5. Amour et chevalerie
Il est certain que l'auteur ou les auteurs des premiers livres d'Amadis s'inspirèrent des récits du cycle breton. « Par l'ensemble de son architecture et tout le détail de sa thématique, l'Amadis s'inspire très certainement du Lancelot en prose. Mais l'inspiration est aussi discrète qu'adroite ; peu visible, elle va en profondeur » (P. Le Gentil). L'Amadis a su apparaître comme une nouveauté.
L'œuvre tout entière est une apologie de l'héroïsme et de la fidélité amoureuse, une dernière incarnation de la doctrine courtoise et des liens qui unissent l'amour et les prouesses chevaleresques. Dans les multiples ramifications des aventures, qui finissent par se répéter et par lasser, mais dont certaines ont un caractère grandiose, se pressent plus de trois cents personnages. Les héros principaux vivent quelque peu hors des lois communes de la société. Leurs amours sont subites, absolues, leurs unions secrètes, et ce qui a pu sembler excessif ou déshonnête n'est qu'un besoin de s'élever au-dessus des conventions de la morale courante, dans une soif d'idéal et d'absolu. Les enfants, nés souvent en secret ou dans des conditions merveilleuses, connaissent, à leur tour, des enfances extraordinaires. Ainsi Amadis est livré aux flots, Galaor, son frère, est enlevé par un géant. Esplandian porte sur sa poitrine une inscription étrange. Il faut, en effet, arracher ces chevaliers à une éducation commune. Tout doit être héroïque dans leur destin.
Le parfait chevalier est mélange de force, de beauté et de sentiment. Il sert sa dame et protège toutes les dames, lutte contre les géants, les monstres, résiste aux tentations et connaît l'abnégation de la pénitence amoureuse. Amadis, repoussé injustement par Oriane, connaît un profond désespoir et se retire loin du monde à la Roche Pauvre en compagnie d'un ermite. Pour lui la récompense de tant de vaillance et de pureté dans l'amour est la seigneurie de l'île Ferme, cette île enchantée, où seuls peuvent entrer les loyaux amants, […]
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