AMAZONIE

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Le dernier grand massif forestier tropical et le plus grand bassin hydrographique du monde

Le terme Amazonie, apparu au xixe siècle, fait référence à deux ensembles naturels : un bassin hydrographique et une immense forêt ombrophile. Le bassin hydrographique amazonien occupe 1/20e de la surface terrestre, les 2/5e de l'Amérique du Sud, la moitié du Brésil ; il représente 1/5e du total d'eau douce de la planète. Six pays se partagent ce bassin hydrographique (Brésil, Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou, Venezuela), auxquels s'ajoutent les pays du plateau guyanais dont les eaux vont directement vers l'Atlantique et non vers l'Amazone et dont le couvert forestier est celui de la grande forêt amazonienne. Celle-ci représente le tiers des réserves mondiales de forêts tropicales, si riches en biodiversité, mais dont la survie des écosystèmes se trouve grandement menacée. Dans sa plus grande extension, l'Amazonie atteint 6 800 000 kilomètres carrés.

Amazonie : réseau hydrographique et villes

Dessin : Amazonie : réseau hydrographique et villes

Le réseau hydrographique et les villes d'Amazonie (source : Instituto brasileiro de geografia e estatistica, Credal, 2004). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Un potentiel immense encore mal connu

Les fleuves sont les grandes voies de pénétration, c'est par eux que l'Amazonie a été explorée, conquise et exploitée. Ils sont le symbole et la fierté de ses habitants. Les études hydrologiques se développent pour mieux calculer les apports des fleuves à l'océan et mettre au point des modèles de prévision des crues. Il s'agit de la plus grande masse d'eau douce de la planète et le débit moyen annuel s'établit à plus de 200 000 m3/s, avec des pointes à 360 000 m3/s lors de crues records. La différence entre les niveaux maximal et minimal des eaux se situe entre 8 et 15 mètres de fluctuations annuelles et l'influence de la marée se fait sentir jusqu'à Óbidos (Brésil), à près de 1 000 kilomètres de l'océan.

La forêt ombrophile, ainsi dénommée car elle a besoin de quantités importantes de pluies (umbra, « pluies » en latin), couvre 80 p. 100 du bassin amazonien, et se compose de trois strates : des arbres géants de 40 à 50 mètres de hauteur dont la canopée, frondaison supérieure, est dense, à l'exemple de l'arbre dont le fruit s'exporte sous le célèbre nom de noix du Brésil ; des arbres moyens de 30 à 40 mètres de hauteur et une strate arbustive de 10 à 20 mètres. Des lianes prolifèrent dans la partie supérieure des arbres, tandis qu'au sol il y a peu de graminées mais surtout des mousses et des champignons qui transfèrent directement aux racines les éléments nutritifs.

Les forêts inondées sur terres alluviales (varzeas ou igapos) couvrent 8 à 10 p. 100 de l'Amazonie et restent sous l'eau en période de fortes pluies. Elles se distinguent de la forêt ombrophile par une présence marquée de multiples palmiers, buriti, açaí, babaçu, et correspondent à l'occupation humaine la plus dense, car elles offrent des rives aux sols fertiles et des eaux poissonneuses. Cependant, malgré leur potentiel, ces terres, propices aux rizières, ne sont pas devenues des zones d'intense activité agricole, ni même des polders comme sur le littoral du Suriname. Les connaissances sur ces forêts inondées sont encore mal appréciées, les oscillations du niveau des eaux pas bien mesurées et les qualités du fourrage aquatique peu connues.

Bien que les ressources halieutiques du milieu amazonien soient immenses, seulement 10 p. 100 de ce potentiel est utilisé et, par ailleurs, les pratiques prédatrices des migrants venus de l'extérieur entraînent l'extinction de nombreuses espèces animales et végétales. Ainsi, les projets de développement ont souvent été appliqués dans l'ignorance des cycles naturels, des premiers habitants et des réalités régionales.

La reconnaissance de la bio et de la sociodiversité

Avec 15 à 20 p. 100 du total des espèces de la terre, l'Amérique du Sud tropicale est une des régions de la planète les plus riches en biodiversité, notamment pour la flore. Six pays amazoniens figurent parmi les douze pays les plus riches en diversité biologique. La Colombie est au premier rang mondial pour la biodiversité des vertébrés – en excluant les poissons, car sinon le Brésil arrive au premier rang. Si les écosystèmes sont riches, ils se révèlent également fragiles. Les biotopes peuvent disparaître avec la perturbation d'un des éléments du milieu, or toute perte de la diversité est irréversible. Les espèces les plus faciles à capturer ont d'abord été décimées sur les bords des fleuves (tortues, lamantins, etc.), puis l'exploitation des ressources s'est poursuivie avec des moyens techniques plus modernes (scies à moteur, bulldozers...) et des impératifs de gain immédiat sans souci de l'avenir, provoquant des destructions irrémédiables (d'arbres à essences, de bois d'œuvre, d'oiseaux, d'insectes) et de fortes dégradations des écosystèmes forestiers.

Amazonie : biodiversité et populations

Tableau : Amazonie : biodiversité et populations

Les pays amazoniens : dimension forestière, biodiversité et peuples indigènes (sources : Banque interaméricaine de développement, 1992 ; Traité de coopération amazonienne, 2000). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les populations amazoniennes sont-elles à même de sauvegarder leur milieu ? Les Amérindiens sylvicoles, largement décimés depuis la colonisation, totalisent à peine un million de personnes (estimations des années 2000) pour quelques centaines de peuples culturellement différenciés. Ces groupes, restés longtemps isolés, maintiennent leur diversité mais de manière précaire. L'effondrement démographique dû aux ravages épidémiologiques – liés au contact avec les Blancs – ou aux effets d'une ouverture économique prédatrice – perte de leurs territoires et de leurs ressources naturelles face à la construction des routes et des barrages – les affecte régulièrement. Seuls 370 ethnies sont recensées par les anthropologues dans les années 2000, sur le millier que comptait l'Amazonie avant l'arrivée des Européens.

Depuis l'ouverture des routes dans les années 1970, les Amérindiens d'Amazonie font l'objet d'un regain d'intérêt pour des raisons politiques et culturelles, mais aussi parce qu'ils apparaissent comme des « écologistes » avant l'heure, grâce à leur connaissance des processus naturels de la forêt qui leur permet à la fois d'utiliser une centaine de plantes pour la nourriture, la santé, la décoration, et de combiner leurs activités de chasse, de pêche et d'agriculture dans le temps et l'espace en conservant les fonctions clés des écosystèmes. Proches du genre de vie des Amérindiens, les caboclos métis forment la base du peuplement des rives amazoniennes et cherchent eux aussi à obtenir la reconnaissance des droits d'usage sur les terres qu'ils utilisent collectivement.

Depuis les années 1970, la reconnaissance des droits des Indigènes fait l'objet de dispositions juridiques solennellement réaffirmées par les gouvernements des pays amazoniens. Les groupes indigènes prouvant leur lien de continuité avec les Amérindiens se voient octroyés, en to [...]

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Amazonie : réseau hydrographique et villes

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Amazonie : biodiversité et populations

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Indiens d'Amazonie

Indiens d'Amazonie
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Déforestation en Amazonie

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Pour citer l’article

Martine DROULERS, « AMAZONIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/amazonie/