion apparemment polythéiste ait eu aussi, dès son origine, une conception abstraite, que l'on peut qualifier de monothéiste, de la divinité ?

Principales divinités de la cosmologie égyptienne

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Principales divinités de l'Égypte antique, avec leurs fonctions et leurs attributs distinctifs. 

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Amon

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Le dieu égyptien Amon-Rê détient le pouvoir solaire.  

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C'est en effet par centaines qu'il faut compter les dieux de l'Égypte : divinités des nomes, dieux locaux et des grandes capitales ; dieux de formes diverses : homme, femme, chien, chatte, lionne, chacal, faucon, vautour, taureau, vache, bélier, scorpion, cobra, sycomore, lotus, flèches, etc. Remarquons toutefois que, malgré leur origine animale ou végétale, toutes ces divinités ont un aspect humain. L'anthropomorphisme apparut très tôt et les artistes égyptiens ont su adapter harmonieusement une tête animale à un corps masculin ou féminin. Lorsque la difficulté était trop grande, ils se contentaient de surmonter la tête de la divinité du symbole qui, à première vue, la distinguait : faisceau de flèches pour la déesse Neith, par exemple, ou fleur et bouton de lotus pour Nefertoum.

À cette « humanisation » générale des divinités correspond, en profondeur, une force divine indéterminée, impersonnelle, abstraite, celle justement que traduit le mot neter, et qui se retrouve chez toutes. Lorsqu'on analyse les caractères individuels d'un dieu, on s'aperçoit qu'ils appartiennent également aux autres dieux ; le nom et l'aspect de la divinité peuvent changer d'un sanctuaire à l'autre, ses caractères divins restent les mêmes. Il y a, en fait, unité de croyances ; polythéiste de forme, la religion des Égyptiens tend à un monothéisme de fond, d'où la difficulté à laquelle se heurte tout traducteur honnête lorsqu'il rencontre le mot neter : doit-il comprendre Dieu (avec une majuscule), une abstraction, ou bien interpréter « dieu local », le dieu personnel de l'auteur du texte ? Les deux traductions sont souvent possibles.

Les cosmogonies

D'autre part, les Égyptiens ont opéré eux-mêmes des regroupements de leurs dieux, d'une double façon : par famille, à l'intérieur d'un même nome ou d'un sanctuaire, ce sont les « triades » ; et en plus grands ensembles, ce sont les « ennéades ».

La triade est un groupe immuable : père, mère, fils, à l'image de la famille humaine. L'exemple le plus connu est la triade thébaine composée d'Amon, le dieu père, Mout la déesse mère et Khonsou le dieu enfant. Ce groupement de base est peut-être l'œuvre de théologiens et destiné à lier les cultes souvent disparates d'un nome ou d'une ville. À la basse époque, la naissance du dieu fils est commémorée sous forme de « mystère » dans un édifice spécial, construit à proximité du sanctuaire principal, le mammisi.

Si le groupement familial qu'est la triade ne paraît pas avoir porté de nom en égyptien ancien, il n'en va pas de même de l'ennéade, ou groupe de neuf divinités, dont le nom égyptien, pesedjet, est attesté dès la plus haute époque. Ce groupement, indiscutablement œuvre de théologiens, est destiné à rendre compte de la création et de l'organisation du monde, et il y a autant d'ennéades que de grands centres religieux. La plus ancienne est celle d'Héliopolis, centre du culte du Soleil sous ses divers aspects, Soleil-levant (Khepri), Soleil-de-midi (Rê), Soleil-couchant (Atoum). L'ennéade héliopolitaine comprend : Atoum, le démiurge, ses enfants Shou, l'Atmosphère, associé à Tefnout, l'Humidité, qui procréent Geb, la Terre, et Nout, le Ciel, de qui sortent deux nouveaux couples : Osiris-Isis et Seth-Nephtys.

Le cycle du soleil

Le cycle du soleil

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ART ÉGYPTIEN, Nouvel Empire, XXe dynastie, vers 1140 avant J.-C., Le cycle du soleil : le ciel nocturne et le ciel diurne - Détail du plafond du caveau de l'hypogée de Ramsès VI, peinture sur stuc. Vallée des Rois, Thèbes-Ouest. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Les théologiens d'Héliopolis supposent qu'à l'origine du monde existait le Chaos, masse liquide inerte, ou océan primitif, le Noun. Le Soleil, Atoum, sortit du Noun par sa propre volonté, se posa sur une colline, la Colline primitive, et se leva sur la pierre Benben, à Héliopolis, pierre qui servira de modèle aux futurs obélisques. En se masturbant, ou en crachant, Atoum tira de sa propre substance le couple divin, Shou et Tefnout, d'où sortirent les autres familles de l'ennéade.

Le chiffre neuf, dans la mentalité égyptienne, est le symbole de l'universalité : c'est ainsi qu'aux neuf dieux primordiaux correspondent les Neuf Arcs, groupant l'Égypte et les pays étrangers qui constituent l'univers humain.

À Héliopolis, l'ennéade ne suffit pas à grouper la totalité des divinités adorées dans le sanctuaire, aussi les théologiens créèrent-ils, à côté de la Grande Ennéade issue d'Atoum, une ennéade secondaire pour les divinités mineures. En revanche, dans d'autres cités, le clergé ne réussit pas à concevoir neuf dieux. À Hermopolis, les prêtres imaginèrent une « ogdoade », groupe de quatre couples symbolisant les éléments du Chaos initial : huit dieux, représentés par des grenouilles et des serpents, habitaient l'Océan primordial et créèrent un œuf qu'ils déposèrent sur un tertre, à Hermopolis ; de cet œuf sortit le Soleil qui, à son tour, créa le monde actuel.

Comme chaque dieu de capitale tend à l'universalité, tous les grands centres politiques de l'Égypte auront leur ennéade, ou un système cosmogonique élaboré par les théologiens du sanctuaire de la cité. À Memphis, le démiurge est le dieu Ptah qui, par la pensée et le verbe créateur, suscite huit autres divinités universelles.

Comme on le voit, toutes ces cosmogonies partagent la croyance en un chaos primordial liquide, d'où sort l'univers organisé par intervention du démiurge et selon des modalités propres à chaque système. On s'est demandé si cette conception de base, d'un Océan primitif d'où sortait la Terre, n'avait pas une origine toute matérielle dans la vision qu'eurent les habitants de la vallée du Nil de la terre émergeant peu à peu de l'étendue liquide due à l'inondation. Quoi qu'il en soit, ces cosmogonies sont des créations abstraites qui essaient de mettre un peu d'ordre dans le monde complexe des dieux locaux.

Les légendes

Parallèlement à ces créations théologiques existaient d'autres courants de pensée, de tendance syncrétique eux aussi, que l'on trouve condensés dans ce que l'on appelle les légendes ou les mythes. Ces légendes s'appuient sur les croyances populaires et permettent d'approcher de plus près la religion réelle de l'Égypte.

Les légendes ne sont connues que par des textes de basse époque, elles reflètent cependant des croyances très anciennes. On en a la preuve dans les allusions qu'elles font à des faits relatés dans des textes religieux des périodes antérieures. Elles sont très nombreuses, mais on peut les classer en trois cycles : les légendes du cycle solaire, celles du cycle horien, enfin celles du cycle osirien.

Le cycle solaire

Les légendes solaires se rattachent à la théologie héliopolitaine qui a donné naissance à la Grande Ennéade d'Héliopolis. Dans l'une d'entre elles, , le dieu soleil, devenu vieux, est en butte à un complot des hommes. Sur les conseils de son ennéade, Rê décide de diriger contre ceux-ci son « œil », qui prend la forme de la déesse Hathor sous l'aspect d'une lionne qui massacre les rebelles réfugiés dans le désert. Quand Rê juge que la tuerie a assez duré, il profite du sommeil de la lionne divine pour répandre auprès d'elle un liquide enivrant, couleur de sang. Après s'y être regardée, Hathor goûte du liquide, s'enivre, et oublie la poursuite. Toutefois, Rê, dégoûté de l'humanité, refuse de s'occuper désormais de sa conduite. Ses successeurs, Shou et Geb, vont à leur tour connaître des difficultés que la légende retrace.

