ACHÉMÉNIDES

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Les institutions

Tant que dure le règne de Xerxès Ier, qui avait suscité chez ses soldats tant d'actes de bravoure, la façade de l'Empire reste imposante. L'Empire perse, création d'un peuple sans passé et sans culture, reprend les méthodes des grands États qui l'ont précédé : l'Élam, qui avait guidé les débuts du royaume d'Anshan ; l'Assyrie, premier exemple d'une domination « universelle » ; Babylone, dont Cyrus a maintenu l'administration expérimentée.

Comme ses prédécesseurs en Asie occidentale, le monarque perse est un maître absolu, appuyé sur des castes privilégiées : le peuple perse, exempt d'impôt car il fournit les sujets les plus braves et les plus loyaux, et, en seconde ligne, Mèdes et autres Iraniens, également vaillants. D'autre part, la Perse proprement dite (à peu près l'actuelle province de Chiraz) et sans doute aussi le reste de l'Iran sont dominés par une aristocratie de grands propriétaires, qui pourvoit le roi en généraux, conseillers et administrateurs, et lui procure des troupes recrutées sur ses terres. Enfin, des privilèges extraordinaires ont été accordés aux six clans de la noblesse perse, dont les chefs ont aidé Darius à tuer Bardiya. Les aristocrates perses reçoivent dès l'enfance une éducation traditionnelle – tir à l'arc, équitation, sobriété et respect de la vérité – qui les prépare à servir le roi.

Instrument des conquêtes de Cyrus, l'armée est renforcée par des contingents levés parmi les peuples soumis, mais c'est de Perse ou du moins d'Iran que viennent ses chefs, sa cavalerie et les Immortels (on appelait ainsi les dix mille archers et piquiers de la garde royale, parce que chaque soldat tué était immédiatement remplacé). Dans chaque province, un satrape commande les troupes qui assurent le maintien de l'ordre ; il est également chargé de faire rentrer les impôts – tribut et « dons » – et de surveiller les communautés politiques locales. Incapable d'exercer une administration directe, l'Empire achéménide, comme ses prédécesseurs orientaux, n'a détruit que les grands royaumes. Les autres institutions subsistent : petits royaumes (comme à Chypre ou en Cilicie), villes marchandes de Phénicie gouvernées par un roi ou un sénat recruté parmi les citoyens riches, théocraties (comme l'État juif de Jérusalem), sans parler des tribus montagnardes (Pisidiens, Cadusiens, Carduques) et nomades (Scythes, Arabes).

Les Achéménides ont même toléré l'émiettement de leur domaine en laissant se former de nouveaux royaumes indigènes (en Bithynie, en Paphlagonie) et en créant des principautés pour les transfuges grecs (comme Thémistocle). Les satrapies étaient immenses, du moins au ve siècle, et leurs titulaires détournaient fréquemment l'impôt à leur profit pour mener une politique personnelle. Le souverain se voit donc contraint d'exercer un contrôle vigilant. Il dispose à cet effet d'inspecteurs, d'espions (l'œil du roi, l'oreille du roi) et de la poste royale pour laquelle un réseau de routes est soigneusement entretenu, afin que les ordres du maître puissent être transmis rapidement.

L'impôt permet de collecter d'énormes richesses (la valeur de 388 tonnes d'argent par an) qui s'entassent en lingots dans les palais. En dehors du réseau routier, qui favorise aussi le commerce, les investissements productifs se limitent à deux réalisations de Darius Ier : le canal du Nil à la mer Rouge, et le voyage d'exploration de Scylax de Caryanda qui descendit l'Indus, contourna l'Arabie et gagna l'Égypte par la mer Rouge. Les rois ne frappent qu'une quantité réduite de monnaies (les dariques d'or à l'archer couronné), réservée au recrutement des mercenaires et à l'achat des consciences dans le monde grec. La raréfaction des métaux précieux dans l'Empire est à peine compensée par le crédit, ou plutôt l'usure. Au ive siècle, la partie occidentale du domaine achéménide, incapable de payer ses achats au Pirée, produit elle-même ses bronzes, sa céramique, son huile et ses vins. Mais les impôts excessifs causent d'incessantes révoltes provinciales. C'est ainsi que l'Égypte, protégée par les déserts, recouvre son indépendance en 460-456 et en 405-343.

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-600 à -200. Philosophes et conquérants

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Gilbert LAFFORGUE, « ACHÉMÉNIDES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/achemenides/