WOOLF VIRGINIA (1882-1941)

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Virginia Woolf est désormais une « icône » dont le visage est connu de tous grâce aux photos de George C. Beresford ou de Gisèle Freund, tout comme le sont les titres de certaines de ses œuvres, Mrs. Dalloway, La Promenade au phare ou Orlando. La richesse et la complexité de son œuvre vont cependant bien au-delà de ces clichés.

Virginia Woolf

Photographie : Virginia Woolf

Virginia Woolf à l'âge de vingt ans. Dans des pages autobiographiques, la romancière a évoqué à plusieurs reprises la violence d'une vie qui semblait si douce et civilisée. Portrait de G. C. Beresford, 1902. 

Crédits : George C Beresford/ Hulton Archive/ Getty Images

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Cette figure phare du modernisme littéraire qui s’épanouit en Grande-Bretagne dans l’entre-deux-guerres vit le jour le 25 janvier 1882 sous le règne de Victoria dans une famille londonienne aisée, dominée par la figure patriarcale de Leslie Stephen. Entourée de nombreux frères et sœurs issus de l’union de Leslie Stephen et de Julia Prinsep Jackson ainsi que de leurs précédents mariages, Adeline Virginia Stephen vécut l’enfance à la fois dorée et tourmentée des familles que l’on appellerait aujourd’hui « recomposées » : le plaisir des jeux en commun (telle la chasse aux phalènes qu’elle évoque dans son essai « Reading » [1919, « La lecture »] ou les jeux sur la plage l’été à St. Ives, en Cornouailles), ou encore celui des premières expériences d’écriture à plusieurs mains et d’édition d’une chronique familiale, le Hyde Park Gate News, mais aussi la pesanteur du groupe, l’absence d’intimité, les relations incestueuses imposées par l’un de ses demi-frères, comme elle le dévoilera en 1939 dans son essai autobiographique, « A Sketch of the Past » (« Une esquisse du passé »). À cela vient s’ajouter l’expérience précoce et répétée du deuil, la mort de sa demi-sœur Stella en 1897, puis de son frère Thoby en 1906 venant accroître la douleur causée par la perte de sa mère, survenue lorsqu’elle n’avait que treize ans.

La famille Stephen était une famille d’intellectuels dont le père était certes un alpiniste reconnu mais surtout un essayiste, un historien des idées et un biographe renommé, rédacteur en chef du Dictionnaire de biographie nationale. La maison familiale de Hyde Park Gate vit défiler bien des grands noms de l’époque, de George Meredith et Henry James à Thomas Hardy. Virginia Stephen fut quant à elle autorisée à puiser abondamment dans la bibliothèque de son père et découvrit, entre autres, les œuvres des éminents victoriens – Thomas Carlyle, William Thackeray, Alfred Tennyson, Anthony Trollope, ou encore Matthew Arnold. Mais elle fit aussi très tôt l’expérience de l’inégalité entre hommes et femmes : seuls ses frères eurent accès à l’université de Cambridge alors qu’elle n’eut droit qu’à quelques cours au Département pour femmes de King’s College (King’s Ladies’ Department) de Kensington et reçut l’essentiel de son éducation de son père et de sa mère ainsi que de tuteurs comme Clara Pater, la sœur de Walter Pater, qui lui enseigna le grec et le latin. Comme Katherine dans Nuit et Jour, elle dut apprendre les devoirs d’une maîtresse de maison, que sa mère, en épouse victorienne modèle et véritable « ange du foyer », connaissait parfaitement.

De Bloomsbury à la Hogarth Press

Quelque temps après la mort de Leslie Stephen en 1904, Virginia Stephen rompit avec les conventions du monde victorien et s’installa avec sa sœur Vanessa et ses frères Adrian et Thoby, sans chaperon et au grand dam de sa famille, dans le quartier de Bloomsbury, peu prisé à l’époque. Ce geste d’émancipation marqua le début d’une nouvelle vie pour Virginia Stephen : c’est à Gordon Square que les amis de ses frères, étudiants ou anciens étudiants de Cambridge, les rejoignaient le jeudi soir et, des heures durant, discutaient d’art, de littérature, de philosophie, de politique ou de sexualité, sans qu’aucun tabou n’entravât leurs conversations et leurs rires. Roger Fry, Clive Bell, Leonard Woolf, J. M. Keynes, E. M. Forster, Lytton Strachey, Saxon Sydney-Turner, Desmond MacCarthy, David Garnett forment avec les frères et les sœurs Stephen le cœur de ce que l’on a appelé le groupe de Bloomsbury. Issus pour la plupart d’un milieu intellectuel évangéliste, ces jeunes gens promis à un brillant avenir défendent des idées tantôt libérales tantôt socialistes ; ils débattent des principes éthiques de Georges Edward Moore comme des nouvelles tendances artistiques, et chacune de leurs œuvres sera traversée par leurs échanges. Leurs rencontres informelles, qui débutèrent en 1905, se poursuivirent jusqu’à la Première Guerre mondiale et au-delà, et leur sensibilité marqua l’époque.

En 1912, Virginia Step [...]

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Virginia Woolf

Virginia Woolf
Crédits : George C Beresford/ Hulton Archive/ Getty Images

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Isabelle Huppert dans Orlando, R. Wilson

Isabelle Huppert dans Orlando, R. Wilson
Crédits : Pascal Victor/ArtComPress via Leemage

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The Hours, S. Daldry

The Hours, S. Daldry
Crédits : Paramount/Miramax/The Kobal Collection/Coote, Clive/ Aurimages

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  • : professeure des Universités, docteure en littérature britannique, agrégée d'anglais

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Pour citer l’article

Christine REYNIER, « WOOLF VIRGINIA - (1882-1941) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/virginia-woolf/