L'œil divin qui se transforme tantôt en déesse lionne, tantôt en urœus, le cobra au souffle brûlant et dévastateur, provient lui-même d'un mythe encore plus ancien dans lequel le dieu du Ciel avait le Soleil et la Lune pour yeux. Ce dieu du Ciel, le faucon Horus, fut identifié à Rê par le clergé d'Héliopolis ; son œil solaire devint la propriété de Rê, Horus ne gardant pour sa part que l'œil lunaire.

Le cycle horien

Les légendes du cycle horien se mêlent étroitement à celles du cycle solaire comme à celles du cycle osirien. À l'origine, Horus, dieu du Ciel, sans doute le plus ancien dieu de l'Égypte, était distinct du Soleil, mais il fut accaparé d'une part par les théologiens d'Héliopolis qui le subordonnèrent à Atoum-Rê, et d'autre part par le cycle osirien qui le confondit avec un autre Horus, fils d'Osiris. Le mélange des trois cycles donne des résultats déconcertants. C'est ainsi que, dans la Légende de l'œil d'Horus, Horus cherche à reprendre à son ennemi Seth, assassin d'Osiris, non pas son œil à lui Horus, l'œil oudjat que Seth lui avait arraché, mais l'œil de son père Rê. De même, dans le Mythe d'Horus rapporté dans le temple d'Edfou, la lutte entre Horus et Seth est entreprise par Horus, non pour son propre bénéfice, mais pour celui de Rê.

Le cycle osirien

Les légendes du cycle osirien, tout en mêlant souvent aux protagonistes les divinités des deux cycles précédents, sont sans doute plus proches de l'histoire que du mythe. Le canevas en est simple : Osiris est un roi qui est assassiné par son frère Seth ; l'épouse d'Osiris, habile magicienne, obtient un fils posthume de son mari, Horus, que l'on appelle souvent Horus fils d'Isis, pour le distinguer de l'Horus céleste, ou Horus l'Ancien. Devenu adulte, le fils d'Isis entreprend la lutte contre son oncle Seth et, après de multiples péripéties, le vainc et reprend l'héritage de son père Osiris, c'est-à-dire la souveraineté de l'Égypte. À ce titre, Horus est l'ancêtre de tous les pharaons historiques, comme l'indique le nom sous lequel ils sont fréquemment désignés : Chéops, par exemple, s'appelle l'Horus « Ouser-ib » (l'Horus « Puissant de cœur ») et Sésostris II l'Horus « Seshemou-taouy » (l'Horus « Conducteur de l'Égypte »).

En tant que dieu, Osiris est attesté dès la plus haute époque où il était une des grandes divinités de l'Égypte, en même temps que le dieu local de Busiris, dans le Delta. Osiris est toujours représenté sous la forme humaine. On a vu dans le mythe une affabulation religieuse d'événements historiques qui se seraient produits antérieurement à l'unification de l'Égypte par le premier pharaon connu, vers 3200 avant J.-C.

L'Égypte aurait été divisée en deux royaumes, ou deux fédérations de provinces, l'un au sud gouverné par Seth, l'autre au nord par Osiris. Dans un premier épisode, les luttes entre royaumes se seraient terminées par une victoire de Seth que la légende représente comme le frère d'Osiris, dieu civilisateur, dont il jalousait les succès. Avec l'aide de partisans fidèles à son père, Horus fils d'Osiris aurait, dans une seconde phase, reconquis son propre royaume et, au cours de la lutte, envahi celui de Seth, dans le Sud, devenant ainsi le premier roi d'une Égypte unifiée. Seth est alors rejeté hors des frontières du pays et devient le dieu des déserts et des pays étrangers ; à l'époque historique, il sera assimilé au Baal asiatique.

Quoi qu'il en soit de cette explication rationnelle du mythe, la légende d'Osiris joue un grand rôle dans la religion de l'Égypte. Osiris et sa femme Isis devinrent les dieux les plus populaires, et l'on sait que le culte d'Isis s'étendra, dans l'Antiquité classique, très loin hors des frontières de l'Égypte. C'est à la popularité d'Isis dans l'Empire romain que l'on doit d'être bien renseigné sur le mythe osirien. Plutarque, en effet, à la fin du ier siècle de notre ère, lui consacra un traité complet, De Iside et Osiride, où il consigna tous les renseignements qu'il put réunir sur la légende d'Osiris. L'authenticité de son récit est confirmée par de nombreuses allusions de textes égyptiens anciens, tirés aussi bien des Textes des pyramides que de textes de contes plus récents.

Osiris est le fils de la déesse du Ciel, Nout, né malgré Rê qui avait condamné celle-ci à la stérilité, et grâce à Thot qui, pour tourner la malédiction, avait inventé les jours « épagomènes », les cinq jours « en plus » de l'année, non prévus par Rê dans sa condamnation ; cela permit à Nout de mettre au monde cinq enfants, un par jour : Osiris, l'aîné, Haroeris (Horus l'Ancien), Seth, Isis et Nephtys. Adulte, Osiris succède à son père Geb. Aidé de sa sœur et épouse, Isis, il enseigne aux hommes le respect des dieux, l'agriculture et l'ordre universel (Maât). Thot, de son côté, le dieu d'Hermopolis devenu sectateur d'Osiris, initie les humains aux arts et aux lettres. Seth, le frère cadet, jaloux d'Osiris, invite ce dernier à un banquet au cours duquel, aidé de ses partisans, il réussit, par ruse, à enfermer Osiris dans un coffre que les conjurés jettent au fleuve. Isis part aussitôt à la recherche de son mari. C'est la première « quête » d'Isis. Elle retrouve le cadavre sur la côte phénicienne où un sapin, en poussant autour du coffre, l'avait protégé.

Avec l'aide du roi de Byblos, Isis reprend le cadavre d'Osiris et le ramène en Égypte. Bien que Plutarque n'en parle pas, c'est certainement à ce moment qu'Isis, grâce à sa magie, réussit à ranimer un moment le corps de son mari. De cette union posthume naîtra Horus l'Enfant. Isis se réfugie avec son nouveau-né et le cercueil d'Osiris dans les marais du Delta, à Chemnis. Mais Seth trouve la cachette, s'empare du corps d'Osiris en l'absence d'Isis, et le dépèce en quatorze morceaux qu'il disperse. Isis reprend la recherche des membres de son époux – c'est la seconde « quête » d'Isis –, les retrouve un à un, à l'exception du phallus qui a été avalé par un poisson, l'oxyrhinque, et les ensevelit. Dès qu'Horus, le fils posthume d'Osiris et d'Isis, est en âge de combattre, il défie son oncle Seth et, après un long combat, réussit à le vaincre et à se faire reconnaître des autres dieux dans l'héritage de son père.

Hors des cosmogonies et des mythes

Cosmogonies et mythes mettent en scène les principaux dieux de l'Égypte et cherchent, souvent de façon arbitraire, à les grouper et à les unir par des liens familiaux. Toutefois, certaines divinités, même parmi les plus importantes, n'apparaissent pas ou ne jouent qu'un rôle secondaire dans ces récits.

Tel notamment Amon, dont le temple de Karnak est pourtant le plus grand sanctuaire de l'Égypte entière. Bien qu'il figure parmi les dieux de l'ogdoade d'Hermopolis, Amon n'apparaît que tardivement, vers 2000 avant J.-C., parmi les grands dieux de l'Égypte. Il doit sa place prépondérante dans la religion égyptienne aux succès politiques des souverains d'origine thébaine, les pharaons de la XIIe dynastie et ceux de la XVIIIe. Il est représenté sous une forme humaine, parfois à tête de bélier. Son clergé, qui au Nouvel Empire est le plus puissant de l'Égypte, l'assimile au dieu Rê, sous la forme syncrétique d'Amon-Rê, roi des dieux.

Le pharaon Thoutmosis III

Le pharaon Thoutmosis III

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ART ÉGYPTIEN, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, Le pharaon Thoutmosis III - Statue provenant du temple d'Amon à Karnak, greywacke (roche cristalline). Musée de Louxor. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Anubis, que le cycle osirien associe à Isis dans ses « quêtes », est un dieu très ancien, dieu chien qui a été, avant Osiris, le dieu funéraire par excellence. Lorsque Osiris devient le patron des morts et des nécropoles, Anubis est celui des embaumeurs. C'est d'ailleurs lui qui a momifié le cadavre d'Osiris. Il est aussi le gardien des tombes.

Aton, le disque solaire, est un très vieux mot hiéroglyphique. Il désigne celui qui devint dieu dès le règne d'Aménophis III, et dieu principal de l'Égypte sous Aménophis IV, qui prit le nom d'Akhenaton et fit construire pour lui une capitale en Moyenne-Égypte, le Tell el-Amarna actuel. Pendant une vingtaine d'années, ce qu'on appelle le « schisme atonien » supplanta le dieu Amon-Rê. Quoi qu'on en ait dit, la doctrine atonienne ne fut pas plus monothéiste que les spéculations antérieures des théologiens d'Héliopolis et d'Hermopolis ; les dieux autres qu'Amon continuèrent à être adorés. À la mort d'Akhenaton, peut-être même quelque peu auparavant, le culte d'Amon de Karnak fut restauré.

Le pharaon Aménophis IV-Akhenaton, Nefertiti et trois de leurs filles

Le pharaon Aménophis IV-Akhenaton, Nefertiti et trois de leurs filles

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ART ÉGYPTIEN, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, Le pharaon Aménophis IV-Akhenaton, Nefertiti et trois de leurs filles sous les rayons d'Aton - Relief provenant d'Amarna, calcaire peint. Musée égyptien, Le Caire. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Bastet, déesse chatte, apparaît tardivement. C'est la maîtresse de Bubastis et elle prendra une grande importance sous les pharaons de la XXIIe dynastie, originaires de cette ville. Dans les mythes, elle est parfois considérée comme une hypostase de l'œil du Soleil, fille de Rê, la redoutable lionne. Celle-ci, apaisée par Onouris, se serait transformée en Bastet.

Bastet, la déesse-chatte, art égyptien

Bastet, la déesse-chatte, art égyptien

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Statuette de la déesse-chatte Bastet. XXVIe dynastie. Période saïte. Vers 664-610 avant J.-C. Bronze et or. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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Bès, plutôt génie que dieu, est représenté sous l'apparence d'un nain difforme. Il protège les hommes contre le mal et veille sur les femmes en couches. Il est associé à la déesse Hathor, connue dès l'époque prédynastique. Celle-ci est adorée en de très nombreuses villes, où elle est représentée soit comme une déesse à tête de vache, soit comme une vache. Elle apparaît dans de nombreuses légendes où elle est souvent identifiée avec Isis. Hathor, déesse de la joie et de l'amour, est aussi la patronne de la Montagne des morts et joue un rôle cosmique. On voyait encore en elle la maîtresse des pays lointains, entre autres du Sinaï où elle eut un temple. Son sanctuaire principal est à Denderah, au nord de Thèbes.

Pots à onguents en forme de dieu Bès, dieu de la Fécondité

Pots à onguents en forme de dieu Bès, dieu de la Fécondité

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ART ÉGYPTIEN, Nouvel Empire, Pots à onguents en forme de dieu Bès, dieu de la Fécondité, faïence. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Kiosque du temple d'Hathor à Dendéra, Égypte

Kiosque du temple d'Hathor à Dendéra, Égypte

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Kiosque du temple d'Hathor à Dendéra, commencé sous Ptolémée II (308-246 avant J.-C.) et achevé à l'époque romaine. Égypte. 

Crédits : Bridgeman Images

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Dendéra

Dendéra

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Salle hypostyle à l'entrée d'un temple à Dendéra (Égypte). 

Crédits : James Strachan/ The Image Bank/ Getty Images

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Le nom d'Horus désigne plusieurs dieux. C'est à l'origine un dieu céleste, représenté sous la forme d'un faucon « aux plumes bigarrées » et dont les yeux sont le Soleil et la Lune. Il apparaît très tôt dans l'iconographie égyptienne. Seigneur d'Hiérakonpolis, il profite du rôle politique des rois de cette ville à l'aurore de l'histoire et devient le dieu dynastique. Inclus dans le cycle osirien, il est identifié avec le fils d'Osiris, « Horus l'Enfant », dont les Grecs firent Harpocrate, dieu très populaire à la basse époque, où il est représenté sous les traits d'un enfant le doigt à la bouche.

Khnoum, ou Chnoum, homme à tête de bélier, est lui aussi un dieu très ancien, adoré dans de nombreuses villes. Dieu potier, c'est lui qui a modelé toute la création, et qui modèle sur son tour l'enfant royal et son ka (principe d'énergie vitale). Il est, comme tous les grands dieux, associé à Rê sous la forme de Khnoum-Rê. Enfin, il est à Éléphantine le gardien des « sources » de l'inondation.

Min, le dieu de Coptos, est représenté sous une forme humaine ithyphallique ; son existence est attestée dès la plus haute époque. De couleur noire, symbole de renaissance, il est dieu de la procréation. Son animal sacré est un taureau blanc. Au Nouvel Empire, il est assimilé à Amon sous la forme Amon-Min. Il protège les routes du désert, de Coptos vers la mer Rouge. Sa fête, une des plus anciennes de l'Égypte, est associée à la royauté et ouvre le temps des moissons.

Le dieu Amon-Min, dieu de la Fertilité

Le dieu Amon-Min, dieu de la Fertilité

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ART ÉGYPTIEN, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, Le dieu Amon-Min, dieu de la Fertilité - Relief provenant du temple de Thoutmosis III à Deir el-Bahari, calcaire peint. Musée de Louxor. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Montou, dieu faucon, paraît avoir précédé Amon à Thèbes ; il était surtout adoré à Hermonthis. Patron des pharaons de la XIe dynastie, d'origine thébaine, son animal sacré était le taureau Bouchis. C'est essentiellement un dieu de la guerre.

Mout, déesse vautour, épouse d'Amon et divinité locale d'Isherou puis de Karnak, partagea la fortune de son époux divin et devint la déesse protectrice des reines.

Nekhbet, déesse vautour elle aussi, est beaucoup plus ancienne, semble-t-il. Maîtresse d'El Kab, elle a présidé aux destinées monarchiques dès l'époque pré-dynastique et, à ce titre, elle est, avec Ouadjyt, la déesse cobra du Delta, la déesse protectrice de Pharaon.

Nephtys, sœur d'Osiris et d'Isis, épouse de Seth, est associée au culte funéraire comme protectrice du mort.

Oupouaout, dieu chien, maître d'Assiout, a été associé au cycle solaire et au cycle osirien. C'est lui qui guide la barque d'Osiris lors des mystères d'Abydos.

Sekhmet, déesse lionne, a eu de nombreux sanctuaires dont le principal se trouvait à Memphis. Épouse de Ptah et mère de Nefertoum, associée au culte solaire en tant qu'hypostase de l'œil de Rê, c'est une déesse sanguinaire mais qui sait aussi guérir, c'est pourquoi ses prêtres sont médecins et vétérinaires.

Scène d'offrande avec un pharaon et la déesse Sekhmet

Scène d'offrande avec un pharaon et la déesse Sekhmet

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Bas-relief en calcaire représentant un pharaon faisant une offrande à Sekhmet, la déesse-lionne. Époque ptolémaïque. 305-30 avant J.-C. Collection particulière. 

Crédits : Bonhams, London, UK, Bridgeman Images *

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Sobek, dieu crocodile, maître du Fayoum, était adoré en de nombreuses villes. Il fut assimilé à Rê en tant que Sobek-Rê.

Sokaris, dieu local de la région memphite, comme Ptah avec qui il était associé, a été anciennement un dieu des morts, d'où son assimilation avec Osiris.

Le culte des animaux

En dehors des dieux anthropomorphes, la religion égyptienne se caractérise par le culte des animaux, qui a beaucoup frappé les Anciens. Diodore notait avec stupéfaction qu'au cours d'une famine, les Égyptiens préfèrent se dévorer entre eux plutôt que de manger les animaux sacrés.

Ce culte remonte à la plus haute antiquité : on a retrouvé des cimetières de chiens, de taureaux, de béliers et de gazelles, qui datent du Badarien, donc très antérieurs aux premières dynasties. Dans ce culte, il y a lieu de distinguer entre les animaux sacrés simplement parce que associés aux dieux locaux – les chiens par exemple à Cynopolis et Assiout, ou les chats à Bubastis – et les véritables animaux sacrés, réceptacles de l'âme d'un dieu, comme le taureau Apis représentant de Ptah sur terre. Les premiers étaient révérés dans un nome donné, et les auteurs classiques ont noté avec étonnement qu'un animal protégé et vénéré dans une province pouvait être mangé impunément dans la province voisine.

Le véritable animal sacré est un dieu vivant. Il n'y en a qu'un par temple, choisi par les prêtres suivant des caractéristiques immuables : taches du pelage, forme des cornes, etc. À sa mort, le clergé recherche dans quel autre animal de l'espèce le dieu s'est réincarné. C'est le cas des taureaux sacrés : Boukhis à Hermonthis, Mnévis à Héliopolis, Apis à Memphis, ou des vaches d'Atfieh (Aphroditopolis) et de Denderah. Morts, ces animaux sont enterrés avec le même cérémonial que les humains, on accomplit pour eux tous les rites funéraires, et ils deviennent des Osiris. Vivants, ils reçoivent le même culte que la statue du dieu principal du sanctuaire. C'est à propos d'un véritable animal divin qu'Hérodote a noté un crocodile qui avait été apprivoisé et portait des bijoux.

Apis, le dieu-taureau

Apis, le dieu-taureau

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Statue en calcaire du dieu-taureau Apis. XXXe dynastie. Vers 380-342 avant J.-C. Musée du Louvre, Paris. 

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Toute la faune vivant en Égypte a été considérée, ici ou là, comme animal sacré, et il serait plus facile d'énumérer les animaux qui n'ont pas été vénérés que ceux qui le furent. Le culte des animaux sacrés a connu un succès extraordinaire à la basse époque auprès du petit peuple.

Pour terminer l'étude des dieux égyptiens, il faut mentionner quelques hommes qui furent divinisés après leur mort. Le fait est rare, mais c'est le cas notamment d'Imhotep, favori du roi Djéser, de la IIIe dynastie, qui devint un dieu guérisseur, l'Imouthès des Grecs. Il est représenté sous la forme d'un homme jeune, assis, un papyrus déroulé sur les genoux. De même, Amenhotep, fils de Hapou, architecte d'Aménophis III, fut divinisé et un temple lui fut consacré.

Imhotep, patron des scribes

Imhotep, patron des scribes

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ART ÉGYPTIEN, Basse Époque, XXVIe dynastie, Imhotep, architecte du roi Djeser à Saqqarah - Divinisé, il est devenu le patron des scribes, bronze. Musée du Louvre, Paris. 

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Les sanctuaires et les cultes

Le temple

À toutes les époques, le temple a été l'élément le plus important des agglomérations égyptiennes. Alors que les demeures des vivants et le palais royal lui-même étaient construits en briques de limon, le sanctuaire divin était en pierre, sauf, bien entendu, à très haute époque, quand l'emploi de la pierre en architecture était encore inconnu. Contrairement aux sanctuaires de l'Antiquité classique et aux églises actuelles, le temple égyptien n'est pas un lieu de culte ouvert, c'est un monde clos, réservé au clergé, où le peuple n'a accès que dans des parties tout extérieures.

Le temple égyptien classique, dont l'entrée principale est toujours orientée vers le Nil, comporte un quai sur le fleuve, une allée, souvent bordée de sphinx, qui conduit au pylône, ou porte aménagée dans une haute et puissante enceinte de briques crues qui entoure l'ensemble du sanctuaire. La porte franchie, une cour, seule partie où les pèlerins avaient accès, précède une salle à colonnes, l'hypostyle, qui s'ouvre sur le sanctuaire. Celui-ci se compose d'une salle qui enclôt une pièce de petites dimensions contenant l'autel, où l'on déposait les offrandes, et le naos, ou tabernacle, souvent monolithe, qui renferme la statue de culte de la divinité. On pouvait ainsi tourner tout autour du sanctuaire proprement dit. Dans la salle qui le contenait s'alignaient des chapelles consacrées au culte des dieux secondaires ou servant à enfermer le trésor du dieu : statues, vases et objets rituels. Dans une salle voisine était entreposée la barque portative sur laquelle la statue du dieu était placée lors des processions, ou « sorties » solennelles.

L'enceinte contenait, outre le temple proprement dit, de nombreuses constructions annexes : logements des prêtres, magasins et ateliers ; la Maison de Vie où les scribes composaient ou recopiaient les textes religieux ; le Lac sacré où les prêtres se purifiaient et accomplissaient certains « mystères » ; le puits, souvent improprement appelé « nilomètre », qui fournissait l'eau indispensable au culte ; à la basse époque, un mammisi où se célébrait le mystère de la naissance du dieu fils. De tout temps, le toit du temple, qui comporte parfois, à la basse époque, une chapelle annexe, sert d'observatoire pour déterminer, de jour ou de nuit, les heures précises où les rites doivent être accomplis.

Les pylônes sont souvent décorés, à l'extérieur, de statues colossales de souverains et flanqués d'obélisques, symboles solaires. Des oriflammes flottent au vent sur de grands mâts encastrés dans la maçonnerie massive des pylônes qui symbolisent les montagnes de l'horizon entre lesquelles se lève le soleil. Parfois, à la basse époque, des sortes de retraits ménagés dans les murs de la salle hypostyle servent de « bibliothèque » pour les livres sacrés, ou de « laboratoire » pour préparer les onguents et les huiles parfumées nécessaires au culte. Des « cryptes » peuvent être aménagées dans l'épaisseur des murs ou sous les dallages des sols.

La vie matérielle du temple est assurée par le domaine du dieu : propriétés, champs, troupeaux, voire carrières et mines, auquel s'ajoutent les redevances et le trésor alimenté par le pharaon régnant. Des serviteurs et des paysans appartenant au domaine mettent en valeur terres et biens du temple. Le domaine d'Amon, par exemple, comportait des terres dans le nome thébain, dans les autres provinces, et jusqu'en Asie ; des mines d'or nubiennes lui appartenaient en propre ; il possédait sa flotte et sa police, et de nombreux scribes et administrateurs étaient chargés de gérer ce temporel qui, à partir de la XVIIIe dynastie, arrive à dépasser en ressources le trésor royal.

Le clergé

Le clergé comporte toute une hiérarchie, depuis le grand prêtre, ou Premier Prophète, jusqu'au simple prêtre purificateur, en passant par le prêtre lecteur, les deuxième et troisième « serviteurs du dieu », ou les « pères divins ». Ce clergé ne forme pas une caste à part, on peut cumuler une fonction civile avec un service religieux. Groupés en quatre classes, ou phylé, les prêtres officiaient à tour de rôle, chaque phylé restant en charge pendant un mois. Chaque prêtre n'assurait donc que trois mois de service par an.

L'obligation la plus stricte du prêtre est la pureté du corps. Il est astreint à des ablutions deux fois le jour et deux fois la nuit. Il doit être entièrement rasé, et circoncis. Pendant sa période de service, il doit s'abstenir de toute relation sexuelle et respecter les interdits alimentaires ou religieux de son nome. Hérodote précise qu'il ne doit porter que des vêtements de lin pur ; la laine et le cuir lui sont interdits. Il va de soi qu'indépendamment de la pureté corporelle exigée d'eux, les prêtres doivent posséder aussi les connaissances intellectuelles indispensables pour l'exercice de leur fonction.

Prêtre en prière

Prêtre en prière

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ART ÉGYPTIEN, troisième période intermédiaire, Prêtre en prière, bronze. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Comme c'est le cas habituel en Égypte, où le fils exerce le métier de son père, le clergé se recrutait de père en fils. Toutefois, on pouvait aussi acheter la prêtrise, et Pharaon avait le droit de placer qui il voulait dans le clergé de n'importe quel temple. Ce pouvoir du roi découle du fait que le culte divin est toujours accompli par le roi lui-même, le prêtre n'est que son représentant et agit en son nom.

En effet, l'harmonie du monde, Maât, repose en grande partie sur le pharaon, qui est chargé de maintenir l'ordre universel. De ce point de vue, le temple est un microcosme à l'image du monde : son sol est la terre, son plafond orné d'étoiles est le ciel, le dieu qui l'habite est le démiurge indispensable à la permanence de la création toujours menacée par les puissances destructives du chaos initial. Cela explique pourquoi le culte journalier est toujours le même, quelle que soit la divinité. Il s'agit de maintenir en bonne santé le dieu qui habite physiquement, matériellement, le sanctuaire, à la fois dans sa statue et sous sa forme animale.

Le culte

Le culte dont la statue du dieu est l'objet se déroule donc comme la vie quotidienne pour un homme. À l'aube, les prêtres ouvrent le temple, maison du dieu, et préparent la nourriture destinée à la divinité. Puis, le prêtre le plus élevé en grade ouvre le naos, ou tabernacle, dans lequel se trouve la statue de culte, souvent en or. Le rituel s'accompagne de chants ou de récitatifs. Les offrandes sont déposées sur un autel placé devant le naos, la statue est lavée, vêtue, parfumée. Les offrandes non utilisées par le dieu sont transférées sur les autels des divinités secondaires, parfois aussi devant les statues du roi ou de particuliers qui ont obtenu, par faveur royale, ou par un contrat avec le clergé, le privilège de placer une statue personnelle à l'intérieur du sanctuaire. À midi, la statue divine reçoit des libations, fumigations d'encens et aspersions. Le soir, au coucher du soleil, un service répète les cérémonies du matin. Ensuite, la statue du dieu est replacée au fond du naos qui est verrouillé et scellé jusqu'au lendemain.

Les jours de fête, la liturgie comporte un service solennel qui s'accompagne souvent de la « sortie » du dieu. La statue divine est alors déposée dans un naos portatif placé sur un modèle de barque, que les prêtres portent sur un brancard. Le cortège fait un circuit à l'intérieur de l'enceinte, hors du sanctuaire proprement dit, et la foule est alors admise et peut poser des questions au dieu, qui répond par le truchement des prêtres porteurs.

Le culte a pour but essentiel de protéger le dieu, de le maintenir en parfaite santé et, par là, de lui permettre d'accomplir sa mission sur terre, c'est-à-dire non seulement d'être bienveillant et secourable pour les hommes qui l'adorent, mais aussi de participer au maintien de Maât, l'ordre universel. Pour parvenir à ce résultat, il est indispensable que le rituel s'accomplisse au moment exact prévu par les textes. Aussi, des prêtres spécialisés, les « horologues », déterminent l'heure précise des cérémonies en observant le lever et le coucher des étoiles et des astres.

Les plus grands sanctuaires égyptiens sont ceux d'Abydos où règne Osiris, Héliopolis domaine du dieu Rê, Hermopolis pour Thot, Karnak pour Amon et Memphis pour le dieu Ptah. D'autres sanctuaires sont à peine moins importants, tels ceux de la déesse Hathor à Denderah, d'Horus à Edfou, de Nekhbet à El Kab, de Khnoum à Esneh et Éléphantine, de Sobek et Haroeris (Horus l'Ancien) à Kom Ombo, d'Isis à Philae, du Bélier à Mendès, de Neith à Saïs. Beaucoup de ces sanctuaires ont été agrandis ou entièrement reconstruits à l'époque ptolémaïque.

Temple d'Horus et de Sobek à Kôm-Ombo, Égypte

Temple d'Horus et de Sobek à Kôm-Ombo, Égypte

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Vue du double temple d'Horus, le dieu-faucon, et de Sobek, le dieu-crocodile, sur les rives du Nil. Époque gréco-romaine. Kôm-Ombo, Égypte. 

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La religion funéraire

Aussi loin que l'on remonte dans le passé, les Égyptiens ont toujours cru à une survie après la mort. Dès le Néolithique, les cadavres sont enterrés près des demeures des vivants, ils sont orientés et pourvus de provisions et de mobilier funéraire, comme s'ils continuaient à faire partie de la communauté humaine, ou du moins comme s'ils avaient les mêmes besoins que les vivants. Ces pratiques se perpétuent lorsque les tombes sont retirées du village pour être groupées en cimetière dans son voisinage.

À l'époque historique, les textes font mention de la plus ancienne religion funéraire qui paraît avoir été à la fois chthonienne et stellaire. Le corps continuait à vivre dans le sol, d'où la nécessité de l'approvisionnement et du mobilier, et un principe spirituel (ou plusieurs) libéré par la mort poursuivait une vie éternelle dans les étoiles fixes où il faisait partie de la suite du roi mort qui, lui, s'était uni au soleil.

La conception de la personnalité

La complexité de la religion funéraire résulte de la conception égyptienne de la personnalité humaine, et de ce que cette conception a évolué au cours des siècles sans que jamais les croyances nouvelles oblitèrent complètement les croyances anciennes.

La personnalité humaine, en Égypte, comprend, associés au corps, non pas un mais plusieurs principes spirituels. Dans une certaine mesure, ceux-ci sont libérés par la mort, tout en gardant des liens avec le cadavre qui continue à vivre dans le monde souterrain. Cette croyance à une pluralité d'âmes est tellement ancrée dans l'esprit des Égyptiens que, lors de la pénétration du christianisme, ils ne trouveront pas de mot dans leur langue pour traduire le concept de l'âme selon la nouvelle religion. Ils devront emprunter le mot grec Ψυχ́η pour le désigner, aucun des principes spirituels qu'ils connaissaient ne pouvant convenir.

Nous éprouvons d'ailleurs, en sens inverse, la même difficulté à cerner la signification réelle des diverses entités qui composent la personnalité égyptienne. Tout Égyptien possédait, en plus d'un corps matériel, djet :

– un akh, principe immortel qui, après la mort, est l'esprit, au sens de fantôme. Les Coptes y voient le « démon », sans doute dans le sens du grec δάιμων. L'akh est aussi la force divine. Il est représenté par un ibis. À l'origine, seul le roi et les dieux possédaient l'akh, c'est par évolution que les simples mortels en furent dotés ;

– un ba, principe spirituel lui aussi, qui reprend sa liberté après la mort. Il est symbolisé par un oiseau à tête humaine. C'est le plus indépendant des principes spirituels par rapport au support matériel qu'est le corps ;

– un ka, qui constitue le principe le plus difficile à définir : on l'a décrit comme l'« énergie vitale », ou la « force qui entretient la vie ». L'expression « passer à son ka », qui signifie mourir, semblerait indiquer que ce principe mène une existence indépendante durant la vie sur terre, bien que, suivant l'iconographie, il soit façonné en même temps que le corps (djet). C'est au ka du défunt que sont apportées les offrandes alimentaires, et les prêtres funéraires sont appelés les « serviteurs du ka ». Pour se perpétuer, le ka semble avoir besoin d'un support : cadavre devenu impérissable par la momification et, à son défaut, statue ou simple image gravée ou peinte ;

– en plus de l'akh, du ba et du ka, la personnalité comporte encore un shouyt, une ombre, que possèdent également les dieux.

Enfin, le nom de l'individu est vivant. Il suffit de le prononcer ou de l'évoquer, même après la mort, pour perpétuer l'existence de celui qui le porte.

L'organisation de la survie

Pour assurer la survie dans l'au-delà de tous les éléments qui constituent la personnalité humaine, les Égyptiens ont, au cours des siècles, multiplié rites, pratiques magiques et textes de protection, car cet au-delà est un monde dangereux où le mort risque à tout moment d'être annihilé par les redoutables puissances du mal.

Modèle de barque provenant du mobilier d'une tombe

Modèle de barque provenant du mobilier d'une tombe

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ART ÉGYPTIEN, Moyen Empire, XIIe dynastie, Modèle de barque provenant du mobilier d'une tombe, bois polychrome. Kunsthistorisches Museum, Vienne. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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La momification

La protection initiale à assurer est la conservation perpétuelle du corps, de sorte qu'il puisse continuer à vivre dans la tombe et que les principes immatériels de sa personnalité puissent trouver en lui un support permanent. Ce souci a donné naissance à la momification, dont les rites sont à la fois matériels, pour soustraire les chairs à la putréfaction, et magiques, pour faire appel aux puissances supérieures, notamment à Isis, Nephtys et Anubis, dont l'intervention permettra au mort pour qui les rites ont été accomplis de devenir l'« Osiris Untel », comme elle a permis à Osiris de ressusciter et de devenir le souverain de l'empire des Morts, l'« Occident ».

La momification était pratiquée dès 2700 avant J.-C., comme le montrent les objets, et parfois même des restes humains, retrouvés dans les tombes. Réservée d'abord au roi et à ses proches, elle s'étendit à toute la population et resta en honneur jusqu'au ve siècle de notre ère. C'est, fondamentalement, une dessiccation artificielle du corps. Celle-ci est obtenue par salage, dans une masse de natron sec. Ce produit, un carbonate hydraté de soude, se trouve en abondance en Égypte, au Ouadi Natroun et en bordure du désert libyque.

Pour être momifié, le cadavre était remis à des prêtres spécialisés qui enlevaient tous les éléments susceptibles de se corrompre : le cerveau est retiré du crâne par les narines au moyen de crochets et d'un dissolvant végétal ; les poumons, le cœur, les intestins, etc., sont enlevés par une incision dans l'abdomen faite avec un couteau de pierre. La cavité est rituellement nettoyée et purifiée, puis recousue. On recouvre ensuite le cadavre de natron solide dans lequel il séjourne pendant soixante-dix jours. Il est alors lavé ; les cavités – crâne, poitrine, abdomen – sont remplies de résine et de tissus imprégnés d'aromates, de façon à redonner au corps les formes de la vie. Les viscères, lavés au vin de palme, sont placés dans quatre vases, les canopes, au couvercle à l'origine en forme de tête humaine ; ces couvercles revêtent ensuite l'aspect de tête de singe, de chien et de faucon, un seul restant anthropomorphe : ce sont les quatre enfants d'Horus. Les canopes sont enfermés dans un coffre et placés près du cercueil.

Vases canopes

Vases canopes

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ART ÉGYPTIEN, Basse Époque, Vases canopes destinés à recevoir les viscères embaumés du défunt - Leurs couvercles sont à l'effigie des quatre fils d'Horus, calcaire. Staatliche Museen, Berlin. 

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Anubis, dieu des Morts, art égyptien

Anubis, dieu des Morts, art égyptien

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Anubis, dieu des Morts, représenté en chacal, est assis sur un coffre à vases canopes. Marbre. Musée égyptien, Le Caire. 

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Le corps, oint d'huile parfumée et frotté de myrrhe après le lavage, est enveloppé, membre par membre, dans des bandelettes de lin imprégnées de gomme. Les doigts, particulièrement fragiles, étaient souvent enfermés dans des doigtiers d'or ou d'argent.

Au cours de ces diverses opérations, la protection magique du corps est surtout assurée par la récitation de formules religieuses. De plus, on enferme dans le réseau des bandelettes, en des points bien définis par le « Rituel de l'embaumement », des amulettes de faïence ou de métal précieux, destinées à constituer, avec les bijoux, une véritable armure de protection magique. Pour finir, le corps est enveloppé dans un ou plusieurs linceuls bien ficelés, puis on pose un masque sur le visage, à l'image du mort. La momie est placée dans un sarcophage : de forme rectangulaire à l'origine, il devint anthropomorphe vers 1700 avant J.-C.

Sarcophage momiforme, Akhmim, Égypte

Sarcophage momiforme, Akhmim, Égypte

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Sarcophage en bois peint provenant d'Akhmim, Haute-Égypte. Époque ptolémaïque. Vers 250 avant J.-C. British Museum, Londres. 

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L'adieu au mort

Le cadavre ainsi préparé va encore être l'objet de toute une suite de rites avant d'être déposé dans la tombe. Remis à la famille par les embaumeurs, il est pleuré rituellement dans la maison par les pleureuses, en majorité professionnelles ; un cortège se forme ensuite, qui emporte sarcophage et mobilier funéraire jusqu'au tombeau. Souvent il faut traverser le fleuve ou des canaux pour arriver jusqu'au cimetière, le transport se fait alors en barque. Arrivé en bordure du désert, le cercueil est placé sur un traîneau que tirent des vaches.

Pendant tout le trajet, deux femmes personnifient Isis et Nephtys qui veillent sur le corps ; les prêtres funéraires encensent le cercueil et récitent les formules liturgiques. À l'entrée de la tombe, un prêtre, ou souvent le fils aîné du défunt, procède au rite essentiel de l'ouverture de la bouche, rite qui est censé rendre au mort l'usage de ses différents organes : parole, ouïe, vue, mouvement, etc. Au cours de la cérémonie, un bœuf est immolé, puis la femme du défunt prononce l'adieu au mort. Le cercueil est descendu dans le caveau avec tout le mobilier funéraire. Désormais, le mort va vivre à jamais dans la tombe, mais son premier devoir est de réunir, dans la chapelle qui précède ou surmonte le caveau où il repose, les assistants qui ont participé à la cérémonie : il leur offre un banquet qu'il préside en effigie.

Mobilier funéraire, art égyptien, Moyen Empire

Mobilier funéraire, art égyptien, Moyen Empire

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Serviteurs occupés l'un à moudre des grains l'autre à cuire du pain. Mobilier funéraire. Moyen Empire. Calcaire peint. British Museum, Londres. 

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La maison d'éternité

La forme de la tombe a évolué au cours des âges. Simple trou circulaire à l'époque la plus ancienne, elle est devenue ovale, puis rectangulaire, quand la forme des habitations des vivants est passée de la hutte ronde primitive à la maison de briques des premières dynasties. C'est que la tombe est la « maison d'éternité », demeure du mort. Elle comporte une partie scellée pour toujours, le puits funéraire où est déposé le cercueil avec son mobilier, et une partie ouverte, la chapelle, où le public peut accéder et où les prêtres funéraires viennent rendre le culte, essentiellement déposer les offrandes alimentaires pour lesquelles une table d'offrandes est prévue devant l'effigie du mort, statue ou stèle.

Ouchebtis

Ouchebtis

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ART ÉGYPTIEN, du Nouvel Empire à la période gréco-romaine, Ouchbetis, calcaire peint, fritte glaçurée, albâtre, basalte, bois polychrome, faïence. Staatliche Museen, Berlin. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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La fourniture des offrandes au mort est impérative, car ce n'est que grâce aux aliments qu'on lui apporte qu'il peut continuer à vivre dans le monde souterrain. C'est pourquoi, de leur vivant, les Égyptiens s'assurent matériellement de cette fourniture en établissant soit avec leurs enfants, soit avec le clergé d'un temple, des contrats qui affectent une partie de leur propriété à l'entretien du culte funéraire. À la haute époque, les offrandes étaient assurées par « virement » : une part des offrandes destinées à la tombe royale étant « virées », par faveur du pharaon, de la chapelle de la pyramide aux tables d'offrandes des privilégiés. Cela explique pourquoi, dans l'Ancien Empire, les tombes privées, ou mastaba, étaient toutes groupées autour de la pyramide royale : à jours fixes, les prêtres du culte funéraire du pharaon parcouraient les tombes privées pour répartir les offrandes alimentaires.

Scène de repas funéraire

Scène de repas funéraire

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ART ÉGYPTIEN, Moyen Empire, XIIe dynastie, Scène de repas funéraire : un fils offre à ses parents défunts de quoi survivre dans l'au-delà, calcaire peint. Kunsthistorisches Museum, Vienne. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Par surcroît de précaution, on représentait, sur le mur de la chapelle, le mort assis devant une table d'offrandes surchargée de provisions. Magiquement, ces provisions pouvaient, si un passant ou le mort lui-même prononçaient les formules rituelles, se changer en nourritures réelles. C'est là l'origine des scènes figurées sur les parois des tombes, scènes qui prirent de plus en plus d'ampleur au cours des siècles : toutes les étapes de la préparation de la nourriture, depuis le labourage des champs jusqu'à la moisson et la fabrication du pain ou de la bière, sont représentées. Ainsi, le mort était assuré de ne jamais manquer de nourriture puisque ces scènes pouvaient toujours devenir réelles par puissance magique.

Homme préparant des grains

Homme préparant des grains

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ART ÉGYPTIEN, fin IVe-Ve dynastie, 2550-2460, Homme préparant des grains, calcaire peint. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Contre la mort sans recours

La momification, l'aménagement de la tombe et la fourniture de mobilier et de nourriture pour maintenir la vie dans l'outre-tombe ne sont qu'un des aspects du culte funéraire. Il faut aussi mettre à la disposition du mort les moyens de se défendre des dangers qui le guettent dans l'au-delà et risquent de le faire mourir une seconde fois, mort qui serait alors sans recours. Cette protection est assurée par l'ensemble des Textes funéraires. Composés d'abord à l'usage exclusif du roi, ils furent progressivement adoptés par le vulgaire, suivant un processus que l'on appelle souvent la démocratisation des rites funéraires. Ils doivent à leur origine royale de mêler, souvent de façon inextricable, deux concepts différents de l'au-delà, l'un chthonien, lié à Osiris, l'autre céleste et lié à Rê.

Osiris ressuscité est devenu le souverain des morts, le « chef des Occidentaux ». Son royaume souterrain est à l'image de l'Égypte : il comprend des champs qu'il faut irriguer, cultiver, moissonner ; les morts sont chargés de ces travaux. Pharaon mort n'était pas exempt de ces besognes, aussi les textes funéraires royaux préfèrent-ils se référer à une autre conception de l'au-delà, qui admet que les âmes rejoignent la barque du Soleil dans sa course céleste : le roi, fils de Rê, rejoint son père. Les rituels lui fournissent de multiples moyens pour ce faire, les pyramides notamment : la pyramide à degrés de Saqqarah, la première, formait un escalier pour atteindre le ciel ; quant aux vraies pyramides, figurant un rayon solaire, elles permettaient au pharaon de se joindre à l'astre lui-même.

Les deux conceptions apparaissent, non sans conflit, dans les plus anciens textes funéraires connus, les Textes des pyramides, gravés sur les parois des chambres sépulcrales des rois de la fin de la Ve puis de la VIe dynastie. Ces textes constituent un ensemble de recettes magiques qui permettent au roi de se protéger de tous les dangers dans l'autre monde, et de participer éternellement à la glorieuse navigation de la barque solaire. Pour concilier les conceptions solaire et chthonienne, on admet que, le soir, la barque solaire descend dans l'autre monde où elle parcourt le royaume d'Osiris sur le Nil-d'en-bas. De multiples dangers la menacent au cours de cette navigation nocturne, et le texte fournit les incantations nécessaires pour les surmonter.

Destinées d'abord au roi seul, ces formules furent usurpées par les morts ordinaires et passèrent dans les Textes des sarcophages, peints sur les parois des cercueils du Moyen Empire, puis dans le Livre des Morts qui, à partir du Nouvel Empire, est déposé dans le caveau des morts qui peuvent l'acquérir. Le Livre des Morts a recueilli non seulement un grand nombre de formules élaborées dans les Textes des pyramides et les Textes des sarcophages, mais aussi beaucoup de recettes magiques d'origine diverse, destinées à faciliter la vie dans l'autre monde. Parmi les plus caractéristiques sont les formules dites de « sortir au jour », qui doivent procurer au défunt la liberté de mouvement et la possibilité de quitter son tombeau pour se promener à l'extérieur.

Vignette du Livre des Morts

Vignette du Livre des Morts

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ART ÉGYPTIEN, Basse Époque, Vignette du Livre des Morts : la défunte Nefer-is est conduite dans la salle du jugement où son cœur sera pesé en présence d'Osiris, d'Isis et de Nephtys, papyrus. Staatliche Museen, Berlin. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Magie et morale

La force magique

La religion, culte des dieux ou religion funéraire, est tout imprégnée de magie. C'est ainsi que les Égyptiens attribuent une puissance profonde au nom : connaître le nom d'un dieu ou d'un ennemi, c'est avoir pouvoir sur lui. Prêtres et particuliers ne se privent pas d'utiliser la magie. Les Textes des pyramides, entre autres, vont jusqu'à placer le Mort royal au-dessus des dieux : « C'est lui [le roi mort] qui absorbe la force magique [des dieux] et avale leur puissance. Les grands dieux sont pour son repas du matin, les moyens pour celui du soir, et les petits pour son souper nocturne. » D'autres opérations magiques utilisent aussi le pouvoir contraignant qu'implique la connaissance du nom : dès l'Ancien Empire, on inscrit les noms des ennemis de Pharaon sur des vases ou sur des statuettes qui sont ensuite brisés ou « tués » et enterrés.

Les particuliers n'hésitent pas à adresser des « lettres aux Morts », leur demandant d'intervenir dans leurs affaires, ce qui est d'ailleurs logique puisqu'il n'y a pas de rupture entre monde des vivants et outre-tombe. Ces lettres, écrites sur des poteries, parfois sur papyrus, sont déposées dans la tombe. Une autre méthode entremêle magie et religion en versant de l'eau sur une statue couverte de figurations de dieux et de formules appropriées ; en passant sur les images divines et les textes, l'eau s'imprègne de leur puissance, et il suffit alors d'absorber cette eau pour assimiler les textes. Cette pratique pouvait immuniser contre des dangers terrestres (piqûres de scorpion, morsure de serpent) ou surnaturels (hostilité d'un dieu ou d'un génie malfaisant, voire d'un revenant).

À côté de la puissance du nom existe donc la puissance de l'image : toute représentation d'un être ou d'un objet participe de cet être ou de cet objet ; de là le pouvoir des amulettes, portées par les vivants ou placées sur la momie, et représentant des divinités ou des objets chargés de force magique. Celui qui porte cette image met sa puissance à son propre service.

La civilisation égyptienne n'a pas cru à l'astrologie. Celle-ci, en effet, n'apparaît qu'à l'époque gréco-romaine, et vient de l'étranger. En revanche, les Égyptiens croyaient au rapport entre les événements mythologiques et la vie quotidienne ; ils dressèrent de véritables calendriers des jours fastes et néfastes, selon les aventures heureuses ou malencontreuses des divinités. De même, ils pensaient que les rêves nous instruisent de l'avenir, et ils ont composé des clefs des songes. Si un rêve annonçait un malheur, celui-ci pouvait être écarté par un recours à Isis, la suprême magicienne.

La probité de la vie terrestre

Bien qu'une grande partie des croyances funéraires relève autant, sinon plus, de la magie que de la religion, la morale est loin d'en être absente. Elle apparaît particulièrement dans la religion osirienne. Osiris est un dieu juste et bon, un de ses surnoms est Ounennefer, « l'être continuellement bon » ; pour être admis dans le royaume des Morts dont il est le souverain, il convient donc de pratiquer bonté et justice durant la vie terrestre. Ce souci se révèle surtout à partir du Moyen Empire, période qui coïncide avec le développement de la religion osirienne. Les phrases qui reviennent alors le plus souvent sur les stèles funéraires sont : « J'ai donné du pain à celui qui avait faim, de l'eau à celui qui avait soif, un vêtement à celui qui était nu [...] j'ai fait vivre les affamés de ma province », ou encore : « J'ai protégé le faible de l'emprise du puissant. »

La nécessité de pratiquer la justice pendant la vie sur terre, pour mériter la survie dans l'au-delà, s'affirme au Nouvel Empire lorsque, dans le Livre des Morts, apparaît le « jugement du cœur » du défunt. Le jugement après la mort est déjà connu dans les Textes des pyramides, où le roi mort est soumis à un interrogatoire avant d'être admis à rejoindre son père Rê.

Mais l'intégrité alors exigée du roi est plus physique que morale. Avec le développement de la religion osirienne, c'est la fidélité à un idéal de justice qui va être exigée. Cela se résume dans ce que l'on appelle la « confession négative », mais qui mérite mieux le titre de « déclaration d'innocence », où l'on relève des phrases comme : « Je n'ai pas commis d'iniquité contre les hommes », ou « Je n'ai pas fait le mal », « Je n'ai pas porté la main sur l'homme de petite condition », ou, de façon plus générale : « Je n'ai pas affamé, je n'ai pas fait pleurer, je n'ai pas tué ». Ces phrases sont prononcées par le mort dans la « salle des deux Justices », devant un tribunal que préside Osiris, assisté d'Isis, de Nephtys, parfois de Rê, et de quarante-deux assesseurs. Le mort est présenté au tribunal par Anubis ; son cœur est placé sur le plateau d'une balance, et sur l'autre plateau se trouve Maât, la Justice-Vérité, ou la plume qui la symbolise. Les deux plateaux doivent s'équilibrer. Le dieu Thot, à tête d'ibis, contrôle la pesée. Près de la balance se tient la « Grande Dévorante », monstre hybride prêt à mettre en pièces le défunt si le jugement est défavorable.

Sans doute peut-on penser que le défunt compte obtenir son acquittement autant par la puissance magique des formules qu'il connaît que par la probité de sa vie terrestre. Il est cependant remarquable que dès le IIe millénaire avant J.-C., un idéal de bonté et d'équité ait pu être proposé à l'homme. Cet idéal se retrouve encore dans les textes de la basse époque. Pétosiris, au ive siècle avant J.-C., déclare dans son tombeau : « Si je suis parvenu ici, à la ville d'éternité, c'est que j'ai fait le bien sur terre, et que mon cœur s'est complu sur le chemin de Dieu depuis mon enfance jusqu'à ce jour. J'ai pratiqué la justice, j'ai détesté l'iniquité. »

Les manifestations religieuses et la religion populaire

L'intensité du sentiment religieux d'un peuple se marque dans la vie quotidienne par des manifestations extérieures qui, dans le cas de l'Égypte, n'ont malheureusement guère laissé de traces dans les monuments ou la littérature. Il est certain que les Égyptiens pratiquaient les pèlerinages. Le pèlerinage à Abydos, où repose la tête d'Osiris, et celui à Bubastis sont parmi les plus populaires ; les morts eux-mêmes les accomplissaient et les représentations des tombes font voir les bateaux qui les y transportaient. Au terme du pèlerinage à Abydos, les vivants érigeaient, en témoignage de piété personnelle, une stèle à leur nom, pour obtenir la faveur du dieu après leur mort.

Tous les grands temples connaissent aussi la foule des pèlerins lors de la fête de leur dieu. Ces fêtes sont de plus le prétexte à la célébration de «  mystères » où la légende du dieu est mimée ou racontée par des récitants. Les auteurs classiques nous apprennent que, parfois, ces mystères donnent lieu à des combats fictifs où il n'est pas rare que le sang coule. La foule participe par des chants et des danses aux processions qui accompagnent ces fêtes annuelles. Les morts sont célébrés à Thèbes, durant la « Fête de la vallée », lorsque le dieu Amon, présent dans sa statue, traverse le Nil et visite les temples funéraires des rois, sur la rive ouest du fleuve. À cette occasion, le peuple qui suit la procession se rend dans les tombes familiales et participe à des agapes que les morts président.

C'est également au cours des fêtes, lorsque la statue de la divinité est solennellement promenée hors du sanctuaire, que les fidèles peuvent s'adresser directement à leur dieu : ils posent des questions soit oralement, soit en mettant sur son passage deux fragments de papyrus, ou deux éclats de poterie, sur lesquels la question est écrite sous forme affirmative sur l'un, et négative sur l'autre. Le dieu répond en obligeant ses porteurs à se diriger soit vers le texte affirmatif, soit vers le texte négatif. Aux pétitions orales, le dieu donne réponse en s'avançant pour l'affirmative, en reculant pour la négative. En interrogeant la divinité, les fidèles manifestaient le désir d'agir selon la volonté divine.

Une stèle, entre autres, montre que les Égyptiens ne prenaient pas à la légère le parjure envers les dieux. Un homme accusé d'une injustice, dont il était coupable, s'était disculpé en prêtant serment par Ptah et Merseger, la protectrice de la Nécropole. Or, il perdit la vue. Il s'adressa alors aux dieux qu'il avait offensés, disant : « Je suis un homme qui a juré faussement contre Ptah, le seigneur juste. Il me rendit aveugle, aussi je proclame la puissance de ce dieu. Gardez-vous de Ptah, le seigneur juste, il ne néglige les actions de personne. » Puis il implora la miséricorde des dieux, fut exaucé et recouvra la vue.

Rares sont les textes de ce genre, qui permettent d'entrevoir l'attitude des fidèles envers les dieux ; il en reste toutefois suffisamment pour justifier l'affirmation d'Hérodote sur la religiosité des Égyptiens. À la basse époque, où le culte des animaux sacrés était très populaire, des fidèles du taureau Apis s'astreignaient, lors de la mort de l'Apis, à de longs jeûnes et à des pratiques ascétiques pour acquérir les faveurs du dieu.

De même, les noms portés par les individus témoignent aussi de la ferveur religieuse. Ce sont souvent des invocations à une divinité qui assure ainsi la protection de celui qui porte son nom : Horemheb (« Horus est en fête »), Amenemhat (« Amon est en avant [des dieux] »), Ptahour (« Ptah est grand »).

Les légendes écrites sur les scarabées appellent aussi la bienveillance divine sur le propriétaire de cet objet, un des plus populaires de l'Égypte ancienne. Souvent l'image d'un dieu ou d'une déesse gravée sur le plat suffit à assurer la protection divine, mais parfois c'est une véritable prière qui est inscrite : « Louange à Khonsou qui est dans Thèbes », « Amon est protection, ne crains pas ».

Enfin, selon les auteurs grecs qui ont visité l'Égypte, le peuple respectait religieusement les tabous de sa province. Un Romain fut massacré par la foule pour avoir, par inadvertance, tué un chat à Bubastis. Hérodote note que le porc était tellement impur pour les Égyptiens que si l'un d'eux était frôlé par un de ces animaux, il allait aussitôt se plonger dans le fleuve pour se purifier.

Au cours des siècles, puis des millénaires, la religion égyptienne a évolué, mais sans perdre pour autant les caractères qui la marquent dès ses origines. Des dieux nouveaux pourront apparaître, Adonis, Astarté, Baal, Reshef, venus du couloir syro-palestinien, ou Doudoun le Nubien, ils s'ajouteront simplement au panthéon égyptien sans que la religion autochtone en soit affectée. Même la tentative de réforme d'Akhenaton restera sans lendemain.

C'est à peine si, à la fin de l'histoire égyptienne, la religion tend à se scinder en deux attitudes. La pensée théologique, dans les temples, évolue vers l'idée du dieu universel, « l'un-unique », « l'âme collective », qui, au demeurant, a toujours été présente en puissance dans chaque divinité ; le culte populaire, pour sa part, s'attache de préférence aux formes sensibles de la divinité : statues, animaux sacrés, génies secondaires. C'est l'époque où les pèlerinages connaissent leur plus grande vogue. Le culte d'Osiris et d'Isis, largement pratiqué en Égypte, se répand dans le monde méditerranéen et en Europe.

Au-delà de l'extraordinaire complexité de la religion égyptienne, de la multiplicité de ses dieux, les Égyptiens paraissent avoir toujours eu le sentiment de l'unité du divin. C'est probablement pourquoi aucun Égyptien ne semble jamais avoir été choqué parce que son voisin n'adorait pas la même forme de divinité que lui. Sauf en de très rares occasions, l'Égypte n'a connu ni l'intolérance, ni le prosélytisme en faveur d'un culte au détriment des autres.

La profondeur de son sentiment religieux incitait l'Égyptien à reconnaître le divin partout. « Celui dont le cœur est ferme sur la voie de dieu, affermie est son existence sur la Terre. Celui qui a dans l'âme une grande crainte de dieu, grande est sa félicité sur la Terre » (Pétosiris, 62-2).

—  Jean VERCOUTTER

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Écrit par :

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université de Lille

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Pour citer l’article

Jean VERCOUTTER, « ÉGYPTE ANTIQUE (Civilisation) - La religion », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-antique-civilisation-la-religion/